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Les couilles sur la table. 60ème épisode. Deuxième partie. Dans la seconde partie de cet épisode consacré aux liens entre masculinité et nourriture, on s'intéresse à la viande. On va essayer de comprendre pourquoi on associe spontanément la virilité à la consommation de viande. Je pense au barbecue ou l'été, quand les hommes s'agitent autour du gril et que les femmes font des salades à ce magazine consacré à la viande qui s'appelle Beef en majuscules et dont le slogan est Pour les hommes qui ont du goût aux publicités de cette entreprise numéro 1 de la viande en France, avec son inoubliable signature sonore façon homme des cavernes.

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Là, je remarque que ça ressemble un peu au générique des coups sur la table. Alors pourquoi le fait de manger de la viande est il un marqueur de virilité? Est ce que ça fonctionne un peu sur le modèle de l'alcool auquel on avait réfléchi dans un épisode précédent? Peut être y a t il une explication plus profonde à rechercher dans le rapport de domination que l'humanité entretient avec ce qu'on appelle les animaux et qui nous permet de trouver normal qu'on tue chaque année des milliards de vaches, cochons, poulets, moutons, poissons pour les manger.

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Quel lien peuton établir entre les luttes pour les droits des animaux et les luttes féministes? C'est entre autres ce à quoi on réfléchit. Deux invités, auteur et auteur d'un ouvrage intitulé Pour une solidarité animale, défère la société sexiste, qui paraît aux Éditions de la Découverte dans la collection Les Cahiers libres. Axel Player's Broers est diplômée en sociologie à l'Université du Québec. Bonnardel est militant libertaire et égalitariste. Il écrit depuis une vingtaine d'années dans Les Cahiers anticipé ciste pour commencer.

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Je leur ai raconté que depuis la création des Couilles sur la table, j'avais reçu beaucoup de messages d'hommes végétariens, c'est à dire qu'ils refusent de manger de la chair animale ou vegan, c'est à dire qui exclut toute consommation d'origine animale, qui me racontait que leurs choix étaient très souvent moqués et très critiqués par leur entourage. Ben moi, ça ne m'étonne pas parce que effectivement, manger de la viande, c'est tout un ordre symbolique qui est en jeu. Quand on mange de la viande, c'est affirmer qu'on fait partie des dominants, c'est marquer son rang social et c'est signé.

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Voilà une appartenance à ceux qui peuvent se permettre de manger le corps d'autrui qui a été mis à mort et finalement refuser de participer à cette consommation qui est très marquée symboliquement, qui est très chargée au niveau de la prise de pouvoir sur autrui.

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C'est se solidariser avec les animaux et c'est peut être trahir un ordre social qui est que, en tant qu'humain, on fait partie des dominants et que, et que ça fait partie de nos privilèges d'humains de consommer le corps des animaux et refuser de participer à cet ordre social avec les êtres humains autour de la table et les animaux morts au centre de la table. C'est une sorte de trahison qui va être réprouvé socialement par des moqueries, par une ridicule et ridicule isation.

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Et encore une fois, c'est quelque chose qui est extrêmement genrés parce que les hommes. Finalement, pour le dire de façon peut être un peu étrange. Mais les hommes sont plus humains que les femmes, dans le sens où les femmes, comme les animaux, sont perçues comme des êtres de second rang qui sont moins évoluées sur l'échelle de l'échelle du pouvoir. Et finalement, la masculinité est confortée par la consommation de viande, ce qui fait que elle est aussi menacée par le végétarisme.

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D'ailleurs, un sondage Ipsos puisque j'ai cherché pour savoir s'il y avait plus de végétariens ou végétariens, donc il y a clairement plus de végétarienne que de végétariens. Ça ne me concerne, même si les végétariens sont vraiment très, très minoritaires dans la population. Là, les chiffres que j'ai trouvé, c'est entre deux et cinq pour cent de la population française. Mais quand on a posé la question, donc, c'est un institut de sondage Ipsos qui a posé la question de 2018 aux Français.

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Est ce que vous pourriez devenir végétarien? Les femmes disaient non à 50 ans que la moitié des femmes qui disent qu'il est hors de question de devenir végétarienne. Mais les hommes disaient non à 66%. Apparemment, ça a l'air d'être. La décision de devenir ou pas végétarienne a aussi une dimension genrée.

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Je pense que les femmes ont plus de facilité à renoncer à la viande parce que ça ne menace moins leur identité sociale genrée. On a tendance à considérer que les femmes, c'est une extension de leur rôle de la maternité, de se préoccuper du sort des animaux. Ce qui fait que quand elles vont choisir de s'engager dans la lutte animaliste ou quand elles vont choisir de renoncer à la consommation de viande, ça sera moins perçu comme étrange que la même décision venant d'un homme.

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Bonnardel. Vous êtes d'accord avec ça? Oui, oui. Moi, quand je suis devenu végétarien il y a 40 ans, j'avais 13 ans et je connaissais pas d'autres personnes végétariennes autour de moi et je l'ai vécu très, très durement. Essentiellement parce que c'était comme de bon. C'était ridicule d'associer des animaux. C'était de la sensiblerie. Et les femmes qui deviennent végétariennes aussi se voient affublés de ce qualificatif de sensibles. Mais je pense que ça fait partie du mépris qu'elles ont déjà pris dans la gueule, en fait, d'être des êtres sensibles, pas très rationnels.

