Happy Scribe Logo

Transcript

Proofread by 0 readers
Proofread
[00:00:04]

Christophe Hondelatte Voici une enquête criminelle très atypique. L'enquête sur l'assassinat à Barbezieux, en Charente, en juin 2012, de Claude Tavernier, une vieille dame de 82 ans, connaîtra le nom du tueur. Ça va vous surprendre, mais vous connaîtrez aussi une énorme frustration. Vous ne saurez pas pourquoi il a tué cette vieille dame et du coup, tout à l'heure pour le débriefe, je ferai appel au docteur Fabien Oba, qui est l'expert psychiatre qui a eu à expertiser le tueur pour tenter de comprendre ses motivations.

[00:00:37]

J'ai écrit cette histoire avec Thomas Audouard. Réalisation Céline n'embrasse. Christophe Hondelatte. 26 juin 2012, vers 9 heures et demie du soir à Barbezieux, en Charente. Allo oui, j'écoute! La Société dalarme de chez Mme Tavernier ne reçoit pas le signal du système d'alarme de la maison, je regarde la possibilité d'aller voir Rouban. Oui, je suis à 500 mètres. Nicole Pollet et la femme de ménage de Claude Tavernier, une octogénaire qui habite tout près de chez elle.

[00:01:23]

Elle se dit S'il m'appelle, c'est qu'ils n'ont pas réussi à la joindre.

[00:01:29]

Donc, elle va sur place écouter la rive au Montueux. Il y a de la fumée qui sort par un volet entrouvert. Un incendie. Elle appelle tout de suite les pompiers.

[00:01:40]

Ils arrivent. Il entre dans la maison, elle les suit et c'est elle. Oh mon Dieu, c'est elle qui découvre Mme Tavernier étendu sur le sol. Elle ressort en hurlant Elle est morte, elle est morte.

[00:02:13]

Pour les gendarmes de Barbezieux arrivent sur place, les pompiers ont maîtrisé le feu. Vous pouvez y aller sans problème. Il s'approche du corps. Rodilhan a vu. L'incendie qui l'a tué? C'est un meurtre, putain! 1 2, 3. 5 6 Tu crois que je vais pas arriver à les contrer? 40 Elle a reçu 40 coups de couteau, 32 à la gorge et 8 dans le dos, et c'est de ça qu'elle est morte. Le feu, c'était après 40 coups de couteau.

[00:02:58]

C'est un meurtre d'une sauvagerie inouïe. Tout autour, beaucoup de désordre, comme si il y avait une bagarre et une lutte entre elle et celui qui l'a tuée ou l'a t il tuée? Là où on a trouvé le corps? Non. Non, pas sûr. Il y a du sang partout dans la maison, dans 27 endroits différents, y compris sur Envolez. Mais là où il y en a le plus, c'est dans sa chambre, sur le sol et sur le lit.

[00:03:33]

C'est peut être là qu'on l'a tué et avant, on l'a bâillonnée parce qu'il y a un rouleau de chatterton. Mais l'indice le plus intéressant de ce début d'enquête, on le trouve sous les ongles de madame Tavernier. C'est confirmé, elle s'est battue avec lui. 82 piges. Elle s'est battue et on retrouve sous ses ongles un ADN masculin. Et le même ADN sur ses poignets et sur son pantalon? Pas mal. On a l'ADN du tueur. À Barbezieux, presque tout le monde la connaissait Claude Tavernier.

[00:04:17]

Pas grand, 4000 habitants. Tu vois la maison de maître à l'entrée de la ville, là, près du garage Renault? Bah voilà, c'est chez elle. Ou plutôt, c'était le lendemain du meurtre. Une marche blanche réunit 300 personnes dans les rues de la petite ville et les gens viennent accrocher des fleurs à la grille de la maison.

[00:04:44]

Ça faisait 40 ans que Claude Tavernier habitait là. Veuve d'un colonel, mère de garçons officiers et deux filles mariées à des militaires catholiques, bien sûr. Vingt sept petits enfants, trente trois arrière petits enfants. Fallait voir l'été. Tout ce petit monde dans la grande maison, les grandes tablées de quatre générations.

[00:05:06]

Il leur arrivait d'être 70 à table. Une grande famille française traditionnelle, dont Claude Tavernier était donc la matriarche. Elle était aussi très investie à Barbezieux. Militante du Secours catholique, elle allait voir les personnes seules à l'hôpital. Une femme simple, riche, mais très simple, avec diton, le coeur sur la main.

