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[00:00:02]

La seconde, c'est Christophe Hondelatte Je vous raconte une histoire de médecin légiste que je tire du livre du docteur Michel Panés, médecin légiste à Poitiers. Autre chronique d'un médecin légiste chez Pocket. Il y est question d'un simplet qui, dans son village, fait la chasse aux mobylettes à coups de batte de baseball et meurt. Qui l'a tué? C'est le médecin légiste qui va permettre de résoudre l'énigme. Je l'ai écrite avec Nicolas Loupian, la réalisation de Céline Lebrun.

[00:00:39]

Christophe Hondelatte. Grébert est le simplet du village. Il ne supporte pas le bruit des mobylettes, ça lui vrille les oreilles, surtout le soir, quand les jeunes s'amusent à lancer leurs engins pétaradants en haut de la côte, sur la départementale qui sert de rue principale au village. Et lui, il habite pile au milieu. Alors, il a décidé de les chasser. Il se poste devant sa maison, un peu en retrait. On ne peut pas le voir.

[00:01:12]

Il n'y a pas de lampadaires. Et quand le bruit est presqu'à sa hauteur, il bondit avec une batte de baseball à la main et la balance de toutes ses forces dans le vide.

[00:01:25]

Raté. Et il entend la mobylette qui va s'essouffler dans la remontée et il lui arrive aussi de faire ça en plein jour. Et les mômes sur leur engin? Ça les amuse, évidemment. Ça pimente leur jeu à l'approche de chez lui. Il recouche sur le guidon et ils font juste un petit écart. Ça suffit. Le pauvre Robert, avec son manche en bois, est bien trop lourd pour eux, surtout qu'il opère rarement à jour. Et la précision du geste d'un mec bourré étant ce qu'elle est en général.

[00:01:55]

Quand il abat son arme, les petits gars sont déjà loin et goguenard. Il entend leur rire plusieurs fois. Les gens du village sont venus lui dire. Moi, ce n'est pas bien Saint-Robert, ce que tu fais. Faut pas faire ça. Il s'en fout, il continue. Un jour, il en aura. Je l'aurai, je l'aurai.

[00:02:23]

Et puis, un soir de novembre, un voisin découvre le pauvre Robert, couché dans le fossé et inconscient. Il appelle les pompiers.

[00:02:39]

C'est bon, c'est bon, il respire encore. On l'évacuer vers l'hôpital, allez, on le met sur un brancard de 3.

[00:02:49]

Le diagnostic tombe à l'arrivée aux urgences. Coma profond et tension très faible. Il faut le transporteur neurochirurgiens de Poitiers. Mais le temps de préparer l'ambulance et le pauvre Robert décède et c'est finalement dans un fourgon mortuaire qu'il arrive au CHU. Direction les frigos de la morgue. Le parquet a ordonné une autopsie.

[00:03:19]

C'est le patron, le docteur Michel Sapin, qui s'y colle quand il entre dans la salle d'autopsie, les gendarmes chargés de l'enquête sont déjà là. Et oui, ça, vous l'ignorez peut être, mais les enquêteurs, qu'ils soient policiers ou gendarmes, assistent toujours à l'autopsie. Il y en a qui se mettent du coton dans le nez avec une goutte d'eau mente pour l'odeur et d'autres, surtout au début, qui tourne de l'oeil au milieu du démontage. Mais ils n'ont pas le choix.

[00:03:45]

Ils doivent rester jusqu'au bout. C'est le métier et leur premier boulot, c'est de briefer le légiste. En octobre, on a là un individu qui faisait la chasse aux mobylettes devant chez lui. C'est un homme un peu diminué intellectuellement. Et donc, on est sur deux hypothèses soit il a été percuté par une voiture, soit un gars en mobylette lui a à régler son compte.

[00:04:16]

Nous, on penche plutôt pour la dernière hypothèse, mais bon. Vous ne voulez? Les gendarmes lui remettent le certificat de décès rédigé par les urgences. Vraisemblablement un traumatisme crânien et une hémorragie méningée. Bon, très bien vous l'amener au scanner corps entier, le corps revient du scanner dans son grand sac plastique.

[00:04:45]

Verdict pas de fracture, aucune et pas non plus d'hémorragie cérébrale. C'est étonnant, ça, mais une grande quantité de liquide autour des intestins. Le corps est déballé de son sac, il est posé sur la table d'autopsie, les déshabillés. Le docteur Satanées le balaie du regard. Centimètre par centimètre. Rien. Pas d'hématomes, pas de traces de coups. Juste un petit frottement sur le front. Et un autre, un peu plus marqué sous le sternum. Une trace de frottement d'environ 8 cm avec un départ très net à gauche avant de filer vers la droite.

[00:05:24]

Ça ressemble pas du tout à un choc avec une voiture, ça. Et bon non plus, un passage à tabac. Et après ma foi, le docteur Satanées se lance d'une manière assez classique. Il pratique une grande incision au scalpel, du pubis jusqu'au menton, et il a à peine ouvert la paroi abdominale quand un flot de sang jaillit au moins un litre et demi d'hémoglobine aromatisé d'alcool. Oui, le docteur Satanées est du genre qui regarde et qui sent bien.