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C'est ça, la sensiblerie. En fait, alors qu'en tant que garçon, justement, on n'est pas censé écoper de ce genre de jugement péjoratif. Et oui, c'était une sorte de virilité assurant que j'avais affronté et en fait, assez rapidement, j'ai cessé de dire que j'étais végétarien pour les animaux et je disais c'est pour des raisons philosophiques, pour ne pas avoir à argumenter, à dire pourquoi. Pourquoi refuser de manger des animaux?

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Pensait alors. On parle de la consommation de viande. Mais on peut aussi remarquer je pense que c'est important de le mentionner, qu'il y a d'autres activités avec des animaux qui sont aussi très, très connoté de façon virile. Donc, je pense à la corrida, par exemple à la tauromachie, qui est donc le fait d'affronter les taureaux dans une arène. Donc ça, c'est une activité qui est assez populaire en Espagne, dans le sud de la France, au Mexique, etc.

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Ou là, les hommes qui sont les humains qui sont dans l'arène, c'est en grande majorité des hommes. C'est un très, très fort symbole de virilité. Quoi, la virilité du torero? Mais je pense aussi à une activité très répandue en France, qui est la chasse et là la chasse. Quand on regarde les statistiques, il y a un million de chasseurs en France et à 98%, ça vient des statistiques de la Fédération nationale de la chasse.

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Ce sont des hommes. On peut aussi penser à des activités qu'on ne connait pas trop en France, mais qui sont, par exemple, le rodéo en Amérique du Nord. Qu'est ce qui joue, à votre avis, dans cette activité de chasse, de corrida, de rodéo au niveau du genre? Pourquoi est ce que ce sont des activités majoritairement masculines?

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Ces activités sont fondées sur la violence et surfaites d'infliger de la souffrance aux autres. Et on pourrait avoir une lecture naturaliste disant C'est dans la nature masculine d'être violent 2100, etc. Je crois qu'on peut aussi surtout avoir une lecture sociologique. On a un rang à tenir en tant que dominant et on le marque symboliquement par des activités de style. On vient de deux structures féodales. Il n'y a pas si longtemps, il y a quelques siècles encore, et les seigneurs marquaient leur prédominance sociale par des tournois extrêmement violents, par la chasse, par le fait de manger des quantités de viande invraisemblables, etc.

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D'avoir un privilège de chasse les gueux n'avaient pas le droit, etc. Il y a vraiment, je pense, un marquage de domination de rang social à travers des types d'activités où on marque sa domination sur l'animal en le faisant, en le courbant sous son vous, en faisant souffrir, en marquant dans sa chair et en tuant.

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Quoi, je suis et je suis d'accord avec ce que dit Eve. La chasse, c'est vraiment.

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On est vraiment dans une prise de pouvoir sur autrui absolue. Ce n'est pas seulement consommer de la chair qu'on a acheté dans un magasin, c'est vraiment toute la chaîne de l'appropriation d'autrui. A la traque, il y a le fait de mettre à mort. Il y a le fait de dépecer l'animal. C'est vraiment s'approprier le corps d'autrui. Et je pense qu'au niveau de l'identité des chasseurs, il y a quelque chose effectivement qui a trait à la fois à leur masculinité et à la fois à leur humanité en tant que position sociale supérieure qui est propriétaire d'elle même, mais en même temps, qui peut se permettre de s'approprier les autres.

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C'est une comparaison qui peut avoir l'air un peu choquante, mais qui? Bon, moi, c'est vrai, mais je dois bien dire que ça, ça peut ne froisser aussi un peu par l'histoire, parce qu'on a tous grandi dans des configurations différentes vis à vis des animaux. Il se trouve que je viens d'une famille où on chassait beaucoup et donc c'est pour moi une activité qui était associée au plaisir, au plaisir d'être ensemble. J'aimais bien accompagner mon père à la chasse avec les chiens, etc.

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Et en même temps, oui, j'aime bien reconnaître que c'était une activité ou comme jeune fille notamment. Je ne me sentais pas très à l'aise parce qu'il était clair que cette sociabilité là était essentiellement masculine et que et que parfois, comme jeune femme, on pouvait se sentir vraiment déplacée dans ces rendez vous là, notamment les repas qui s'ensuivent qui sont très arrosés, ou la consommation du produit de la chasse, mais aussi plein de blagues graveleuses sur les femmes.

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Voilà qui est ce truc, quoi que c'est vraiment une instance de socialisation masculine, c'est à 98% des hommes. Donc oui, bon. D'ailleurs, c'est une pratique à laquelle s'oppose de plus en plus les Français. J'ai vu qu'en fait, il y a 70 des gens, des Français qui considèrent que c'est une pratique qui est insupportable, qui devrait être abolie, qui est cruelle pour les animaux. Il y a quand même un changement dans les mentalités de la population qui n'a pas du tout toujours été le cas.

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Alors, il y a un autre, un des autres axes que permet un des autres axes de compréhension que permet cette ce parallèle entre les analyse anti sexiste et anti spécialistes. C'est la façon dont on a commencé à le dire, mais dont on peut. On peut du coup se rendre compte à quel point, parfois chez les femmes, mais aussi dont on peut féminiser les animaux, en quelque sorte. C'est un axe sur lequel vous vous avez pas mal travaillé?