[00:05:45]

Le lendemain du drame, les gendarmes ratissent la villa et ils s'aperçoivent qu'on a volé deux ou trois babioles.

[00:05:53]

D'abord, il manque la télé et puis la carte bancaire de Claude Tavernier. Et aussi une pendule en bronze qui aurait une certaine valeur, d'après ce que disent les enfants dans les 10.000 euros. Et puis, il manque aussi la voiture. On l'aurait donc tué pour une pendule.

[00:06:23]

La voiture, on la retrouve le soir même incendiée, à quelques kilomètres de la sortie de la ville, tout près du camp des gens du voyage. Et là, il y a un contexte. Au cours des mois précédents, 70 cambriolages ont été commis à Barbezieux et ça venait souvent du camp de caravanes. Et dans ce camp, les gendarmes ont un homme dans le collimateur. Un alcoolique est héroïnomane, connu pour des vols avec violence et pour plusieurs cambriolages.

[00:06:53]

Est ce que ça serait lui? Les gendarmes l'arrêtent d'ailleurs quand il l'arrêtent télé au volant d'une voiture volée. Et ils le placent en garde à vue. Shopbot trop bien dans ma tête en ce moment, je ferais n'importe quoi. Peut être, mais ça n'est pas lui. Premièrement, il a un alibi solide et deuxièmement, on a prélevé son ADN. Pour comparaison, ça ne marche pas. Le 30 juin. Il y a plus de 700 personnes aux obsèques de Claude Tavernier en l'église de Barbezieux.

[00:07:44]

Environ deux semaines après les obsèques d'un gendarme de Barbezieux qui n'est pas du tout sur l'enquête, c'est la section de recherches de Poitiers qui est sur le coup. Un gendarme de Barbezieux, donc un gendarme motocycliste, s'aperçoit qu'il a peut être vu un truc. Le soir du crime qui pourrait intéresser ses collègues? M'assoir. Là, je prenais mon service de nuit. Et puis, quand je suis arrivé à la gendarmerie, je me suis aperçu que j'avais oublié mes clés.

[00:08:10]

Donc je vais retourner chez moi. Et au retour, en revenant en passant devant chez Mme Tavernier, j'ai vu un homme qui sortait de la propriété. Et pour moi, cet homme là. C'était un jardin. En tout cas, il avait au moins le polo bleu clair des gendarmes avec écrit gendarmerie dans le dos, ça c'est sûr, et c'est aussi pour ça que j'en ai pas parlé jusqu'ici parce que je me suis dit Bah, c'est un gars de chez nous.

[00:08:36]

Ils doivent être au courant, quoi? Et ce gars, vous pourriez le décrire? Oui, oui, un homme de 25 30 ans ne sait pas mettre 75 brins.

[00:08:55]

Il dit qu'à ce moment là, des formations de gendarmes. Il a regardé l'heure sur le tableau de bord de sa voiture. Il était précisément 19 heures 57 et je vous le dis tout de suite. Aucun gendarme de Barbezieux n'est allé chez Mme Tavernier ce soir là, autour de 20 heures. En tout cas, officiellement, les seuls gendarmes qui sont allés sur place, ils sont allés à 22h15, juste après la découverte du drame. Incroyable! Un gendarme serait dans le coup un gendarme qui serait allé la tuer en uniforme de 40 coups de couteau.

[00:09:44]

Dans cette enquête, c'est un sacré rebondissement et c'est très embarrassant pour la gendarmerie qui mène l'enquête et n'y croit pas les gendarmes. Et donc ils élargissent le cercle aux anciens gendarmes. Moi, je me dis que c'est.

[00:09:59]

Peut un contrat court, le gars, un gars qui n'aurait pas été reconduit et qui aurait gardé son uniforme, et donc les gendarmes se mettent à dresser des listes d'ex gendarmes, d'abord en Charente. Et puis il élargisse à l'Aquitaine et aux Pays de Loire et il arrive à une longue liste de mille noms et à partir de là, pendant deux mois, face aux gendarmes. Têtu, obstiné, méticuleux, il raye des noms. Il enlève les blonds, par exemple, puisque le type était brun et les chauves, puisque le type avait des cheveux trop grands et trop petits.

