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9 heures 9 heures 30. Le meilleur de Franck Ferrand raconte sur Radio Classique. Nous sommes le 12 mai 1956 à Hollywood. En tout cas sur les collines de Los Angeles, la résidence où je vous emmène est absolument splendide. C'est une de ces villas invraisemblables que les producteurs hollywoodiens ont construite sur les hauteurs de Los Angeles.

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Imaginez les imaginer là dans des tons ocre. C'est là que vit en vérité Elizabeth Taylor.

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Elle est en plein milieu du tournage d'un film ambitieux, L'arbre de vie, un film d'Edward Metrics. C'est un travail qui est un peu difficile. Elle a par ailleurs des difficultés conjugales. Bref, Liz Taylor a besoin de se détendre. Et ce soir là, elle a convié des connaissances pour une soirée décontractée. Il y a là, bien sûr, un certain nombre de ceux qu'on a l'habitude de croiser sur les plateaux de Hollywood, et notamment son ami très cher, son partenaire dans L'arbre de vie, Montgomery Clift.

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Il a 35 ans et l'on peut dire qu'il est à l'époque un des acteurs non seulement les plus talentueux de sa génération, mais un acteur d'une sensibilité peu commune et d'une beauté plus rare encore. Vous connaissez la silhouette svelte, élancée de Montgomery Clift? Il a surtout ce visage incroyable, les traits parfaitement harmonieux, les cheveux sombres. Et puis ce regard clair, intense, bizarre, ce regard que certains jugent même un peu déstabilisant. Ce soir là, montee, comme on l'appelle, est dans une mauvaise passe, bien plus mauvaise encore que celle que traverse Liz Taylor.

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Il faut dire que sa vie personnelle en constant déséquilibre et que lui déteste Hollywood. Tout ce système du cinéma américain les cœurs profondément. l'ISE, sa grande amie a dû insister pour qu'il accepte de venir. Mais maintenant qu'il est là, autant donner le change et il se montre agréable avec les différents invités. Et quand vient le moment de partir dans une atmosphère assez brumeuse mantisse métaux au volant de sa voiture, il démarre par prudence. Il est censé suivre un autre véhicule parce que la Canyon Road est dangereuse et l'acteur est non seulement sous médicaments, mais il a pas mal bu ce soir là.

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Et soudain, sans explication et peut être par jeu, tout simplement, il se met à alterner des accélérations incroyables et des freinages brutaux. Et le pire va finir par survenir. La voiture fait une première embardée. Bref, le pilote, si je puis dire. Le conducteur perd le contrôle de la voiture et dans un fracas terrible, on voit le véhicule qui vient s'écraser contre la roche. La voiture, qui était juste juste devant lui qu'il était censé suivre, s'arrête à son tour.

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Elle revient en arrière de son occupant, accourt et il découvre que l'acteur a été blessé. Gravement blessé, il est inerte. Son corps est comme encastré sous le tableau de bord et son visage, si l'on en croit ce témoin, est tailladé en une bouillie sanglante. Vite, il faut aller jusqu'à la villa de Liz Taylor pour trouver du secours. Dès qu'elle est prévenue, l'actrice, complètement débordée par l'émotion, s'élance dans la nuit pour rejoindre le lieu de l'accident.

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Le même témoin, cité par Sébastien Monos, raconte ceci la voiture était tellement ratatiné qu'il était impossible d'ouvrir la portière avant. Liz est entrée par la portière arrière et s'est glissé sur le siège. Avant, elle a pris la tête de montee sur ses genoux. Il gémit. Il a commencé à étouffer. Il a esquissé un faible geste vers son cou. Il avait des dents arrachées et ses deux dents de devant s'était logée dans sa gorge. Je n'oublierai jamais la détermination de Liz Taylor avec ses doigts.

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Elle l'a extirpé les dents et c'est ce qui l'a sauvée. Monty Clift va s'en sortir. Pour tout vous dire, mais je vous parlais il y a quelques instants d'un des plus beaux visages de l'histoire du cinéma américain. Ce visage a été démoli par le choc et après un coup aussi terrible. Vous imaginez bien que la carrière, la carrière prodigieuse de ce jeune premier surdoué insoumis, cette carrière va être gravement compromise.

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Franck Ferrand, c'est un raté christique. Il était né en 1920. Édouard Montgomery Clift.