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Axel Loustau Brouard, notamment dans votre mémoire de fin d'études en sociologie, c'est aussi des idées qui ont été développées dans un livre qui a été tardivement traduit en français. Un livre de Carole Haddam qui s'appelle La politique sexuelle de la viande, publié aux Etats-Unis en 90 et traduit en français aux éditions L'Age d'homme. Est ce que je sais que vous avez lu ce livre? Est ce que vous voulez bien nous dire quels sont les parallèles qu'elle fait entre la domination masculine, qui reposerait, selon elle sur une consommation de viande, et puis sur le contrôle du corps des femmes dans le livre La politique sexuelle de la viande?

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Carole Adams, elle, déplore que les théories féministes n'aient pas suffisamment pris en compte que souvent dans l'histoire, les femmes ont fait preuve de solidarité envers le sort des animaux. On fait souvent ça soit dans la littérature ou même dans les mouvements féministes. Les femmes ont on fait ce lien entre leur propre expérience d'oppression sexiste et celle que subissent les animaux à travers l'élevage, la vivisection et d'autres institutions violentes? Donc, le fait d'être objectivé, le fait d'être considéré comme un être à la marge de la sphère citoyenne et donc.

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Ce sont des références à l'exploitation animale que les femmes ont évoqué dans leurs écrits. Et Carole Adame le fait vraiment. Elle rassemble toutes toutes ces tous ces témoignages et ces liens qui sont souvent évoqués comme des métaphores. C'est à dire que les femmes font souvent référence au fait qu'elles se sentent traitées comme des morceaux de viande, par exemple.

[00:13:29]

Et Carole Adams explique que la consommation de viande et c'est un acte lié au, comme on l'a dit plus tôt, est lié à un système d'exploitation et de domination qui n'est pas étranger au patriarcat. La hiérarchie des sexes n'est pas totalement étrangère à la hiérarchie des espèces et il y a un recoupement entre la façon dont les animaux sont traités et la façon dont les femmes sont traitées dans le système patriarcal. Et elle va notamment analyser des contenus visuels, culturels, des publicités, des deux sortes de représentations qui reviennent souvent dans la culture.

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Ou en fait, on voit effectivement des décors d'animaux sexualisées, donc, par exemple pour des publicités pour de la viande ou des animaux habillés comme des femmes en bikini dans des positions aguicheuse, comme si c'étaient des animaux qui souhaitaient être consommés, qui s'offraient à la consommation et de la même façon. On a souvent des représentations de femmes qui sont animales. Lisez donc, par exemple, on met en avant certaines parties de leur corps, leurs seins, leurs hanches, leurs cuisses.

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Mais par contre, on ne voit pas forcément leurs têtes. Leurs visages sont des individualisés carola domestiques. Elles sont fragmentées. Il y a certaines parties seulement de leur corps qui sont mises en avant comme si c'étaient des choses prêtes à être consommées. Et du coup, il y a un recoupement entre ces images à connotation sexuelle, d'appropriation et selon elles.

[00:15:16]

En fait, c'est en fait on a affaire à des ce qu'elles appellent les référents absents. Ce qu'elles disent, c'est que les référents absence. On a affaire à des images stéréotypées. L'individu est né et absent de la représentation et on a juste à faire à des A des morceaux de viande. En fait, les animaux sont toujours déjà de la viande et on occulte totalement le fait que ce sont des individus qui ont été appropriés, tués, découpés.

[00:15:49]

Vous vous avez continué dans votre mémoire? Axel Player's Boire un peu dans la lignée de ce qu'a fait Carol Diadèmes sur l'analyse des publicités et vous montrer qu'en fait, dans pas mal de publicités pour des produits animaux. Vous en avez analysé 139 et. Vous montrez que les dynamiques de genre jouent à plein aussi dans ces publicités que même pour une grande part d'entre elles, ce que vous appelez de l'hétéro karaïsme, qu'est ce que c'est le l'hétéro Karni?

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Parce que vous pouvez donner des exemples, je suis tombé sur des publicités qui vraiment? Utilisez la rhétorique de l'hétérosexualité, donc typiquement les publicités Charal ou même des publicités pour des saucisses. Je crois que c'est saucisse de Morteau ou en fait, il y a vraiment des références phalliques au fait que la viande est associée à une consommation aural, mais aussi une consommation sexuelle.

[00:16:49]

Ah oui, c'est le slogan la saucisse Morteau, elle se voit partout. Et puis, ou alors on a la même publicité, on a une saucisse, mais on a aussi un bol de salade. Il y a vraiment cette idée de la complémentarité entre la salade et la saucisse, typiquement entre les hommes et les femmes. C'est un peu cette rhétorique là de l'hétérosexualité évidente et nécessaire. Ça rejoint vraiment cette idée que la viande traduit un ordre du monde de genré.

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Et vous disiez un peu plus tôt qu'il y a vraiment eu des liens entre les luttes féministes et les luttes entre spécialistes pour le bien être des animaux. Vous avez redécouvert une partie de cette histoire. Est ce que vous voulez bien nous raconter à quel point? Comment ont eu ces luttes? Historiquement, puisque c'est des luttes qui sont un peu inconnues, j'ai l'impression entre les deux ce qui revient.