[00:10:39]

Et celui là, il pouvait pas être là ce soir là. Et celui là non plus. Tous les jours, il raye des noms sur cette liste de cinq mille noms. Et un jour, au bout de deux mois, il ne leur reste qu'un seul nom.

[00:10:59]

Bien gars, on a un an, Mathieu Bulinckx, 27 ans. C'est un ancien gendarme. Il a été adjoint volontaire pendant cinq ans et jusqu'à il y a quinze jours à la gendarmerie de Baignes. Et depuis la fin de son contrat. D'après ce qu'on sait, agents de sécurité et là, on s'aperçoit que Mathieu Bulinckx connaissait la victime en 2008, Claude Tavernier avait été cambriolé. Il est intervenu chez El. Alors, on va l'arrêter tout de suite là maintenant.

[00:11:47]

Patience, patience. Les gendarmes de la section de recherches de Poitiers se rancard d'abord auprès de ses anciens collègues. Le laugh impeccable deux états de service irréprochables, oui, un bon gars, vraiment. Vous avez perçu de la colère contenue chez lui, de la violence rentrée. Pas du tout. Nous. Non, mais toujours apparu équilibré, pas pas brillant, mais un type équilibré, quoi. Ajouter à ce tableau trop parfait que Mathieu Bulinckx est aussi fils de gendarme.

[00:12:26]

Faudrait pas faire une boulette. Faudrait pas l'accuser à tort. Le 24 août 2012, Mathieu Blin est convoqué à la gendarmerie d'Angoulême. Juste convoqué et il se présente très détendu, serein, monsieur Bulinckx.

[00:12:51]

Un collègue vous a vu sortir de la maison de madame Tavernier le soir où il a été tué. Qu'est ce que vous faisiez là, M. Effectivement, je suis allé voir Mme Tavernier. Elle a été cambriolée il y a quatre ans. À l'époque, j'ai eu à travailler sur l'enquête et de plus bas, on est devenus amis. Donc oui, il fut passé chez elle, mais je n'ai rien à voir avec sa mort. Je n'aurais pas fait de mal.

[00:13:22]

Vous êtes resté ami avec elle après avoir enquêté sur son cambriolage. MAROUÉ Vous nous avez dit à mon collègue, à moi qu'on pouvait revenir la voir prendre un café si on voulait. J'y suis allé. Cinq ou six fois, vous avez été gentils. Je me suis attachée à elle. On a beaucoup parlé après le décès de ma maman. M'écoutez quoi réconforter on se tutoyer, vous savez, on se faisait la bise aussi. Vous êtes resté combien de temps, monsieur Bulinckx?

[00:14:03]

Je dirais une demi heure. On vérifie. Il a vraiment perdu sa mère en 2003, mais cette histoire d'amitié avec Mme Tavernier. Les gendarmes ont du mal à le croire. Comme vous, comme moi, ça existe, les belles histoires, les amitiés intergénérationnelles, inter milieu social. Mais en général, si je me déplace, ce n'est pas pour vous raconter des romances.

[00:14:45]

Un point, tout de même, monsieur Bulla. Le collègue qui vous a vu sortir de chez Mme Tavernier? Vous avez en uniforme? Ça fait 15 jours, monsieur, que vous n'êtes plus dans la maison. Qu'est ce que vous faisiez avec cet accoutrement à cet endroit là? Voyons comment il va se débrouiller avec ça. Mise pour vous pour que chacun me reconnaisse bien quoi? Vous savez, il était quand même âgé. Il m'avait toujours vu dans cette tenue en or.

[00:15:28]

OK, OK, il peut rentrer chez lui. Est ce que ça vous a convaincu? Non. Vous êtes durs. De toute façon, il ment, il ment quand il dit qu'il se tutoyait, Mme Tavernier n'a jamais tutoyé personne. Vous voyez ses cinq enfants et même ses petits enfants et même ses arrière petits enfants, et ça, depuis le plus jeune âge. Il paraît qu'elle vous voyez même les nourrissons. Pas du tout le genre à avoir des familiarité avec un gendarme adjoint du tout.

[00:16:02]

Et la bise, les deux grosses marques sur la joue, madame Tavernier?