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Il avait vu le jour le 17 octobre 20, dans le Nebraska. Il a un grand frère, une sœur jumelle. Il grandit dans une famille dont on peut dire d'emblée qu'elle est troublée. Sa mère et elle est en quelque sorte le secret infamant de cette grande famille patricienne. Elle a été abandonnée bébé par ses parents et a grandi dans une famille d'accueil. Autant dire que c'est un passé assez lourd et qui entretient en elle des sentiments, des sentiments contraires.

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D'un côté, elle a une prétention de classe et d'un autre, une forme de honte. Elle cherche constamment une revanche sociale. Cette femme et elle, en tant que. Soit en quelque sorte sa deuxième chance. Elle veut absolument que ses enfants sortent du lot et vous imaginez la pression qui va. Ce qui va s'exprimer sur c'est sur ces enfants. Les Clift vont tout mettre en oeuvre pour assurer une bonne éducation. Mieux que ça une éducation de standing élevé à leurs enfants.

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Et ça signifie bien sûr les précepteurs et les cours à domicile. On va faire des stages en Europe. Il y a aussi, disons le dans cette famille, les absences paternelles prolongées. Le père n'est pas très présent, c'est le moins qu'on puisse dire. C'est lui qui finance tout ça. Bref, l'enfance de demande T. Clift est une enfance assez complexe. Je cite encore son récent biographe, Sébastien Monos. Dans la tête du garçon s'insinuent l'idée qu'il est exceptionnel, le prince.

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Tel est le qualificatif souvent employé par toute personne qui le croise. Il est le petit prince de sa maman. Il est le prince de tout le monde.

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Seulement voilà, la crise de 1929 et idéale doit accepter un temps une vie plus modeste que celle à laquelle elle aspirait. Pour autant, elle essaie et bon an mal an, elle va y arriver. Elle essaie de garantir à ses enfants un niveau de vie qui reste tout à fait tout à fait brillant. Elle essaie de les tenir éloigné d'un monde qu'elle ne juge pas assez bien pour eux. Si vous voulez. Et on comprend que dans ces conditions élevées de cette manière, avec cette crise économique et financière qui évidemment joue un rôle très important dans l'Amérique de l'époque, on comprend que le jeune montee soit un adolescent un peu instable, peu sûr de lui.

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Il a l'air constamment de chercher un espace où il puisse s'exprimer et où il puisse se libérer. Et cet espace, comme cela arrive assez souvent d'ailleurs. Il va trouver dans le théâtre et au théâtre. Disons le d'emblée, dès les premières tentatives, dès ses premières parutions, il brûle les planches. Il a une présence étonnante. Il a ce physique très prometteur, bien entendu. Et puis, il a cette intelligence qui fait de lui un acteur un peu différent.

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Et c'est vrai que, à tout point de vue, Monty sort du lot. Un certain nombre de metteurs en scène et bientôt un certain nombre de critiques vont le réaliser et vont le faire savoir.

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Éric Stern dirigeait l'Orchestre symphonique de Londres dans cette bande originale du film de John Huston, Les désaxés de Misfits en anglais. La musique en question est d'Alex North. Quant au film, bien sûr, il mettait en scène les célébrissimes Marilène Monnereau, Clark Gable et Montgomery Clift. Tu 15h30 le meilleur défroqués raconte sur son site Mentis, comme tout le monde l'appelle, a fait quelques expériences de théâtre avec une troupe provinciale et je vous le disais, il se fait remarquer assez vite à Broadway, où il paraît pour la première fois à l'âge de 15 ans.

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C'est à Broadway que va s'épanouir son son talent, avec toujours cette mère qui est là, qui est derrière, qui le pousse constamment, qui est trop présente et qui finit même par se rendre insupportable. Monty, pendant un temps, va être obligé de se rompre avec elle et de se protéger, si je puis dire.

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Et on voit son nom apparaître de plus en plus souvent sur les affiches. Il joue notamment dans plusieurs pièces de Tennessee Williams, dont l'atmosphère interlope correspond parfaitement à son talent, lui même assez ambigu. Il tape dans l'œil d'un certain nombre de chasseurs de talents hollywoodiens qui font leur marché, si je puis dire, à Broadway, à New York. Dans un premier temps, Montgomery Clift va décliner leur proposition. Et ce n'est pas quelqu'un qui est du tout attiré par le cinéma.