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Ce qui est intéressant de voir, c'est que dans le dans la lutte pour le droit de vote des femmes dès le 19ème siècle, les grandes figures de ce mouvement des suffragettes une partie d'entre elles étaient également en Angleterre, qui étaient également contre la vivisection. Je pense par exemple à une suffragettes qui s'appelle le Français Robert Kōbe, qui a, en 1875, fondé la première organisation de lutte contre la vivisection. Et il y a d'autres. En fait, ce qui revient souvent, c'est que encore une fois, il y a une sorte de pont qui est fait entre l'expérience vécue des femmes et l'expérience des animaux dans la vivisection.

[00:18:25]

Je pense aussi à une citation de Séverine, qui est une des premières grandes journalistes femmes, une citation que j'ai découverte assez récemment, où elle dit quelque chose comme parce que je ne suis qu'une femme, parce que tu n'es qu'un chien. Nous représentons des espèces inférieures au sexe masculin. Et pour cette raison, notre solidarité est grande. Elle dit C'est quelque chose comme ça et c'est une sorte de fil rouge dans des écrits féministes. Cette compassion et cette solidarité du fait qu'il y a une reconnaissance d'un sort commun, une condition commune qui est celle de l'infériorité du statut de subalterne, du fait qu'on est des citoyens et citoyennes de deuxième classe.

[00:19:10]

Et donc, on peut retrouver des soi, une sorte de fil rouge avec des références qu'on retrouve par ci, par là dans les écrits théoriques ou les écrits littéraires. Soit c'est des liens plus explicites. Par exemple, voilà sept suffragettes qui créent une association contre la vivisection et plus, en tout cas de façon constante. On se rend compte que la force vive du mouvement animaliste, ce sont les femmes, au sens où elles sont plus nombreuses dans le mouvement.

[00:19:40]

C'est pas forcément elles qui sont sur le devant de la scène en tant que théoricienne. Mais ce sont elles qui vont faire toutes les petites tâches non rémunérées pour nourrir les animaux, de prendre soin des animaux recueillis, de faire des distributions de nourriture, d'organiser des évènements d'Okayama. Disons qu'il y a une sorte de solidarité ou en tout cas de lien tacite que Carole Adams a essayé de systématiser dans son livre La politique sexuelle de la viande.

[00:20:17]

Bonnardel, vous avez participé dès sa création, il y a vingt ans, à la revue Les Cahiers anti spécisme. Est ce que cette dimension, elle est apparue dès le début aussi? Est ce que vous aussi vous voyez des liens entre des liens concrets sur le terrain, entre la lutte contre les luttes féministes et les luttes anticapitalistes pour le bien être animal?

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Très vite, les Cahiers antifascistes ont publié des textes qui parlaient de ces liens là. Je pense notamment à une militante italienne qui a eu une grande influence sur le mouvement français de l'époque dans les années 90. Même Paola Cavalieri, qui parlait d'une convergence des luttes à ce niveau là. Et puis, les cahiers antifascistes ont développé des analyses. Essayant de mettre en évidence les différents liens qu'il pouvait y avoir entre eux, peut être pas entre les luttes féministes et anti spécisme, mais en tout cas entre les oppressions sexistes et spécisme, ça pouvait être aussi bien belle.

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C'est beaucoup passé par une analyse des idéologies sexistes SP6. Cette idée que il y a des aides qui seraient des êtres de culture, d'histoire, de liberté et des aides qui seraient des êtres de nature, de déterminisme, d'instincts, etc. Et on voit que globalement, les grandes oppressions intra humaines, je pense aux différentes oppressions racistes, au sexisme, mais aussi à l'agissement, etc. Sont calquées sur un modèle qui est aussi le modèle du spécisme. On a d'un côté des dominants qui se proclament libres et qui proclament que c'est eux qui ont le discours, les dominés comme étant des êtres qui sont ou qui ont une nature particulière, une nature qui n'est pas ouverte vers la liberté, mais qui est ouverte vers une fonction particulière.

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Les femmes sont faites pour la procréation et l'élevage des enfants. Les personnes racisées, les peuples colonisés sont des corps vigoureux qui n'ont pas beaucoup de têtes qui sont faits pour être utilisées alors pour leur plus grand bien des tâches utiles. Les enfants pour être éduqués, etc. Etc. Et les animaux, c'est aussi des corps qui sont soumis à des instincts, des pulsions qui, en tant que tel, sont pas des êtres de liberté et, en tant que tels, n'ont pas droit à se voir reconnaître une quelconque dignité et encore moins des droits et du goût qui sont exploitables à merci quand on a un schéma général comme ça.

[00:22:58]

Mais quel schéma? La matrice, c'est l'humanisme qui oppose humanité et nature. Monde. Le monde de la détermination des lois naturelles au monde, de la liberté et de la culture, etc. C'est une vision des choses qui est profondément fausse que la science, par exemple, ne défend en aucune façon, mais qui font toute notre civilisation.

[00:23:23]

Donc, là, on arrive vraiment au cœur de votre ouvrage à tous les deux. Qui est le spécisme est un concept qui est fondé en fait sur le modèle du sexisme, du racisme, c'est à dire un modèle de domination. Donc maintenant, on va discuter des liens idéologiques qu'on peut faire entre ce que vous appelez vous, la discrimination envers les animaux non humains et d'autres formes de domination qui s'exercent au sein de l'espèce humaine. J'ai l'impression que pour faire ça, il faut faire à des petits points de vocabulaire d'abord et de concepts qui sont très importants si on veut comprendre ce que vous entendez par spécisme.