[00:16:07]

Vous n'y pensez pas? Il ment. Et ajoutez à cela que dans l'entourage de Claude Tavernier, personne n'a jamais entendu parler de lui, ni ses enfants, ni sa femme de ménage. Personne. Il ment. Et ça se vérifie quand on interroge les collègues avec lequel il est intervenu à l'époque sur le cambriolage. Moi, je crois qu'il n'a jamais parlé avec elle à l'époque. Un seul chef de brigade qui lui a parlé, nous ou on était vraiment en retrait, quoi.

[00:16:41]

Est ce qu'à la fin, elle vous a dit revenez quand vous voulez? Oh non, non, je crois pas. Comme certains, nous ne vous a pas parlé, je vous dis. C'est la confirmation que Mathieu Bulinckx ment. Par ailleurs, si on regarde en détail l'activité de son portable, il a coupé son portable le 26 juin à 14 heures, ce qu'il ne fait jamais, et il l'a rallumé le lendemain du crime. 11H45. Louche.

[00:17:12]

Mais là où il y a plus aucun doute, c'est quand on compare son ADN à celui prélevé sous les ongles de la victime. C'est lui, c'est lui qui l'a tué et après, ça va très vite.

[00:17:27]

Il est placé en garde à vue et par rapport à la fois d'avant. Il est beaucoup plus tendu et les gendarmes ne finissent pas. On a retrouvé votre ADN. Monsieur Bulinckx. Sous les ongles de la victime. Il a tout de suite. C'est lui qui l'a tué. Il dit que ce jour là, il est allé la voir chez elle une première fois, qu'il est parti, qu'il est revenu et que c'est là qu'il l'a tuée. Mais n'espérez pas plus de détails.

[00:18:14]

On se souvient plus de rien. Quelques flashes comme ça, mais le reste, j'ai oublié amnésies, vous voyez, a le flash dont je me souviens. Dans la chambre à coucher, elle est là. Elle me regarde. Elle crie de lui mettre du code sur la bouche. Et puis, je lui donne un coup de couteau au niveau de la gorge. Un coup de couteau 40. Et bien les autres, il les a oubliés. Il est possible que ce soit vrai.

[00:18:54]

Un choc, un choc émotionnel. Il ne peut pas assumer ça, alors il les fasse. Ou alors il Schick. Mais pourquoi est ce que vous avez tué cette femme Bil'in? Je ne me souviens pas, je me souviens plus. Ça fait deux mois que j'y pense. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça. On ne va pas pouvoir compter sur lui pour les explications. Pourquoi puisqu'il a fait ça? Il va falloir se passer de lui et donc échafauder un scénario fait d'hypothèses.

[00:19:51]

Le 26 juin 2012, à midi, Mathieu Bilin coupe son téléphone portable et le soir, aux alentours de 19 heures, il quitte son domicile à Angoulême et prend la direction de Barbezieux. A ce moment là, il a clairement son plan en tête. Il veut tuer Mme Tavernier. Il se gare à proximité de sa demeure. Il veut d'abord s'assurer que l'octogénaire est bien chez elle et qu'elle est seule à ce moment là. Il porte son ancienne uniforme. Il s'introduit dans le jardin.

[00:20:23]

Il s'approche de la maison à pas de loup, par la porte fenêtre du salon. Il la voit assise devant la télévision, un plateau repas posé sur la table basse. Il l'observe un moment assez longtemps pour s'assurer qu'elle est bien seule. Il ressort. Il retourne à sa voiture et c'est là que le gendarme de Barbezieux le voit. Là, il se change probablement. Il revient en civil avec un couteau de chasse et un rouleau de chatterton. Il passe par une porte fenêtre restée ouverte à l'arrière de la maison.

[00:20:58]

Il entre et il se jette sur elle et il tente de la bâillonner avec le scotch. Mais elle se rebiffe. Elle le griffe. Elle se débat. Il n'y arrive pas. Elle réussit alors à se réfugier dans sa chambre. Il la rattrape. Cette fois, il l'a bâillonne et il lui plante les premiers coups de couteau. Et il l'a laissée pour morte sur son lit. Là, il fait le tour de la maison pour mettre en scène un cambriolage.

[00:21:23]

Il repère la télé, la pendule en bronze et la carte bancaire. Il met tout ça dans la voiture de Mme Tavernier. Et là, il revient dans la chambre. Il s'aperçoit qu'elle n'est pas morte. Elle a enlevé son bâillon et elle est en train de ramper vers l'extérieur. Et c'est là qu'il ressort son couteau et qu'il l'achève. Et ensuite, il met le feu. Les experts ont mis à jour son système. Il a utilisé des bougies, il les imposer au pied des rideaux et il les a enflammé.

