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[00:00:04]

Christophe Hondelatte Voici une intrigante histoire de médecin légiste que l'auteur du livre du docteur Michel Sapin, Le légiste à Poitiers. Les nouvelles chroniques d'un médecin légiste disponible chez Pocket. L'histoire d'une jeune femme que l'on retrouve nue et morte dans la forêt. On croit naturellement à un meurtre sexuel, mais le légiste va proposer une autre hypothèse. C'est une histoire que nous ferons tout à l'heure avec le docteur Satanées en personne. J'ai écrit ce récit avec Nicolas Loupian. Réalisation Céline.

[00:00:42]

Christophe Hondelatte. Il fait nuit et je rentre d'un congrès, un congrès international en anglais organisé en France serrera sur le thème des histoires exceptionnelles de médecine légale et j'ai encore dans la tête l'une de ces histoires, un gars qui s'est construit sa propre guillotine et qu'il a d'abord essayé sur des moutons avant de l'utiliser sur lui même pour se suicider. Il est une heure du matin. Je roule depuis 5 heures. Je vais m'arrêter boire un énième café dans une station service.

[00:01:23]

Réapprenne couper le moteur que mon téléphone portable sonne. A cette heure là, je n'ai aucun doute sur l'origine de l'appel.

[00:01:35]

La gendarmerie de Lussac les châteaux à l'appareil, je suis désolé de cet appel tardif, docteur, mais on a besoin de vous pour une affaire, disons un peu un peu particulière. Je vous passe le directeur d'enquête. Bonsoir docteur. Bon, voilà, on a eu une disparition. Il une jeune femme à la vie, disons, un peu agitée, fan de bars et de boîtes de nuit. Si vous voyez ce que je voulais dire, alors au début, on s'est pas trop inquiété, ou presque.

[00:02:07]

Elle avait l'habitude de partir comme ça à quelques jours et en général, on l'a retrouvé bien imbibé et plus ou moins amnésique. Mais là, on l'a retrouvée morte hier soir. Complètement nue, en pleine nature. Bon, ça sent à plein nez l'agression sexuelle. Elle a de drôles de lésions sur le pubis, vous? On est sur la scène de crime, là, depuis un bon petit bout de temps. Je sais que c'est une erreur un peu tardive, mais il pleut et donc on a posé une bâche.

[00:02:41]

Si vous pouviez venir sans tarder? Ah, là, là, tout de suite, ça ne va pas être facile à. Je rentre d'un congrès, je suis à deux heures de route de Poitiers. Appeler mes confrères? Non, non, non, non, c'est une histoire tordue. Ce genre de truc qui fait que vous êtes flatteur. Mais bon, c'est pas raisonnable. J'ai 600km dans les pattes là, pas ce soir.

[00:03:12]

Et si on gèle la chaîne de crime jusqu'à demain matin? Savourera. Vous tenez vraiment à m'avoir, moi? Bon, OK demain matin, mais pas avant 10 heures, le temps que je m'organise. Le lendemain matin, réveil en fanfare, petit déjeuner en famille, ça, j'y tiens! Et ensuite, je vais à l'hôpital pour récupérer mon équipe. On lievin à quatre. Sophie, ma secrétaire, l'externe est en formation et nos stagiaires juristes, deux blogueuses que Sophie appelle Brad Pitt et moi.

[00:03:57]

Direction le fin fond de la Vienne. Un rond point. On arrive à une route barrée par un gendarme.

[00:04:05]

Bonjour le docteur Panet. Je suis le médecin légiste à docteur. On vous attendait, on a barré la route pour vous depuis hier soir. Au loin, je vois une longue file de voitures bleues à gyrophares. On est arrivé et il y a du beau monde. Signe que l'affaire est grave. La substitute du procureur est là. La juge d'instruction, sa greffière, des gendarmes du coin et des gendarmes de la brigade de recherche et même le maire. Le directeur d'enquête me refait son topo de la veille.

[00:04:39]

Bon, d'abord, c'est bien elle. On l'a identifié grâce à ses papiers. La famille avait signalé sa disparition. Il avait mis des affiches un peu partout. Bon, voilà, c'est une fille de type européen, âgé d'une trentaine d'années. Bon, c'est sexuel comme histoire, a priori. Et puis, vu l'endroit où on l'a retrouvé, enfin, vous comprendrez mon ami, le gars qu'il a découvert en garde à vue. Vous comprendrez tout quand vous serez sur place.