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Et le premier de ces concepts, c'est la sentence. Alors, est ce que vous voulez bien expliquer aux auditrices qui ne sont pas forcément avertis de ces concepts là? Qu'est ce que c'est que la sentence? Qu'est ce que c'est que le spécisme? L'annualisation? Oui, la sentence.

[00:24:20]

Le terme a été introduit en France par la revue des cahiers anti spécisme. C'est pour désigner ce qu'on appelle sinon la sensibilité, le fait de ressentir des sensations, des émotions, d'être un être sensible. Sauf que le mot sensibilité, il désigne tellement de choses. Ça peut être une cellule photosensible, par exemple. Ça ressent rien. Simplement, c'est réactif ou une plante qui réagit au toucher ou à la lumière, etc. La sentence, c'est vraiment pour désigner cette capacité très particulière de certains agrégats de matière comme nous, à ressentir des sensations, à ressentir des sentiments, à avoir du coup des désirs, une volonté, etc.

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Se fixer des fins qui lui est propre. Et c'est un terme qui est extrêmement important parce que c'est ce que nous, on soutient, mais avec de sacrés arguments à l'appui. C'est que la morale, l'éthique devrait être fondée sur le critère de la sentence, de la sensibilité. C'est à partir du moment où un être senti en ressent des sensations qu'on peut dire qu'il a des intérêts à défendre. Sa vie à lui importe. Elle peut se passer bien ou mal.

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Il fait tout pour qu'elle se passe bien. Il essaye à tout prix d'éviter qu'elle se passe mal et qu'elle prenne fin. Il a des intérêts à défendre et l'éthique, c'est prendre en compte les intérêts des autres. Comment devrait prendre en compte notre propre la révolution? S'épaississent. C'est ça. C'est une révolution éthique. C'est cesser de considérer que c'est le critère de l'humanité quoi que ce soit, qu'on puisse vouloir dire avec ça qui est à prendre en compte.

[00:25:58]

C'est en fait le critère de la sentence, de la sensibilité et du coup, c'est l'ensemble des êtres de la planète dont il faudrait prendre en compte les intérêts, en tout cas dont il faudrait se soucier. Donc, tous les animaux, donc tous les animaux sensibles. Oui, il y a beaucoup. Il y a des animaux qui ne sont pas sensibles. Les éponges sont des animaux. Elles ne sont pas sensibles. Il y a des chiens. Les huîtres et les moules.

[00:26:21]

Les huîtres et les moules ne sont pas sensibles. Donc, on peut les manger. Ben oui, on ne fait pas de difficultés d'ordre éthique. Manger. Moi, je trouve qu'il y a plusieurs façons de parler du spécisme, mais c'est de la même chose pour le racisme ou le sexisme. Le spécisme, c'est à la fois une façon dont est organisée la société, c'est à dire des rapports sociaux, matériels. Une organisation économique de la société, c'est ce sont des institutions.

[00:26:50]

Par exemple, spécisme se fonde sur l'exploitation animale, sur l'existence d'élevages de pêche, d'abattoirs. De toutes ces institutions qui font marcher l'exploitation animale et qui font que l'on peut tirer des bénéfices de l'exploitation et de la mort des autres animaux. Donc, cette structure matérielle, elle est, elle génère aussi une idéologie, une idéologie spécialiste d'idéologie spécisme. C'est la croyance en la déjà, en la croyance en des catégories naturelles incroyablement différentes. Il y a l'humanité d'un côté, qui est une classe supérieure.

[00:27:32]

Et puis il y a l'animalité, tous les autres animaux qui peuvent être utilisés au bénéfice de la classe des êtres humains. Le spécisme, c'est aussi une discrimination morale qui consiste à penser que c'est une discrimination fondée sur le critère de l'espèce qui considère que l'espèce en soi est un critère de considérations morales et que on peut discriminer des individus en fonction de leur appartenance ou non à certaines espèces. Typiquement, le spécisme dans notre société, il est surtout entreposent centré, c'est à dire que l'espèce considérée comme porteuse de privilèges et de droits, c'est l'espèce humaine, tandis que l'espèce entre guillemets des animaux parce que l'animalité n'est pas vraiment une espèce au sens où on l'entend couramment.

[00:28:33]

Les animaux ne sont pas porteurs des mêmes droits que l'espèce humaine, donc c'est vraiment attribuer des droits et des privilèges différents en fonction de l'appartenance d'espèce.

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Et ça, c'est quelque chose qui est arbitraire parce qu'on ne voit pas en quoi l'espèce l'appartenance à l'espèce d'un individu serait proche, nous indiquerait en quoi cet individu peut voir ses intérêts pris en compte ou non.

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Et vous dites que c'est un processus de d'IGN Humanisation qui est la même chose qu'un processus, par exemple, que le processus de racialisation dans les rapports racistes, dans l'idéologie raciste qui est la même chose qu'un processus de sexus passion, dans l'idéologie sexiste. Quel lien vous faites entre les trois?

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En fait on, quand on parle de normalisation, souvent, c'est quelque chose qu'on qu'on dénonce à propos des humains. On va dénoncer le fait que les personnes racisées ou les femmes sont animaliste, c'est à dire on va les traiter comme du bétail. Les femmes sont traitées comme des morceaux de viande. Elles sont animaliste. C'est quelque chose qu'on dénonce quand ça s'applique aux humains. Par contre, quelque chose qui est moins souvent dénoncé. Mais c'est pourtant la tâche que se donne le mouvement anti spécisme, c'est de dénoncer l'animal isation des animaux.