[00:21:58]

Voilà à peu près comment ça s'est passé. Sans doute, ça colle avec la scène de crime, ça colle avec les traces de sang, ça colle avec les projections sur les murs. Il n'y a qu'une seule chose qu'il n'avait pas prévu que le feu allait ronger les fils du téléphone et empêcher la connexion avec la société dalarme. Et évidemment, il n'avait pas prévu qu'un ancien collègue la percevraient en uniforme. Mais s'il ne l'avait pas vu, c'était le crime parfait.

[00:22:27]

On ne saurait jamais remonter jusqu'à lui.

[00:22:39]

Mais dans ce scénario, on bute toujours sur le mobile. Pourquoi? Pourquoi est ce qu'il a fait ça? Pourquoi ces 40 coups de couteau? On a beau lui poser la question, il n'en sait rien. Il n'a pas fait ça pour la voler. Il n'a rien gardé, ni la pendule, ni la télé. Il n'a même pas essayé d'utiliser sa carte de crédit. Alors pourquoi? Là encore, il va falloir se contenter d'hypothèses et l'hypothèse la plus probable.

[00:23:17]

C'est un traumatisme lié à la mort de sa mère quand elle meurt d'un cancer du sein en ayant caché sa maladie à ses enfants jusqu'au bout. Mathieu a 17 ans et grâce aux témoignages de ses proches, on sait qu'à partir de ce moment là, il se met à s'habiller en noir. Il est hanté par la mort de sa mère. A ce moment là, il ne s'accroche qu'à un projet devenir gendarme comme son père, ce qui était aussi le rêve de sa maman.

[00:23:48]

Mais il rate deux fois le concours de sous officier. Et tant pis. Il se rabat sur le statut de gendarme auxiliaire volontaire pendant cinq ans. Il enchaîne les contrats courts. Et puis ça se passe mal et il est mise à la porte. Quinze jours avant de commettre cet assassinat, on peut donc envisager que le moteur du crime, c'est le ressentiment, c'est la frustration. Et pourquoi elle? Mme Tavernier est bien parce qu'elle est l'un des enfants, militaires ou officiers généraux même.

[00:24:24]

Elle a des enfants qui ont réussi ce qu'il a, lui, raté.

[00:24:37]

Voilà donc l'hypothèse qu'on peut formuler quant au mobile de ce crime. Vous trouvez ça un peu tiré par les cheveux? Eh bien malheureusement, je n'ai rien d'autre à vous proposer. L'instruction n'a rien de mieux à proposer et c'est dans cet état de supposition que Mathieu Bulinckx est renvoyé devant la cour d'assises pour assassinat. Plus les vols, plus l'incendie.

[00:25:07]

Son procès s'ouvre à Angoulême le 16 novembre 2015 pour cinq jours et on comprend d'entrée qu'il n'a pas changé d'avis.

[00:25:16]

Il assume son geste, mais il prétend qu'il ne l'a pas prémédité depuis son box. Il est à peine audible. Il est sans cesse au bord des larmes. Et d'entrée, il s'adresse à la famille Tavernier. Je suis désolé, vraiment désolé pour le mal. Je vous ai fait. On apprend à l'occasion que le gendarme Bulla était un geek, qu'il passait des heures et des heures sur son ordinateur, sur des blogs kotick, sur des sites de rencontres ou sur des plates formes de poker en ligne.

[00:26:04]

On attend beaucoup, bien sûr, des experts psychiatres, il vient dire qu'il est en proie à des pulsions et qu'il est dangereux, mais qu'il est en état d'être jugé. Il n'est atteint d'aucune pathologie psychotique. Le procès dure cinq jours et à la fin, Mathieu Blin est condamné à 30 ans de réclusion criminelle, assortie d'une peine de sûreté de 20 ans. Il fait appel à la dernière limite et il est rejugé à Bordeaux en mai 2017. Et d'entrée, il s'explique sur cet appel.