[00:05:17]

Bien on approche, là, il va falloir descendre. On a posé une corde, alors tous ceux qui vont approcher le corps bombé, vous vous vous équipez maintenant et les autres, vous pouvez rester sans protection, mais vous ferez que regarder.

[00:05:42]

La substitute du procureur et mon stagiaire juristes se contenteront de regarder. Je me demande s'ils ne sont pas en train de se et ces deux là. Bref, en tout cas, Sophie et moi, nous nous mettons en tenue combinaison intégrale blanche, calot de protection sur la tête, des gants, un masque et nous quittons la route et nous nous engageons sur un talus qui descend d'abord en pente douce, puis de plus en plus raide. Et comme le terrain est moussu et qu'il a plu.

[00:06:10]

C'est une vraie patinoire. La substitute du procureur doit regretter ses talons aiguilles et ça fait bien marrer les gendarmes. Et on arrive au fond d'un petit ravin. Bon, là, y'a un petit mur à descendre. On a installé en rappel les gendarmes goguenards doivent descendre la substitute aux armées et nous voilà dans le lit d'un ruisseau. On passe un bosquet d'ifs et de buis gigantesques et on arrive devant la scène de crime.

[00:06:48]

Le corps nu d'une blancheur absolue, comme crucifié sur un rocher noir, un encore dans une position très frappante, très frappante. Ses jambes sont repliées sous elles, le talon gauche est au contact du pubis et l'autre talon sous sa fesse droite. Ses bras sont écartés à l'horizontale. Elle a une chevelure rousse flamboyant. Sa tête est rejetée en arrière et sa bouche et ses yeux sont grands ouverts sur le pubis. Il y a une tache noire en forme de cœur assez grande.

[00:07:25]

Elle fait bien la surface de deux mains, une tache avec des contours rouges. Il y a quelque chose au tableau de Goya dans cette image Goya, le peintre des souffrances humaines. Ils le savent autour. J'ai besoin de solitude pour m'imprégner des lieux, de l'ambiance, des alentours. Alors je marche le long du ruisseau. Je regarde autour. D'après les gendarmes, c'est par là que la victime et son assassin sont arrivés.

[00:08:05]

Je prends un premier cliché général et partout où il y a des indices, les gendarmes ont posé des petits chevalets jaunes avec des numéros. Ici, par exemple, une chaussure de femme. Je continue d'avancer vers le corps chevalet numéro 35, un sac à main ouvert et renversé. Docteur, voilà ce qu'il avait dans le sac avec la pluie. On a préféré mettre sous scellés une ordonnance avec le cachet de la pharmacie. Les médicaments ont été délivrés et aussi des plaquettes de médicaments.

[00:08:39]

Et puis un petit carnet et des préservatifs dans un emballage ouvert. Et vous avez retrouvé la capote? Non, non. On a tout fouillé dans un rayon de 200 mètres à trois. Sofer. Sophie, vous pouvez recenser la liste des médicaments, s'il vous plaît. On vous a déjà préparé la liste Un octobre. C'est une liste longue. Je suis en train de la lire quand la voix du directeur d'enquête me fait sursauter. Alors docteur? Sont publiées?

[00:09:11]

Vous avez vu? On publie? Il a l'air de s'accrocher à son hypothèse de crime sexuel. Et je me penche. Je regarde. Les grandes lèvres sont gonflées et elles sont noires elles aussi, mais pas desséchées, plutôt humides et suintante. Est ce que je vois? Surtout, ce sont des asticots. Ça grouille. Et vu la taille de ces asticots, ce corps est là depuis plusieurs jours. Mais je ne dis rien. Je garde tout ça pour moi en médecine légale.

[00:09:44]

Il ne faut jamais parler trop vite, docteur. On a mis de côté quelques bouteilles, des bouteilles pour l'apéro. Non, docteur, non sont des bouteilles qu'on a retrouvée en remontant la piste. Donc, on a deux bouteilles de tequila, trois de gin et cinq bouteilles de vodka. Elles sont toutes vides. D'accord, je me concentre à nouveau sur le corps. Il est couvert d'ecchymoses et d'hématomes, refaite, il y en a sur les bras et sur les deux cuisses.

[00:10:24]

Mais ça ne ressemble pas à des coups ni à des traces de contention forcée. Quelqu'un qu'on aurait maintenu de force et pas non plus de traces de strangulation et pas de plaies. Et une idée, mais je ne le dis pas. Bon, alors, résumons, docteur. Elle a été vue vivante la dernière fois le 6 septembre. OK, on l'a retrouvée morte hier 3 octobre, vers 17 heures. On est le 4 aujourd'hui. Est ce que vous avez déjà eu une idée de la date du décès?