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Et qu'est ce qu'on entend par là?

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C'est le fait que les animaux sont pris dans des rapports sociaux qui les et qui les exploitent. Le fait de faire naître des animaux dans le cadre de l'élevage pour les faire grossir et les tuer. C'est d'une certaine façon animaliste. Les animaux, c'est les rendre appropriate de moindre valeur, consommable, etc.

[00:30:22]

C'est aussi se présenter sous une forme animaliste, au sens de les rendre bêtes, se les représenter comme des êtres bêtes. Les déçus objectivé, les d'individualiser. Ça, c'est le processus, l'animal isation au niveau subjectif. On considère des êtres d'instinct, des êtres de nature, des êtres qui sont des êtres corporels, de pulsions, etc. Ça aussi, c'est le versant subjectif de la normalisation dont parle Axel.

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Si je comprends bien, est ce qu'on peut dire que les humains sont des animaux comme les autres? Les animaux sont des humains comme les autres. Est ce que ce que vous dites, c'est qu'en fait, les catégories d'humanités et d'animalité ne sont pas du tout pertinentes, qu'elles seraient complètement équivalentes. Il n'y a pas de différence entre les deux.

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Mais disons qu'elles sont aujourd'hui dans notre société spécisme, les cadets, les catégories d'humanités et d'animalité. Elles sont sur définies socialement. Elles sont chargées de sens, de valeurs, de elles sont. Elles sont considérées comme opposées. Il y aurait un fossé ontologique, c'est à dire un fossé, un fossé vraiment très important entre l'humanité et l'animalité qui n'aurait pas la même valeur.

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Mais cette distinction, qui est sans cesse martelée, elle est là pour elle, est là pour légitimer le fait que les uns exploitent les autres, que l'humanité exploite l'animalité entre guillemets, c'est à dire tous les autres animaux. Et le rôle que se donne le mouvement spécialiste, c'est de dépasser cette opposition binaire qui est là pour légitimer un ordre violent et considérer que la morale s'applique de la même façon aux membres de l'espèce humaine qu'aux membres de toutes les autres espèces et que d'un point de vue moral, et donc normalement d'un point de vue politique, on ne devrait pas sans cesse faire cette distinction entre les membres de l'espèce humaine et les autres animaux parce que ça tient pas.

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D'un point de vue moral, on fait partie de la même communauté des êtres s'enchante et c'est ça qui fonde notre appartenance à la catégorie des êtres qui compte moralement et qui doivent voir leurs intérêts pris en compte par la morale et par la politique.

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Et quel lien vous faites avec les autres oppressions, c'est à dire ce que vous pensez que c'est parce qu'il y aurait ces relations entre humains et animaux qu'il y aurait du racisme et du sexisme? Ce serait la base de toutes les dominations. En fait, moi, je dirais pas que c'est la base de toutes les autres dominations des idéologies de domination ou de, mais en tout cas, elles ont vraiment partie liée. C'est une sorte de matrice commune ou de schéma général qu'on retrouve à chaque fois déjà avec l'idée d'une échelle des êtres, qu'il y a des êtres supérieurs en soi, des êtres inférieurs en soi ou des êtres égaux en soi.

[00:33:24]

Ils sont égaux en valeur, ils sont égaux en dignité, etc. Mais cela suppose une échelle de valeurs. C'est toute une vision du monde comme ça, dans laquelle on vit dans notre civilisation, qui est fondée sur cette idée d'échelle, d'échelle, de valeur des êtres. Il y a des êtres qui sont dignes et d'autres qui sont indignes. Il y en a qui sont nobles et d'autres qui sont ignobles, vils. Il faudrait se débarrasser de cette façon de voir les choses et considérer plutôt ce que vivent les individus qui leur importent et considérer que ce qui est important, c'est ce qu'il leur importe à eux, indépendamment de quelque échelle des êtres que ce soit.

[00:34:00]

Et ça, c'est vraiment cette histoire d'échelle des êtres. C'est au fondement même de toutes les discriminations de type racisme, sexisme, machisme, etc. Il y a des êtres qui ont plus de valeur. Alors, dans l'idéologie humaniste dans laquelle on baigne ceux qui sont en haut de l'échelle, c'est les humains. Et du coup, tout le monde est rapporté à un idéal d'humanité. Et évidemment, on va diviser au sein même des humains, entre des humains qui sont moins humains que les autres.

[00:34:30]

D'autres, certains qui sont des parangons d'humanité et d'autres qui sont des êtres plus animaux ou plus naturels, etc. Et on recrée cette échelle des êtres au sein même de l'espèce humaine. Mais ce qui est tout à fait logique, vu que l'espèce humaine, les humains sont ceux se mettent en haut d'une échelle. L'humanisme n'est pas cet égalitarisme qu'on Humann et qu'on n'imagine pas spontanément. Désormais, c'est véritablement une hiérarchie isthme, une hiérarchie entre les êtres qui sont justement vus comme des sortes de porteurs des sens liés à leur espèce.

[00:35:09]

Et c'est tout à fait logique qu'on réintroduisent la hiérarchie au sein de l'espèce humaine. Dans ce cadre là, quoi.