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Peut être y a t il du snobisme dans son attitude. C'est possible. Une forme de fierté, de désir, d'indépendance, c'est certain. Mais il y a aussi sans doute certaines insécurités. Il a peut être peur de ne pas être à la hauteur de ce qu'on attend d'une star d'Hollywood. Je cite Jim Farber. Il ne voulait pas faire une mauvaise première impression. Il ne souhaitait pas non plus signé de contrat avec un studio, ce qui alors était le seul chemin viable pour percer dans ce domaine.

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En fait, il est attiré par Hollywood comme tout le monde. Comme tous les acteurs de son temps, Montgomery Clift et en même temps, il a peur d'y aller un peu le jeu du chat et de la souris. En 1946, il n'a que 26 ans. Il a pas mal de soucis d'argent et il va finalement se laisser convaincre par un rôle devant la caméra de Howard Hawks. Ce sera Red Weaver, un superbe western que je vous conseille entre parenthèses avec John Wayne, bien sûr, dans le rôle principal.

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Et Montgomery impose ses conditions, ce qui, à l'époque, est très rare. Il entend épaissir son rôle de jeune cowboy. Et pour cela, il va jouer du contraste entre une virilité totale, brute à l'ancienne, si je puis dire, celle de John Wayne.

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Et puis, cette sensibilité très bizarre lui est assez moderne que lui insuffle à son personnage. Ça va être sa marque de fabrique.

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Désormais, il va créer un nouveau type de figures masculines pleines d'une vulnérabilité qu'il assume d'ailleurs et qui va séduire d'une autre manière. C'est l'homme moderne, d'une certaine façon, qui est en train de faire son apparition au cinéma avec Marlon Brando, avec Paul Newman, avec James Dean, qui vont creuser le sillon en lien avec l'Actor's Studio, bien entendu, auquel le Monty Clift collabore d'ailleurs.

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Mais c'est bien lui qui qui lance cette mode. D'une certaine manière.

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Inutile de vous dire que sur le tournage, il s'entend mal avec John Wayne, qui le trouve hautain, qui a du mal à saisir. Ce garçon, et lui même d'ailleurs, a des doutes.

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Il oscille constamment entre une autosatisfaction un peu énervante et la sensation de ne pas être au niveau. Il en vient même à s'interroger sur son avenir au cinéma.

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Et pourtant. Et pourtant, il crève l'écran. Les critiques, le public, tout le monde le redemande. Le succès de Gomment de Mengue Omri Clift est fulgurant, raconte Sébastien Monos. l'Amérique entière le découvre, puis l'Europe. Bien sûr, les studios savent qu'ils tiennent une pépite qui risque de se transformer en mine d'or. Ils ont l'idée d'exploiter son statut de jeune rebelle pour plaire au jeune public. Mais ce héros viril là, montee, ne veut pas l'incarner.

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Il n'a pas l'intention d'être une marionnette.

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C'est un bras de fer qui est en train de commencer avec les studios, avec Hollywood, en dehors des rôles qu'on voudrait lui lui faire jouer.

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Disons le, il y a un autre gros sujet de discorde et c'est sa vie privée. Son studio a l'intention de révéler à La Presse un certain nombre de liaisons qu'il aurait avec de belles jeunes filles. Vous savez que c'est comme ça que ça marche à l'époque. Il faut faire marcher les magazines, les magazines de cinéma et ça, ça agace. Beaucoup menti, puisque la vérité, c'est que certes, il a des relations avec des femmes, mais il en a aussi beaucoup avec des hommes.

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Ce sont des relations souvent très courtes et très intenses. Un certain nombre de biographes ont dit que sa difficulté à assumer cette homosexualité serait la cause de son mal être et que ce serait la raison pour laquelle il sombre assez vite dans l'alcool. Et petit à petit, va se prendre et il va se mettre à prendre des médicaments à haute dose. Il y a d'autres auteurs qui ont tendance à relativiser cette idée. Bref, quels que soient les raisons de son, de son mal être.

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Monty Clift a du mal à s'aimer lui même et à mesure qu'il devient un acteur très demandé. On voit s'accentuer ses fragilités psychologiques. Professionnellement, c'est peut être ça qui va l'amener à l'excellence.

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Il travaille énormément.

