Happy Scribe
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Louis. Il y a peu de temps, nous avons fait avec l'équipe du podcast Travail en cours un épisode sur les émotions dans le monde de l'entreprise. Dans celui ci, on a essayé de comprendre en quoi la prise en compte des émotions peut être bénéfique pour les employés comme pour les employeurs. Il s'avère que l'une des clés pour que cette prise en compte des émotions ait lieu et que nos émotions ne soient plus enfouies en nous au profit de la productivité, c'est l'empathie.

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Dans l'épisode D'émotions à emporter que vous allez entendre, Marie Emelin, qui présente le travail en cours, a donc cherché à en savoir plus sur l'empathie dans le monde de l'entreprise. Je suis sériel, Baudu. Bienvenue dans Emotions a emporté. Et ma ville à Reims, elle est experte en émotions. Je trouve que c'est assez chic. En fait, c'est moi qui la baptise comme ça. Officiellement, elle est docteur en sciences cognitives et elle travaille sur les émotions.

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Elle a cofondé Cadix, une boîte de conseil qui aide des entreprises à utiliser ces sciences cognitives pour améliorer la vie de bureau et, par extension, pour améliorer la vie tout court. Avec elle, on a fait un épisode conjoint pour Émotions et travail en cours, un autre podcast de Louis Médiats où l'on s'est demandé si les managers devait s'ouvrir aux émotions de leurs équipes. Et pour cet épisode d'émotions à emporter, j'ai voulu comprendre plus spécifiquement l'importance de l'empathie dans ce processus.

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Son rôle pour communiquer avec l'autre, pourquoi on la ressent plus avec certaines personnes qu'avec d'autres et la place qu'elle a au bureau. Donc, déjà, pour commencer. C'est quoi l'empathie?

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L'empathie, c'est le fait de ressentir une émotion qui est appropriée en réponse à celle de l'autre. Ça implique de pouvoir comprendre son et son état d'esprit et de pouvoir comprendre son ressenti et de se placer dans une posture qui est appropriée. On confond souvent l'empathie et ce qu'on appelle la contagion émotionnelle. La contagion émotionnelle, c'est ressentir la même émotion que la personne qui est en face. L'empathie, c'est pas nécessairement ça. Par exemple, si je suis face à quelqu'un qui a peur.

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La posture empathique, ce n'est pas d'avoir peur aussi nécessairement, mais c'est par exemple de se placer dans une posture de compassion. On estime que l'empathie, elle, a l'avantage de mettre l'individu dans un mode de compréhension et qui va faciliter les interactions sociales au travail ou en dehors. On estime que l'empathie. En effet, il y a différentes dimensions, une dimension qui va être plus cognitive et qui va être de l'ordre de la compréhension de la situation de l'autre.

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Donc, être capable de changer de perspective, être capable de comprendre son point de vue et de comprendre ce qu'il traverse est une autre dimension qui est plus affective, qui est là, vraiment, dans le fait de ressentir une émotion qui est appropriée en réponse à celle d'autrui. C'est vrai qu'on distingue ces deux dimensions plutôt que lorsque l'on étudie ces phénomènes là. Après, en termes de ressenti vécu, c'est une seule expérience globale. Mais on estime que l'empathie, elle, se déclenche quand tient en effet une bonne compréhension de la situation de l'autre et une émotion appropriée en réponse à cette situation.

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Qu'est ce que ça veut dire? Une émotion appropriée. C'est un terme assez inattendu.

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Je trouve une posture empathique. C'est une posture qui va apporter un certain soutien à l'autre et donc on se place dans un dans une situation émotionnelle. Je vais dire qu'il est approprié pour fournir ce soutien. Par exemple, je reprends l'exemple de la peur ou de la colère. Ça marche aussi. On va être dans une posture qui est appropriée, c'est à dire que si quelqu'un a besoin de compassion, on va être dans une posture de compassion. Si quelqu'un a besoin de motivation, on va être dans une posture de motivation.