[00:26:54]

J'ai beaucoup hésité. Vous ne voulez pas? Infligèrent un second procès à la famille Tavernier. Mais vous comprenez? J'ai été condamné pour meurtre avec préméditation. Ce n'est pas la vérité. Je n'ai rien prémédité du tout et là, on découvre un épisode qui était passé totalement inaperçu lors du premier procès. Et pourtant, c'est dans le dossier, au moment où il a été arrêté. Mathieu Bulinckx était sur le point d'entrer dans la police. Il avait passé avec succès le concours pour entrer dans la police technique et scientifique.

[00:27:30]

Il ne lui restait plus que les oraux à passer. Il a été interpellé juste avant. On a eu chaud. Ça s'est joué à pas grand chose.

[00:27:50]

À part ça, il n'a toujours aucune explication à son geste. C'est très frustrant pour la famille Tavernier. Ils ne sauront pas. Ils ne sauront jamais. Et le verdict confirme celui du premier procès. Mathieu Bulinckx est condamné à 30 ans de réclusion criminelle avec 20 années de sûreté.

[00:28:23]

C'est la fin de cette histoire que, naturellement, je voulais absolument débriefer avec l'expert psychiatre, le docteur Fabien. Au bas d'un jeu qui a eu l'expertise et docteur, j'ai eu une première question parce que tous ceux qui auront entendu cette histoire se disent sans doute, comme moi, que ce type est cinglé. Mais vous dites qu'il n'est atteint d'aucune pathologie psychiatrique.

[00:28:47]

Vous en êtes sûr, alors on est à peu près sûr qu'il n'a pas de pathologie psychiatrique. D'abord, c'est quelqu'un qui n'a aucun antécédent d'ordre psycho pathologique et qui est toujours un peu surprenant dans ce type d'affaire. C'est de pouvoir mettre en perspective à la fois l'abominable d'une situation criminelle et la relative normalité des sujets qu'on examine, messages et ouï dire. C'est une situation extrêmement fréquente. l'Abomination de l'acte ne se résume pas forcément à des problématiques psychotiques et des individus tout à fait normaux, au sens du psychiatre, bien évidemment, peuvent commettre ce type d'actes.

[00:29:25]

Et d'ailleurs, la preuve, c'est que visiblement, M.

[00:29:28]

Bulinckx n'a jamais eu de pathologie psychiatrique caractérisée quand il dit qu'il a oublié qu'il ne lui reste que 1 ou 2 place. Qui ne sait pas notamment pourquoi il a fait ça? Il simule a votre avis pour éviter de s'expliquer ou il est sincère?

[00:29:43]

Il y a toujours de nombreuses hypothèses qui sont soulevées par ce type de situation, qui sont d'ailleurs extrêmement fréquentes en matière criminelle. Il y a souvent une occultation des faits. Comme vous l'avez dit, la plupart du temps, les gens essayent d'occulter, d'éliminer, d'éloigner une représentation insupportable parce qu'ils ont été l'auteur direct. D'autres possibilités existent. Il y a des causes médicales à l'oubli et confusion mentale, des choses qui ont pu être assez rapidement éliminées, des intoxications massives.

[00:30:11]

Enfin, des choses que l'expertise a permis d'éliminer de manière très séquencés. Reste qu'effectivement, cette espèce d'oubli pose question sur le rapport du sujet à son propre passage à l'acte. Il arrive parfois que lorsque un sujet est traversé par une dynamique pulsionnel émotionnel extrêmement forte, il y a des phénomènes d'occultation de ce type là qui se produisent.

[00:30:34]

Concernant le psychanalyste, docteur, par ailleurs, Obin, pas du tout impliqué dans tout ce qu'il y a de plus classique, mais cela existe aussi.

[00:30:44]

Mais quelque chose n'est pas dans votre langage.

[00:30:47]

Si ou si, si. Mais c'est aussi la station, le refoulement. C'est un discours de type psychanalytique. On peut parler d'occultation. On peut parler d'enfouissement. On peut utiliser d'autres terminologie, car il existe une capacité chez l'homme à poser une barrière qui fait que le réel ne lui revient pas en pleine figure.

[00:31:06]

Oui, mais je crois que c'est M. Blévin, c'est autre chose. Je pense quand même qu'il a fermé le couvercle de manière délibérée parce qu'il y a quelque chose représentable, d'indicible, dont il n'a pas envie de parler. C'est bien évidemment tout l'enjeu de l'expertise et de la fameuse boîte noire. Il y a aussi une frustration, pas seulement chez les auteurs d'actes criminels, mais aussi la frustration chez les experts. C'est à dire que parfois, on voit les choses se dérouler avant le passage à l'acte.