[00:35:18]

Mais est ce que ça veut dire que le jour, imaginant qu'on n'arrive plus a, qu'on décide que OK, ça suffit? On va prendre en compte tous les êtres changeants de la même façon. Enfin, ils ont la même valeur. Est ce que ça veut dire que ça rendrait impossible le racisme ou le sexisme?

[00:35:34]

Mais en tout cas, on donnerait moins de cartouches au racisme et au sexisme dans le sens où l'animal isation menace les catégories d'humains marginalisés parce qu'elles peuvent être considérées comme moins moins moins humaines, moins correspondant à cet idéal de l'être humain, maître, maîtres et possesseurs de lui même et des autres.

[00:36:02]

En fait, l'humanisme ne menace pas seulement les animaux. L'humanisme, c'est une menace pour toutes celles et ceux qui ne peuvent pas prétendre correspondre à ce modèle de l'être supérieur. Et c'est pour cela que abolir le spécisme, c'est donner moins de cartouches au sexisme et au racisme parce qu'on pourra moins. Les femmes et les personnes racisées, toutes les autres catégories marginalisées. S'il n'y a pas cette hiérarchie entre des animaux et des humains qui continuent à imbiber notre culture.

[00:36:36]

J'ai découvert qu'il y avait des courants antiracistes, notamment aux Etats-Unis, qui avaient fait cette alliance avec l'anti spécisme, notamment les travaux du black végane ISAM ou même des gens aussi qui réfléchissent à Qu'est ce que ça veut dire? Être porteurs de handicap? Qu'est ce que ça veut dire? Vivre dans une société valide dist et qui font aussi des liens avec l'anti spécisme. Est ce que vous pouvez nous raconter ce que défendent ces personnes? Mais les personnes porteuses de handicap ou les personnes racisées sont continuellement associées à un statut de sous humain plus proche des animaux.

[00:37:19]

Et souvent, la réaction de ces personnes là, ça a souvent été de réagir en se distinguant de l'animalité et un peu en en essayant de dire non. Moi aussi, je fais partie de l'humanité. Arrêtez de m'associer aux animaux. Il y a vraiment une distanciation par rapport à l'animalité qui est vue comme une insulte, comme un statut, un sous statut et le black véganisme, ou même les mouvements, les mouvements de certains mouvements de personnes contre le paludisme.

[00:37:57]

Je pense notamment à S'unira Taylor, au lieu de rejeter la normalisation et leur statut d'animaux, vont revendiquer leur pleine appartenance à l'animalité en tant que condition de corps vulnérable de corps s'enchante. En disant oui, je suis un animal et je le revendique. Ce n'est pas une insulte. D'ailleurs, nous sommes tous des animaux. Nous ne sommes pas tous humains, nous sommes tous des animaux. Et c'est ce statut politique que ces gens là mettent de l'avant pour faire valoir leur valeur en tant qu'être humain, politiques et en tant qu'agent politique.

[00:38:34]

Alors, est ce que si je comprends bien, vous appelez carrément à rejeter la notion d'humanité et d'humanisme?

[00:38:41]

En tout cas, rejeter vraiment, profondément la façon dont se représente l'humanité et cette idée que l'humanité devrait être la valeur suprême. Il ne s'agit pas nécessairement de jeter à la poubelle absolument toute référence à l'humanité, mais aujourd'hui, c'est vraiment une référence à une humanité maître et possesseur. Justement, une humanité de domination, en fait, alors que ce qui devrait fonder les droits, les droits humains notamment, ça devrait plutôt être non pas le fait qu'on appartient à une espèce de seigneur de la Terre.

[00:39:22]

Mais le fait qu'on ait des êtres vulnérables comme les autres êtres s'enticher de la planète et que pour cette raison, parce qu'on peut souffrir, parce qu'on peut mourir, parce qu'on peut être blessé, on devrait. C'est pour cette raison qu'on devrait être protégé. Donc, c'est n'est pas de serrement, jetais absolument toute notion d'humanité, mais en tout cas, c'est effectivement rejeté. Grosso modo, la façon dont on s'appréhende en tant qu'espèce et la façon dont on s'appréhende à l'encontre des autres animaux tout à fait fondé de penser le vivant à partir de sa vulnérabilité.

[00:40:00]

Penser non pas le vivant, mais les êtres Santiano, ce n'est pas la même chose parce qu'une grande partie du vivant n'est pas du tout, s'entend, et n'a pas d'intérêt à défendre mes pensées. Les êtres centurie. Oui, à partir de pas uniquement leur vulnérabilité, mais notamment pour ce qui est de les protéger en fonction de leur vulnérabilité. Mais ne pas oublier que les frontières, justement, c'est aussi des êtres qui recherchent le bonheur, le plaisir, la joie, qui cherche aussi à s'épanouir de façon globale.

[00:40:37]

Donc, ce n'est pas uniquement une histoire de vulnérabilité, c'est aussi une histoire de d'épanouissement. En fait.

[00:40:49]

Après, il y a quand même une critique que j'ai lu de cette thèse là qui me paraît quand même sérieuse, c'est que pour combattre le sexisme, les femmes se sont organisées et mènent leur lutte pour combattre le racisme. Les personnes racisées s'organisent aussi et combattent ça. Mais on ne verra jamais d'animaux s'organiser pour combattre le spécisme. Mais je vois pas en quoi c'est une critique. C'est une distinction qu'il faut faire. Effectivement, on n'est pas dans la même situation, mais je vois pas en quoi ça peut être une critique.