[00:11:00]

Eh bien, ça va manquer de précision. Il faudrait donner les asticots en entomologiste qu'ils nous disent. Mais bon, je dirais un DC autour du 28 septembre. Ça vous laisse un petit choix. 25 28 au 29, avant et après. J'y crois pas. Il est temps de passer à la suite avec Sophie. Nous emballons la tête et les mains dans des sacs de papier kraft pour ne rien perdre pendant les manipulations. Tiens, elle a les ongles cyanose, très cyanose.

[00:11:33]

Allez, OK, on la soulève.

[00:11:42]

On la pose sur un drap blanc sur le ventre. Tout le bas du taux est plus truffier et bourré d'asticots. En revanche, aucune plaie, aucun hématome sur le dos et sur la nuque, mais des griffures superficielles sur le dos, les fesses, les genoux, les jambes et les avant bras. Le genre de griffures qu'on se fait dans des taillis. Sauf que là, toute nue, dans des taillis, y en a sans doute. Se balader à poil dans la forêt?

[00:12:12]

Tiens, tiens, j'ai une idée. La garde pour moi, mais j'ai une idée.

[00:12:25]

Bon, je n'apprendront plus rien sur place. Il est 14 heures et avant de nous séparer, le chef d'enquête revient vers moi, docteur. Je pense qu'il faut attendre pour en savoir plus. Écoutez, je ne sais pas si c'est un crime sexuel, ça peut le faire croire, ça peut l'être. Mais franchement, y'a a rien de sûr. Et pour les certitudes, il va bien falloir attendre l'autopsie. Bon, d'accord. En attendant, je vais relâcher le promeneur qui a découvert le corps.

[00:12:57]

Je vois pas l'intérêt qu'il avait à nous amener sur les lieux de son crime.

[00:13:11]

Le corps rapatrié dans nos locaux est entièrement passé au scanner et le voilà posé sur la table d'autopsie. J'examine les. Rien d'anormal. Aucune fracture. Et je passe à l'examen externe que j'ai déjà réalisé sur le terrain, mais une fois sur la table, à la lumière, des détails peuvent apparaître. Je regarde à nouveau la peau sur toute la surface. Ensuite, je fais ce qu'on appelle des écoutes visionnage sur les surfaces de prises. Je passe un grand coton tige sur les endroits où l'agresseur a pu laisser des traces.

[00:13:47]

Un violeur en général, ça immobilise sa victime par les poignets, les bras, les chevilles, le cou.

[00:13:53]

Il y a forcément de l'ADN. Ensuite, j'ai inspecte le dessous des ongles. Rien. La phase suivante consiste à rechercher des hématomes qui se retrouvent visibles sur la peau. Et là, j'ai décidé de faire un écorchées complet. Westtoer Aubrée fait de grandes incisions sur tout les mondes. Je glisse la lame de mon bistouri entre la Grèce et le muscle et je la décoles entièrement. Je ne trouve pas le moindre bleu sur la face profonde de la peau. La suite est plus classique.

[00:14:41]

Westtoer Je fais une incision profonde du menton jusqu'au pubis au niveau de la Tachon. La peau est dure comme du vieux cuir, mais en profondeur. Aucune trace de coup, aucune.

[00:15:08]

Une fois découpés les cotes, je retire un à un les organes et notamment le foie et les poumons, et ensuite le cerveau et je les pèse.

[00:15:21]

Tout est anormalement lourd et quand j'ouvre les poumons, il y a un œdème important avec une mousse rosée dans les bronches et la vessie est pleine à craquer. Tout cela me conforte sur la piste d'une intoxication Souquet depuis le début. Mon hypothèse silencieuse à cause de la quantité de médicaments dans le sac et à cause des bouteilles. Dans l'estomac, je ne retrouve qu'un tout petit peu de liquide gastrique, comme chez quelqu'un jeun, avec tout de même des tranches petites feuilles, trois feuilles arrondies, des feuilles de buis et d'autres petites feuilles plus étroites, plus longues, plates et luisantes, et aussi des petites boules noires.

[00:16:09]

Et ensuite, j'ouvre les Ofaj sur toute sa longueur et j'y trouve les mêmes feuilles. Bon, allez Marie, c'est à vous! Vous avez vu la technique plusieurs fois, vous allez extraire les organes génitaux.