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Donc on est, on se place dans un état qui est approprié à celui de l'autre. En fait, pour pouvoir fournir une bonne réponse empathique, si quelqu'un est en colère et que je suis en colère aussi, je ne peux pas. Ce n'est pas une réponse empathique optimale. Je vaut mieux que je sois dans un autre état émotionnel.

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Alors comment bien communiquer si on veut que l'autre se sente en confiance et favoriser ce sentiment? Je dirais qu'il y a des choses à dire ou au contraire, à ne pas dire.

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En fait, c'est ça qui va être aussi très clée. C'est que dans une interaction sociale, lorsque quelqu'un se confie à nous, on a bien souvent une réaction qui n'est pas appropriée face à ça. C'est à dire qu'on va avoir tendance si quelqu'un se confie du nom d'une crainte ou d'une perte vis à vis d'un projet ou d'un de sa capacité à mener à bien une mission. Très souvent, on va lui dire Ne t'inquiète pas, tu devrais pas en faire ça, ça, ni son émotion.

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C'est une réaction qui n'est pas appropriée parce que ça va nier l'émotion que la personne est en train de traverser. Ça ne l'aide pas de lui dire ne t'inquiète pas, tu ne devrais pas t'inquiéter ça, ni juste son émotion. Et ce n'est pas quelque chose de positif. De la même façon, lorsque quelqu'un confie son émotion à nous même, on va avoir tendance soi si on est mal à l'aise à je ne sais pas quoi dire. Ça aussi, c'est pas du tout une réaction qui est une réaction de soutien, même si on ne sait pas quoi dire.

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On peut toujours dire je comprends ton émotion. Je comprends les craintes. Je vais apporter du soutien. Qu'est ce que je peux faire pour t'aider plutôt que dire je ne sais pas quoi dire plutôt que de changer de sujet, ou plutôt que dire tu ne devrais pas en faire.

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Et du coup, comment se comporter pour faire en sorte que les autres soient empathiques envers notre situation? Par exemple, quand la personne en face de moi, elle n'a pas l'air sensible à ce que je traverse et que j'aimerais qu'elle le soit davantage, et réciproquement.

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Pour être soi même empathique envers les autres, il faut être capable de parler de son vécu, de son ressenti, de la façon dont on a interprété les choses, de la façon dont on a décodé les signaux qu'on a perçus et parce que ça implique qu'on soit bien conscient que. Entre en permanence, il reconstruit une réalité, c'est à dire que ce qu'on voit, ce qu'on interprète, qu'on perçoit, ce qu'on pense, c'est déjà le fruit d'une sorte d'analyse qu'a fait notre cerveau.

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Donc, il faut être bien conscient que un vécu, c'est personnel et de la même façon, il faut pouvoir remettre en doute son propre vécu, se poser des questions sur la façon dont on a interprété tel ou tel signal. Et lorsque l'on est face à une personne, il faut aussi bien avoir conscience que la personne est convaincue de ce vécu là, que c'est la façon dont elle a vécu les choses et ne pas non plus amener l'autre à se questionner sur son vécu, mais ne pas le remettre en question ou le nier.

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D'accord, mais.

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Moi, j'ai l'impression d'être spontanément plus empathique avec certaines personnes que d'autres. Pourquoi l'empathie? C'est pas un phénomène qui est automatique. On n'est pas empathique de la même façon avec tout le monde et en fait, ça va dépendre de ce qu'on appelle la distance sociale entre deux individus. La distance sociale, c'est à quel point je me sens proche de quelqu'un d'autre. Alors, je vais prendre un exemple. La personne la plus proche, ça va être le compagnon ou la conjointe, les enfants, etc.

