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RFN est à la fois. 7 milliards de voisins. Compte à égoutté. Bonjour, je m'appelle Eloïse Oria. C'est raconter des histoires. La langue, un conte de Jean-Jacques Fedida, Editions Didier Jeunesse.

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Ce que la Bush a gagné, c'est la langue qui le lui a donné un roi d'entre les rois était tombé gravement malade. Ces médecins, sages et conseillers l'avaient avisé que l'unique moyen pour lui de recouvrer la santé était de boire du lait de lionne. Aussitôt, le roi a fait venir devant lui le plus vaillant de ces guerriers pour lui confier la mission ô combien délicate d'aller traire une mère fauve et lui rapporter une fiole de son lait. Le guerrier s'est mis en route sans sourciller.

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Il était chasseur expérimenté et a jugé que la façon la plus sûre d'approcher une lionne d'assez près pour la traire était de devenir le proche ami de ses petits. C'est ce qu'il a fait. Il a repéré une femelle aux mamelles lourdes de lait et toutes les nuits, après avoir attendu patiemment qu'elle parte à la chasse, il allait se mêler à ses lionceaux pour se livrer avec eux à toutes sortes de jeux et chamailleries.

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Tant et si bien qu'un matin, l'homme s'était à ce point immiscé entre les petits fauves enjoués, il avait le corps tellement couvert de leur bave et mordille que la lionne, en rentrant, ne s'est pas même effarouchés de sa présence et l'a laissée s'allonger près de ses flancs pour prendre part à la tétée matinale. Ainsi, le guerrier a rempli une pleine fiole de lait de lionne. Sur le chemin du retour, cependant, alors qu'il reposait sur une couche therme sèche, l'homme a fait un rêve étrange.

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Il a rêvé que chacun de ses membres revendiquait la gloire de l'expédition.

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Ses mains prétendaient que sans elles, il n'aurait pu traire la lionne. Ses jambes soutenaient que sans elles, il n'aurait atteint sa tanière.

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Son cœur alléguait que sans lui, il n'aurait trouvé le courage d'en approcher la tête. Objecter que sans elle, il n'aurait pas conçu un tel plan. Et tandis que les yeux, les oreilles commençaient eux aussi à prendre part au débat, arguant que sans eux, l'homme n'aurait su voir, entendre ou sentir ce qu'il fallait.

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La langue a brusquement pris la parole pour affirmer que sans elle, tous n'étaient rien et moins que rien.

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Unanimement, tous les membres du corps ont éclaté de rire, raillant la prétention de la langue qui n'avait absolument rien fait et n'était bonne en général, qu'à se vanter, boire et manger.

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Ces soubresauts de rire secouant son corps entier ont eu pour effet immédiat de tirer le guerrier de son sommeil.

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Intrigué par son rêve, mais ne voulant prendre le temps d'y songer davantage, il s'est dépêché de poursuivre sa route pour se présenter devant le roi.

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Là, il s'est prosterner.

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Puis le vent, la fiole, a dit devant toute la cour assemblée reçoit au grand roi ce lait de chien. Le roi a sursauté. Comment? Que dis tu? M'as tu apportée? Le guerrier, terrifié par les paroles qu'il venait de prononcer, a aussitôt essayé de se corriger. Pardonne moi au roi. Ma langue a fourché. Je voulais dire que je t'ai bien rapporté du lait de chien et de chien, mon nom de chien, nom de chien.

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Hélas, à son grand désarroi, le guerrier s'est aperçu que chaque fois qu'il essayait de dire lionne, sa langue lui jouait un tour et il disait Chien, le roi scandalisait, s'est mis à hurler Te moques tu de moi? Mais non au roi. J'essaie simplement de te dire que je t'ai ramené du lait de chien. Je veux dire deux chiens. Pardonne moi, mais essaye de comprendre que ce que je t'apporte et que tu désires et que tu mérites.

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C'est évidemment ce lait deux chiens, chien, chien, chien, chien.

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Le roi, irrémédiablement insulté et encore plus malade à cause de cela, a fait enfermé le guerrier sur le champ afin qu'on lui tranche la tête. Le lendemain, à l'aube, en présence de tout le village dans la case des condamnés, le guerrier tâchait de se raisonner, de se reprendre, de bien articuler.

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Rien à faire. Les mots lui échappaient sans plus de force.

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Il a fini par s'assoupir, marmonnant, toujours à peine endormi. Le rêve de la veille l'a repris seulement sept fois.

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Sa langue riait aux éclats devant les autres parties du corps qui la suppliait de revenir à elle, lui expliquant que par sa faute, tous allaient être perdus.

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Chacun était prêt du reste à reconnaître sa prééminence, pourvu qu'elle arrête de divaguer.

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Quand on est venu réveiller le guerrier pour le mener sur la place du village, lui même suppliaient en secret sa langue de le sauver. Effectivement, à son grand soulagement au moment même où le bourreau soulevait son sabre pour le décapiter, sa langue lui a donné l'éloquence pour expliquer son trouble passager. L'homme a pu expliquer les détails de sa mésaventure et le roi, émerveillé de ce qu'il entendait, a non seulement consenti à goûter au fameux l'EID lionne, ce dont il s'est senti aussitôt soulagé, mais il a également prié ses griots, conteurs et chanteurs de retenir et de transmettre avec exactitude cette histoire étonnante, car elle établit mieux qu'aucune autre que la langue prédomine au destin de l'homme.

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Elle est celle qui, en toute extrémité, peut sauver sa tête ou faire d'un lion un chien. Oui, la langue est un instrument de perte ou de sauvegarde. Que la vôtre vous fasse grand bien et que le ciel vous la garde.