[00:16:22]

Je vous laisse faire un léger. Son bistouris part de l'arrière de l'anus. Il fait le tour des grandes lèvres. Et là, il ne reste plus qu'à extraire d'un seul mouvement tout l'appareil génital. Elle le pose sur la table de dissection et ensuite elle fait des prélèvements. On cherche du sperme, bien sûr. Si elle a été violée, on aura donc l'ADN du violeur. Et enfin, un coup d'œil du côté de l'utérus et des ovaires. Pas de grossesse en cours.

[00:16:55]

Autopsie terminée et je n'ai aucune cause de la mort à proposer. Aucune. La journée a été rude. Quand j'arrive à la maison, les enfants sont déjà couchés, je me sort une de mes terrine favorites, Dussert, avec des fruits secs, et je me assoupies tout doucement devant le feu qui crépite dans la cheminée. Et je me réveille donc, ou en sursaut couvert de sueur avec dans la tête un flash.

[00:17:27]

Je l'ai vu dans ce petit vallon crucifié sur son rocher et les jours passent et les gendarmes poursuivent leur enquête.

[00:17:42]

Il reconstitue son itinéraire dans les jours qui précèdent sa disparition. Ils n'ont aucune piste et moi, j'ai repris mon activité ordinaire. Mais cette histoire me tracasse. Au point d'ailleurs que j'en fais des rêves étranges et des rêves à répétition. Toujours les mêmes. Je me revois, enfant de choeur, dans mon petit village, le jour de la fête des Rameaux.

[00:18:18]

Le curé est là en soutane et moi, je tiens une branche de buis entre les dents et le curé se précipite vers moi. Il me hurle quelque chose d'incompréhensible. Ma conscience me travaille.

[00:18:39]

Et puis arrive ce qu'on appelle la toxicologie, c'est à dire les analyses de tous les liquides, et elle n'est pas banale.

[00:18:47]

D'abord le sang prélevé à coaguler, ce qui le rend inexploitable. Ensuite, les urines. Le toxicologue a trouvé de la Carpi brahmane à très forte dose. Et ça, c'est le principe actif du médicament utilisé pour traiter l'anxiété et les troubles psychotiques. En revanche, pas d'alcool et il n'y a pas de stupéfiant non plus. Je commence à comprendre ce qui est arrivé à cette gamine. A partir de là, c'est une autre histoire qui se dessine, une autre histoire qu'un viol, une autre histoire qu'un meurtre.

[00:19:33]

Elle est déprimée. Elle est anxieuse, trop anxieuse et elle prend son médicament en grandes quantités, en trop grande quantité. Et du coup, elle est perdue. Elle est incapable de s'orienter, elle entre dans une errance sans fin et elle suit donc ce petit ruisseau. Au passage, elle sème ses chaussures, puis ses habits. Elle bataille avec les branchages et ensuite, elle glisse sur la mousse humide jusqu'à heurter ce gros rocher et elle meurt d'un surdosage de son médicament.

[00:20:05]

Voilà mon hypothèse, même s'il reste des interrogations. Quid des bouteilles d'alcool? Qui sont elles? On l'a retrouvé dessus, ces empreintes. Disons qu'elle a peut être passé quelques jours à boire dans ce petit vallon. L'alcool aussi est un anxiolytique et qu'après, elle a absorbé ses médicaments. Mais du coup, que viennent faire mes rêves là dedans? Rêves de curé qui me saute dessus parce que j'ai une branche de buis dans la bouche et d'un coup, je me souviens de ce que le curé me dit.

[00:20:51]

Jacques Hochard, petit malheureux qui va empoisonner. Et là, je me précipite vers mon bureau, un livre via un livre sur les plantes toxiques. Et ce livre me confirme que le bruit est un poison, c'est un poison. Et le livre aussi est un poison. Elif correspond parfaitement aux petites feuilles étroites que j'ai identifiées dans son estomac. Ils sont des Ofaj et donc dans son délire. Cette jeune fille a également mangé des végétaux hyper toxiques.

[00:21:34]

Alors, quant à savoir lesquelles des toxiques végétaux ou médicaux l'ont tué, ça je ne sais pas. Ça restera une interrogation. En tout cas, c'est certain, elle n'a pas été assassinée. Elle n'a pas été non plus violée. Elle est morte empoisonnée au cours d'une crise de folie. En tout cas, depuis, mes rêves d'enfant de choeur ont disparu. J'ai tiré cette histoire du livre du docteur Satanées années, Les nouvelles chroniques d'un médecin légiste disponible chez Pocket.

[00:22:10]

Demain, une autre histoire de médecin légiste.

[00:22:14]

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