[00:31:30]

On voit les choses reprendre après le passage à l'acte. Et puis, au milieu, cette espèce d'espace très particulier souvent, qu'on appelle un peu rapidement une boîte noire. Mais qui dit bien ce que cela veut dire, c'est à dire quelqu'un de dépassé. Et souvent, l'expert sort de cette affaire là avec lui aussi, avec de la frustration.

[00:31:46]

Vous nous rassure, il n'y a pas que nous. Alors pour vous, la clé, docteur, c'est donc la mort de sa mère, en 2003, qui est au fond le contexte du meurtre, qui est le contexte de son hypersensibilité.

[00:31:58]

Alors, si vous voulez, à partir du moment où on a éliminé une pathologie mentale caractérisée qui permettrait d'avoir une explication, j'ai envie de dire pris blindes d'un passage à l'acte parce qu'il est lié à une manifestation délirante ou hallucinatoire. Il nous reste la psychopathologie, c'est à dire des choses qui se rapprochent de la normalité. La psychopathologie, la plupart du temps lexploit. En regardant la biographie de manière attentive chez lui, qu'est ce qu'on voit? On voit effectivement la perte de la mère avec qui il a eu une relation.

[00:32:25]

Alors pour le coup, je vais dire à Œdipienne parce que lui même le dit. Et puis, on trouve un sujet aussi extrêmement introverti, très inhibé vis à vis de la sexualité et de la vie affective, qui n'a jamais engagé de période de vie commune avec quiconque, qui est finalement assez distancié vis à vis de la sexualité. Ils sont les deux éléments, un peu moi, que j'ai trouvé très, très déterminant dans cette affaire là. Ce qui m'a amené d'ailleurs à déployer une hypothèse que vous n'avez pas évoquée, mais que j'ai essayé de délaborer.

[00:32:55]

C'est à dire? Qu'est ce qui a pu se passer effectivement entre cette dame et l'auteur des faits? Il y a une règle en psychiatrie criminelle puisque je pense que les expertises ne sont pas simplement des expertises psychiatriques, mais aussi psycho criminologique. C'est d'évoquer ce qu'on appelle le trépieds criminologique, auteur, victime et situation criminogène. Il ne peut pas y avoir de passage à l'acte de ce type. Il n'y a pas eu des interactions très particulières. L'auteur et la victime.

[00:33:23]

Reste à savoir quelle est la nature auquel ont pu être les interactions entre l'auteur et la victime. C'est ça la question que je me suis posée parce que le passage à l'acte, qu'est ce qu'il montre? Qu'il montre? Le déploiement extrêmement brutal d'une violence absolument inouïe, qui relève quasiment de la destructivité, a annulé l'autre destructivité qui peut accumuler ou faire qu'un sujet accumule une charge agressive ou pulsionnel d'une telle intensité? Cela peut être, comme vous l'avez évoqué, de la frustration, de l'aigreur.

[00:33:56]

100W Impuissance à devenir gendarme doublé au fond de ce qu'il se reproche, probablement à tort, c'est de ne pas avoir aidé sa mère atteinte d'un cancer, puisque jusqu'au bout, semble t il, elle ne dit pas qu'elle a un cancer. Il ne peut rien faire. Il a été impuissant à ça et donc à la fois. Il attaque la femme et la mère de militaires. C'est s'interrompant.

[00:34:16]

Oui, mais déployer une telle destructivité suppose quand même d'avoir accumulé un niveau d'agressivité et de pulsion de destructivité absolument inouï. Je pense que des éléments tels que vous les déployez ne suffiraient pas, me semble t il, à faire en sorte qu'une telle violence puisse se déployer en quelques minutes. L'article a eu un destin relativement modeste. Certes, il n'a pas terriblement réussi, ni dans la gendarmerie ni dans la police. C'est le moins que l'on puisse dire. Mais pourquoi s'attaquer à cette dame là?

[00:34:47]

On peut y voir effectivement la figuration d'une double maternelle. Pourquoi pas? Mais alors, il aurait fallu peut être que se joue des choses entre lui et elle, qui peut être dépeint effectivement l'entendement. Et il est supposé que quelque chose de l'ordre de la sexualité s'était joué dans cette affaire là. Je suis l'antiphonaire. On lui a bien sûr mission, rien. Ou que ça ne va pas du tout. Absolument. Mais lui nie tout, c'est à dire qu'il ne l'aime pas beaucoup.