[00:06:00]

Maintenant, on sait de quoi il est mort. Le pauvre compère. C'est une hémorragie abdominale colossale. Il y a deux organes qui provoquent ce genre d'hémorragie le foie et la rate, à cause de la trace de frottement sur le sternum. Ça, panées pense tout de suite à un éclatement du foie. Et pour vérifier, il faut commencer par vider l'abdomen de tout son sang. Mais là, il faut être patient. Parce qu'avant, il y avait des suceuse, comme on dit, avec un tuyau de gros diamètre.

[00:06:37]

Elle était capable d'avaler 5 litres de sang en 30 secondes. Mais maintenant, les chirurgiens qui s'occupent des vivants les ont fait remplacer par des petites machines avec de tout petits tuyaux qui se bouchent tout le temps avec les caillots. Ça prend 3 plombes, ça panés leur tordre le cou. Mais c'est comme ça quand le pompage est terminé.

[00:06:59]

Le docteur pratique un grand lavage à l'eau claire. Et puis, il se penche sur le foie à Takt. Mauvaise pioche. Alors alors, c'est la rate, peut être. Il glisse ses mains sous les intestins. Il les soulève. Il le regarde. La rate est entière. Massala. Et pourtant, ce type a saigné. Il va donc falloir inspecter tous les vaisseaux sanguins, tous ceux qui irriguent les organes du corps. Il doit y avoir une plaie quelque part ou une rupture.

[00:07:31]

Boerenbond. Va falloir que je pratique un grand ligament au peto à mes d'alias. Ça, je vous le dis tout de suite. Repetto, amis maliens, ça n'est pas une expression qui sort d'un manuel de médecine légale. C'est une expression personnelle du docteur Panet, très imagée, mais efficace. Il s'agit de tout retirer d'un bloc. Tout le monde, tous les organes connectés les uns aux autres. Des rouspètent donc, du sexe jusqu'aux amygdales et surtout, sans sectionner les vaisseaux qui relient les organes.

[00:08:10]

Sinon, impossible de trouver la fuite.

[00:08:16]

Alors, il commence par découper les côtes au sécateur.

[00:08:19]

Et puis, il part de la langue. Il la crochète, il l'a fait ressortir sous le menton et ensuite, il part derrière les Ofaj aura des vertèbres. Il tire doucement et tout l'intérieur du cou se décolle. Et ensuite, il soulève les organes de la poitrine, le cœur, les poumons.

[00:08:39]

Pour donner un coup de main, tenez moi ça! Il a des assistants. Heureusement, parce que c'est lourd tout ça, il sectionne le diaphragme, il passe derrière les reins. Et là, il faut faire attention aux intestins. Ils n'ont qu'une seule idée, c'est de s'échapper façon boule. Il ne faut pas traîner. C'est vraiment lourd. Il glisse ses mains jusqu'aux dernières vertèbres lombaires. Il décolle la vessie, puis l'anus. Et là, un petit coup de scalpel.

[00:09:09]

Essayez tout. Le bloc est libre. Il le dépose sur un brancard, sur sa face ventrale.

[00:09:24]

Le docteur Chabanais ouvrant ensuite la boîte crânienne. Il en sort le cerveau indemne. Pas de trauma crânien. Bon, eh bien maintenant, il va se concentrer sur son tas de viscères. Les carotides du cou sont intactes, la partie thoracique de l'aorte aussi. Il ouvre l'artère. Il la remonte. Trouverions. Il n'y a pas de play off terriens et donc il repart du haut et cette fois, il suit le réseau des fans jusqu'à la veine cave. Et il avance.

[00:10:00]

Et là, il arrive au veines sus hépatiques qui viennent du foie. Et puis, la veine pancréatiques. Stop, stop! J'ai trouvé la veine pancréatique et totalement déchiré et le pancréas coupé en deux. Bon bah, maintenant, je sais de quoi il est mort regard déchirure du pancréas, ça colle avec la trace relevée sur le plexus. Il a fallu y aller. Il a fallu un choc d'une très grande violence. A votre avis, est ce que ça collerait avec un guidon de mobylette?

[00:10:37]

Oui, c'est fort possible. Dans la foulée, les gendarmes lancent une opération de contrôle de tous les deux rues du village. Ça ne donne rien. Et puis, dans les environs, ils apprennent qu'un jeune a fait réparer le guidon, le guidon Phocée de son cyclo. Alors ils vont le voir. Un soir, je traverse le bourg avec route. J'ai budget quelque chose avec le côté droit de mon guidon. Il faisait complètement noir quand j'ai vu que c'était.

[00:11:15]

Ça m'a déstabilisé. Je suis parti en zigzag comme ça sur la route. J'ai bien failli me tanner. Heureusement, j'ai réussi à me rattraper. Le quelque chose qu'il a heurté, c'était Grébert. Il était plus beau que d'habitude quand il est sorti de son recoin. Il a trop avancé sur la route. Il n'a pas eu le temps de lever, s'abatte. Le choc l'a envoyé au fossé. C'était un accident et le procureur peut refermer le dossier.

[00:11:47]

Grâce au docteur Satanées. J'ai tiré cette histoire de livre du docteur Michel Sapin n'est, autre chronique d'un médecin légiste paru chez Pocket demain, une autre histoire de médecin légiste.

[00:12:07]

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