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Et la personne la plus lointaine socialement. Ça va être, par exemple, quelqu'un que je croise dans la rue. Une connaissance très lointaine, etc. Et cette distance sociale, on estime que plus elle est grande entre deux individus, plus ça va être compliqué de ressentir de l'empathie. Plus elle est petite cette distance, plus les gens sont proches de moi, plus je les estime proches de moi, plus je vais ressentir facilement de l'empathie. Ça veut dire que, par exemple, si je suis face à la souffrance de quelqu'un, si c'est la souffrance de quelqu'un de proche dans le cerveau, les réponses empathiques sont fortes.

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Si c'est la souffrance de quelqu'un d'inconnu, les réponses empathiques dans le cerveau sont plus faibles. Ce n'est pas seulement quelqu'un que je connais ou que je ne connais pas. C'est comment mon cerveau le labellise comme étant quelqu'un qui me ressemble, entre guillemets ou pas. Si, lorsque je rencontre quelqu'un, il y a une information de groupe que je comprends, qui est évidente et qui est proche de la mienne, liée au genre, ça peut être lié à la langue.

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Si je suis dans un pays étranger, je croise quelqu'un qui parle ma langue. Ça crée une proximité. Ça peut être lié à l'équipe de travail, par exemple au travail. Je me sens une appartenance à mon équipe et donc je vais être plus facilement dans l'empathie, dans la tolérance avec les gens de mon équipe et moins facilement avec des gens d'autres équipes, même si on est dans la même entreprise, par exemple. Donc voilà, c'est cette notion de groupe.

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Elle va faciliter ou non le fait d'être dans une posture empathique.

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Un dérivé de ça, c'est ce qu'on appelle cyniquement la loi du mort kilomètre. Le fait que dans les médias, on parle plus des deux morts dans le village à côté de chez nous que des deux mille morts à l'autre bout de la planète. Parce que l'imagier, on se sentira moins concerné puisqu'on aura moins de points communs a priori avec ceux qui sont plus loin. Reste qu'il y a des personnes plus empathiques que d'autres.

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Donc, je demande à Emma Vilard même s'il y a des facteurs qui déterminent cela, alors des facteurs qui font qu'on est plus ou moins une personne empathique. Ça va pas forcément être lié à des choses, des mots, de la démographie au genre, l'âge, etc. Mais les personnes qui sont sensibles aux signaux sociaux, c'est à dire qui savent, qui parviennent à prêter attention à comment l'autre se sent, à ce qu'il traverse, qui arrive à se poser des questions sur ce que l'autre ressent, donc à être capable de faire ce changement de perspective pour mieux comprendre la perspective de l'autre.

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C'est des personnes qui vont plus facilement ressentir de l'empathie parce qu'elles vont pouvoir faire ce travail de changement, de perspective, de se mettre dans les chaussures de la personne en face. Les personnes qui sont plus égaux sont entrés, par exemple parce qu'il y a des circonstances de vie qui font que elles sont moins amenées à se poser des questions sur ce que ressentent les autres. Par exemple, il y a des effets de la hiérarchie sur ce changement de perspective qui font que lorsqu'on monte en hiérarchie, on perd en capacité de changement de perspective.

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Là, par exemple, on pourrait dire que les leleader, si ils sont dans leur tour d'ivoire et qu'ils sont jamais remis en question, ils vont aussi perdre en capacité empathique parce qu'ils perdent en capacité à se décentrer de leur propre point de vue pour adopter celui de quelqu'un d'autre. Donc, il y a des circonstances de la vie qui vont faciliter ou non le fait de prêter attention aux émotions de l'autre et à adopter une posture empathique.

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En réponse, justement, au bureau, il y a des manières de favoriser ce sentiment qui va favoriser l'empathie. Cette diminution de distance sociale, c'est tout ce qui est entre guillemets. l'Esprit d'équipe, donc tout ce qui va amener les gens à se connaître, à mieux se comprendre, a peut être passé des moments plus informels ensemble pour tisser un lien social, etc. Tout ça, ça va favoriser l'empathie et ça va favoriser aussi le travailler ensemble. S'il y a zéro empathie, il y a de la compétition entre les membres d'une équipe, par exemple, ou plutôt dans un cas où l'empathie n'est pas favorisée.