[00:35:14]

Ni les enquêteurs, ni le magistrat instructeur, ni l'expert psychiatre à y voir clair dans cette affaire là. Simplement, on est un peu comme le Petit Poucet. Il faut aller chercher les cailloux et essayer de voir le sens que ça pourrait avoir. Moi, la chambre à coucher, déjà, qui m'a surpris. Quelque chose s'est joué dans la chambre à coucher. Je l'avais interrogé là dessus en lui disant Mais qu'est ce qui se passe? A quoi sert un lit?

[00:35:34]

A quoi ça sert? Une chambre à coucher? Il me dit d'un air quasi amusé à faire dormir. Tout le monde sait qu'une chambre à coucher sert aussi à autre chose qu'à dormir. J'ai trouvé ça déjà un peu curieux. Et puis moi, ce qui m'intéresse parce que je suis aussi médecin légiste, c'est la zone où a été porté les coups de couteau. Quand vous déployez de la destructivité, si c'était aussi anarchique que ça, les coups de couteau auraient été portés partout sur le sur l'ensemble de la surface corporelle après le coup.

[00:36:02]

Il se trouve que le coup n'est jamais une zone banale, anatomique, banale, puisque s'y joue souvent des histoires très passionnelles et érotiques. Et même si c'est tiré par les cheveux, moi, je vous d'habile cet analyste, mais vous tirez une cigarette. Mais si vous voulez, comme vous l'avez pu la psychiatrie standard, il vous reste le de la psychopathologie et la psychopathologie, vous verrez, la puisaient à papa froid et vous allez pas la chercher ailleurs.

[00:36:24]

En règle générale, donc, si vous voulez, on est obligé quand on est parti à la mort de cette mère, il y a quatre relations œdipienne. Il y a ce meurtre qui se joue avec une dame qui pourrait avoir l'âge de sa mère, peut être un peu plus, mais quelque chose de cet ordre là. Qu'est ce qui a pu se jouer entre cet homme et cette femme qui pourrait être une figure maternelle? Déclinez. Vous l'avez dit vous même, mais c'est fortement envisageable.

[00:36:47]

Qu'est ce qui a pu se jouer? J'ai posé l'hypothèse en disant Maman, lexpertise, écoutez, si vous trouvez mieux que moi, je suis preneur. En quelque sorte, je suis preneur. Moi, j'ai mis cette hypothèse une proximité érotique qui l'aurait pris très mal vécu et qui l'aurait propulsé dans une espèce d'orage de destructivité parce que c'était quelque chose dhikr, représentable et d'insupportable pour lui, le Roboam.

[00:37:10]

Mais je pense que les gens qui nous écoutent pensent la même chose que moi. Ils avaient des spaghettis dans la tête, ce garçon. Néanmoins, ce n'est pas une excuse sur le plan pénal.

[00:37:20]

Mais si vous voulez dans la rhétorique sérieusement atteints, c'est ça que je Julian dans la rhétorique des psychiatres.

[00:37:27]

Il suffit pas de dire que c'est un monstre. Il a fait des choses absolument abominables. Il faut décliner un élément clinique pour savoir si les éléments cliniques produit tel ou tel sujet vont nous renvoyer vers une pathologie mentale caractérisée. Qu'est ce qu'on a? On a la schizophrénie. On a la paranoïa qui s'accompagne souvent de délires plus ou moins élaborés et qui pourraient justifier d'un passage à l'acte. Tout à fait pathologique. On a des intoxications, éventuellement avec des toxiques illicites qui pourraient propulser le sujet à l'épilepsie.

[00:37:56]

On a des patients avec des encéphalopathies, on a tout ce que vous voulez. Notre boulot, c'est d'éliminer pied à pied, de manière très méthodique, tous les éléments susceptibles d'évoquer une pathologie psychiatrique qui ne va pas émerger comme ça ex-nihilo. Tout d'un coup, avec un sujet qui a démontré jusque là qu'il était parfaitement adapté, c'était passionnant de parler avec vous.

[00:38:17]

Docteur Fabien Oba, expert psychiatre dans. Le meurtre de Claude Tavernier. Des centaines d'histoires disponibles sur vos plateformes d'écoute et sur Europe1.fr.