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Il faut dire qu'il a le luxe de pouvoir choisir ses rôles, ce qui, à l'époque, est relativement rare. Ce sont toujours des rôles qu'il veut exprès, nuancés, ambigus. Des rôles où ne s'exprime pas seulement sa beauté et ses rôles. Il va les trouver dans L'héritière de William Wyler, avec Olivia de Havilland en 49, Une place au soleil, magnifique film de George Stevens avec Liz Taylor. Un an après, il y aura aussi, bien sûr, tant qu'il y aura des hommes où il interprète ce soldat du Pacifique, ancien boxeur.

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C'est loin d'être son meilleur rôle, mais ce sera sans doute le plus populaire. Disons le manga Rick Lifts a beau être un garçon sympathique, intéressant, il se montre souvent sur les plateaux carrément désagréable. Il se démarque en voulant constamment avoir son mot à dire sur les textes qu'on lui propose. Il réécrit un certain nombre de dialogues dans le look de l'époque. Cela passe relativement mal. Il propose constamment des idées au metteur en scène. Bref, sans compter ces défections, si je puis dire.

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Il a un comportement et ça fait penser à Maryline Monnereau à la même époque. Il a un comportement sur les plateaux qui laisse à désirer. Par exemple, Alfred Hitchcock, qu'il a engagé pour son célèbre film La loi du silence en 1953, où il interprète un prêtre. Vous savez, il est constamment dans sa soutane, dans sa tenue de prêtre catholique. Alfred Hitchcock se rend bien compte qu'il arrive une fois sur deux sur le tournage. Bien imbibé d'alcool.

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En fait, mon église se bat contre une tendance profonde à la dépression. On pourrait presque dire au suicide de crise en crise et d'excès en excès. On le voit s'enfoncer dans quelque chose d'assez sombre, d'assez noir. Et c'est dans ce contexte là qu'intervient l'accident d'avril 1956 que je vais. Vous racontez tout à l'heure en sortant ce soir là. Cette nuit là, de chez Liz Taylor, l'acteur a 35 ans. Il était au sommet de sa beauté, de sa célébrité.

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Et voilà que d'un seul coup, il subit cet accident terrible et qu'il est défiguré. Le National Philharmonic Orchestra, dirigé par Teachers Guérard, interprétait la bande originale du film Une place au soleil Place Place in the Sun. La musique était de France Waxman. Vers h 30, les meilleurs défroqués, raconte Cystite, je cite David Gretchen, qui nous parle des circonstances.

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Enfin, plutôt de la situation de Mongomo Clift. Au lendemain de ce terrible accident, je le cite, il souffrait d'une fracture de la mâchoire et du nez. Il avait perdu quatre dans sa lèvre supérieure et était coupée en deux. Clift a été rafistolé aussi bien que n'importe qui, mais le plus beau visage masculin du Hollywood des années 50 avait disparu à jamais. Et oui.

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Et pourtant, après seulement un mois et demi de convalescence, l'acteur est effectivement tout rafistolés, décide de reprendre les chemins du studio et de poursuivre le tournage de L'arbre de vie, imaginé pour le réalisateur, pour les opérateurs. C'est très difficile. Il faut ruser pour que le contraste entre les scènes filmées avant l'accident ne soit pas trop flagrant avec les scènes filmées depuis Montee. Lui va devoir apprendre à composer avec son nouveau visage qui a beaucoup changé, et un usage, un visage dont certains muscles ne répondent plus du tout.

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Son apparence est devenue un peu étrange et il y a des gens qui l'ont très bien connu, qui ont été des proches et qui, lorsqu'ils le voient maintenant, ont même du mal à le reconnaître. On raconte qu'il fait retirer tous les miroirs dans les endroits qu'il fréquente, dans les suites d'hôtel, chez lui, etc. Il ne supporte plus de se voir comme il est devenu, bien entendu.

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Et dans cette époque, il y a vraiment deux attitudes qui, dans son esprit, ont l'air de se combattre. C'est comme s'il était devenu lui même double. Après tout, il avait peut être toujours été. D'une part, il a un coût, ce comportement auto destructeur qui s'amplifie encore et plus que jamais. On le voit abuser des antidouleurs de toutes sortes de drogues et de l'alcool, bien entendu. Et puis, en même temps, on le voit se battre d'une façon assez incroyable et même remarquable, disons le, pour se réinventer en tant qu'acteur.