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Et ça va dégrader les interactions sociales en tant que chef d'équipe. La posture empathique, elle, peut être facilitée par le fait, d'une part, de stimuler l'esprit d'équipe dans l'équipe, c'est à dire d'organiser des évènements ou même en dehors du dans les horaires de travail. Mais en dehors du cadre strict du travail où l'équipe peut partager des choses, peut se souder, développer une cohésion sociale. Donc ça va favoriser au sein de l'équipe, sans cette sensation d'appartenir à un groupe, d'être ensemble pour un même objectif.

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Au niveau de l'équipe et au niveau de la relation du chef d'équipe à l'équipe, il faut être capable d'instaurer ce climat de confiance où on va être dans l'échange, dans l'interaction. Et en effet, il y a certaines situations qui vont favoriser ou non le climat de confiance et l'échange un peu authentique avec un autre individu. Le rendez vous en tête à tête, c'est un espace plus propice pour confier des émotions ou confier un vécu difficile que autour d'une table avec tout le reste de l'équipe.

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Parce que lorsqu'on est en groupe, il y a plein de phénomènes qui surviennent, comme des phénomènes, par exemple de conformité sociale. Si tout le monde va bien, ça va être difficile pour moi de dire que je vais mal parce que quelque part, je vais sortir du groupe. Je vais me détacher de la norme du groupe, donc pour être capable de capter des choses qui sont peut être plus difficiles à livrer, mais qui sont importantes à entendre du point de vue du chef d'équipe qui a des modalités telles que le rendez vous hebdomadaire en one to one, qui est un bon médium.

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Et qui a instauré de façon régulière, pour être sûr de tisser cette relation et de la maintenir dans le temps, ce temps d'attention portée aux émotions et aux ressentis des autres par l'empathie.

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J'imagine qu'il y a beaucoup d'entreprises qu'ils jugeraient superficielles, que c'est une perte de temps et d'argent.

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En fait, quelque part, je suis persuadé qu'être capable d'avoir une équipe qui fonctionne bien, c'est être capable d'aller loin. Les entreprises dont les équipes sont en mauvaise santé mentale sont des entreprises qui ne sont pas en pleine prospérité. Non, la santé mentale, le bien être des équipes est primordial pour travailler, pour bien travailler ensemble. Et pour ça, il faut dédier du temps. Il faut dédier de l'énergie, mais c'est pas de l'énergie perdue.

[00:13:38]

J'ai découvert en préparant ce bonus, que les animaux aussi pouvaient faire preuve d'empathie. Un grand singe qui ramène à l'entrée de son enclos un petit enfant humain tombé dedans. Le campagnol des prairies qui prend soin de ses congénères soumis au stress, on leur léchant longuement le poil. En Inde, un éléphant qui refuse de continuer sa tâche parce qu'elle nécessiterait d'écraser un chien et qu'il s'exécute une fois que le chien est parti. Les chercheurs recensent des milliers de comportements non humains qui semblent relever de l'empathie.

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A priori, la différence avec nous, c'est que nous, on peut décider de travailler cette émotion naturelle dans notre vie personnelle comme au travail, pour s'y sentir mieux. Oui, mais pas que. Si vos managers ont encore besoin d'être convaincus, vous pouvez leur dire que plusieurs enquêtes ont montré le lien entre engagement personnel des salariés et performance des entreprises. Vous venez d'écouter Émotion à emporter, Marie Semelin a fait cet épisode, Jean-Baptiste Haubané a assuré le montage, la réalisation et le mix et Nicolas de Gémissent a composé la musique nanto.

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Une soirée bien tenue, blanche et comme picolent Shake forme Almamy d'Agnes 5 900, Why not, mais Shake, obtenu à l'arraché et ciblé.