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Et très vite, il va aborder un certain nombre de rôles complexes avec un talent qui a peut être été accru encore par cette épreuve terrible de l'accident.

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Il a parfois été dit que sa carrière après son accident était moins brillante. Alors là, je suis désolé, mais ça, c'est absolument faux. Il n'est plus vrai, le jeune séducteur rebelle, etc. Il est maintenant en dehors des cases traditionnelles. Mais regardez le interpréter Freude, par exemple. C'est extraordinaire, la vie qu'il donne au grand psy, l'inventeur de la psychanalyse. La liste de ses films à cette époque est impressionnante. Le bal des maudits de métrique, soudain, l'été dernier, bien sûr, de manquer vite.

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C'est extraordinaire. Le fleuve sauvage d'Elia Kazan et bien sûr, de ce suite Les désaxés de Houston, dans un film où il travaille, bien sûr, avec Marie-Lyne Monnereau.

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C'est l'ultime long métrage achevé de Marie-Lyne Monnereau qui est touché pendant le tournage par la détresse de demonter Clift. Elle le décrit comme je cite Marie-Lyne, la seule personne qu'elle connaisse qui soit dans un pire état qu'elle. Oui, finalement, on doit pouvoir le décrire ainsi.

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Franck Ferrand, christique.

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Il va mal, Mongomo, Wyclif, très mal ses excès, l'épuise physiquement. Uzumcu épuise aussi son entourage, il faut bien le dire, avec cette attitude qui, constamment, déconcerte. Il a de plus en plus de mal à retenir ses répliques. Il improvise parfois maintenant devant la caméra. Il a l'air plus ou moins perdu que ce regard vague, étrange. Il a l'air comme assommé et vieilli avant l'âge.

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Et on découvrira trop tard qu'en plus du reste, il avait une maladie hormonale qui ne devait rien arranger. Reste qu'il n'est plus guère possible de le faire tourner. Les assurances ne veulent plus ou ne veulent plus suivre. Et après cette période faste dont je parlais à la charnière des années 50 et 60, il semble que ces névroses prennent le dessus. Et quand une nouvelle offre lui parvient pour un film qui s'annonce assez médiocre en 65, il l'accepte. Il ne peut plus se permettre d'être aussi exigeant qu'autrefois.

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Maintenant, il s'agit de montrer, surtout qu'il peut encore jouer. Et après ce film, il va aller se reposer chez lui, à New York, auprès de son assistant. Un soir de juillet 66, c'est cet assistant qui frappe à sa porte pour lui dire que les désaxés diffusés à la télévision et lui demande s'il peut le voir. Absolument pas, répond l'acteur avant d'aller se coucher.

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Ce seront les derniers mots qu'on entendra Clift prononcer puisque son cœur, qui avait été tellement malmené par tous les excès dont j'ai parlé son cœur, va s'arrêter de battre au cours de cette nuit là. C'est la fin de ce que le metteur en scène Robert Lewis appellera, à tort ou à raison, le plus long suicide de l'histoire dHollywood.

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Le meilleur des fructifie, raconte Christie dans Boulevard du Crépuscule, Pierre Achard a décrit à sa manière la mort de monter Clift ce matin là, son infirmier. Homme à tout faire, Lorenzo, alias Larry, frappe en vain à la porte de la chambre du premier, fermée à double tour. Il tente de la forcer, finit par redescendre et passer par le jardin où il grimpe à une échelle et casse un carreau de l'extérieur. Dedans, l'acteur est allongé, nu face contre lui, avec ses lunettes sur le nez et les poings fermés noués comme ceux d'un boxeur.

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Contre quoi s'est il battu cette fois? Il ne bouge plus. Il le croit d'abord ivre, endormi et le soulève comme chaque jour pour passer à la douche. Le corps, qui pèse à peine 55 kilos à ce moment là, lui paraît anormalement lourd entre ses bras, comme s'il portait soudain tout le poids d'une vie. En fait, il est décédé. Larry reste deffets avec Monty dans ses bras à Montgomery. Clift est mort à 45 ans, officiellement d'une crise cardiaque.

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En réalité, d'un accident qu'on appelle la vie et que Hollywood a transformé en petite tragédie américaine. Un de ses drames, maisons qui font pleurer les filles de Driving et leur mère, qui auraient bien aimé voir de l'autre côté du paradis.