[00:41:25]

Moi, je suis aussi engagé, par exemple dans les pays ouvroir aussi dans la lutte pour les droits pour des droits véritables des enfants. Et les enfants, au moins en dessous d'un certain âge, sont difficilement capables de s'organiser collectivement pour faire valoir leurs droits. Et c'est d'ailleurs aussi comme ça qu'on arrive à les asservir. Et ça, ça n'invalide pas la nécessité qu'il y a à reconnaître des droits fondamentaux pour les enfants. C'est un exemple, mais il y a pas mal de catégories, y compris au sein même de l'humanité, qui ne sont pas capables de se défendre elle même.

[00:42:02]

Ça n'empêche pas pour autant qu'il faut se battre pour qu'on reconnaisse des droits fondamentaux à ces personnes.

[00:42:09]

Mais est ce que quand même, vous vous comprenez aussi que certaines femmes utilisent certaines, certains auditrices qui vont nous écouter, qui vont être révoltés du fait qu'on mette leur lutte contre le patriarcat, leur lutte pour une dignité et leur lutte pour des droits au même rang que la lutte de défense des animaux?

[00:42:30]

Moi, ça me fait un peu penser. C'est ce que dénonce Christine Delphy, la féministe matérialiste Christine Delphy, c'est qu'elle même, elle a dû se battre contre les marxistes orthodoxes qui pensaient que la lutte principale, la lutte politique par excellence, c'était la lutte des ouvriers et que la lutte féministe était une lutte secondaire. Et que vraiment, c'était deux choses qui n'avaient rien à voir et qui n'avaient pas la même importance et le même niveau de priorité, le même niveau de priorité politique.

[00:43:03]

Et bien on l'a fait. On a affaire à la même chose avec le mouvement animaliste, dans le sens où la gauche est incapable de prendre au sérieux la question des animaux et à ne pas la reléguer comme une lutte secondaire. Quand je dis la gauche, ce que je veux dire par là, c'est toutes les luttes humanistes, les luttes qui font valoir les droits humains parce que ce sont des humains et qui érigent la valeur des êtres humains par leur appartenance à l'espèce humaine.

[00:43:32]

C'est ça que j'appelle l'humanisme et typiquement, ça, ça ne peut pas prendre au sérieux la question des animaux puisque ce serait saper ses fondements, qui est que l'humanité est une espèce à part et que c'est en vertu de ce statut particulier que ses membres méritent des droits politiques.

[00:43:50]

Bon, je ne vais pas vous faire tous les poncifs que vous devez entendre à longueur de temps, mais quand même, est ce que ça veut dire on va en sortir quelques uns par honnêteté intellectuelle. De mon côté aussi, est ce que ça veut dire qu'il faut accorder un droit de vote aux animaux? Est ce que ça veut dire qu'il faut empêcher les chiens de manger de la viande? Les chats d'attraper des souris? Les chats de tuer les oiseaux?

[00:44:15]

Enfin, comment fait on fait? Comment on arbitrer entre les intérêts des animaux à vivre?

[00:44:20]

Et bien comment? Comment on organise une société anti spécialistes? C'est vraiment une question ouverte. C'est une question qui reste à explorer. Il y a énormément de choses qu'il va falloir mettre en place. Qui va demander des délibérations et tout ça? Ce qui est sûr, c'est que ça va demander une réorganisation majeure de nos sociétés. Ça va demander l'abolition des institutions qui causent des torts immenses aux intérêts des animaux. Ça va demander l'abolition de l'élevage, l'abolition de la pêche, la fermeture des abattoirs.

[00:44:51]

Tout ça, ce sont des pré requis pour l'avènement d'une société anti-fascistes qui ne se fonde pas sur la discrimination arbitraire en fonction de l'espèce. Donc, on le voit, c'est vraiment ambitieux comme projet. C'est un véritable changement de civilisation. C'est énorme et ça va demander une lutte de longue haleine. Mais c'est la chose juste à faire et ça permettra à des quantités de souffrances énormes de ne plus se répéter chaque jour et chaque année.

[00:45:23]

Donc, non seulement il va falloir abolir les pratiques qui causent des torts aux animaux, mais il va aussi falloir inventer de nouvelles institutions pour permettre l'épanouissement de tout le monde. Donc repenser l'organisation de nos villes, par exemple, qui aujourd'hui sont pensés dans un cadre trop centré, mais aussi adultes. Dans le sens où les infrastructures sont conçues pour avant tout pour des personnes valides adultes, donc, encore une fois, c'est une question qui reste ouverte. Ça va demander des heures de la même façon qu'aujourd'hui.

[00:46:04]

On délibère pendant 20 ans, on délibère, on argumente pour essayer d'organiser la société au mieux pour les êtres humains et falloir faire la même chose pour les autres animaux et trouver des solutions ensemble pour que le plus d'individus possible voient leurs intérêts pris en compte.

[00:46:23]

Pour terminer, une dernière chose qui me parait m'apparut très féconde pour les réflexions stratégiques sur les actions à mener, les luttes à mener pour abolir les dominations, dont celle à laquelle on s'intéresse le plus dans l'émission, c'est la domination patriarcale, la domination sexiste. Et vous, par exemple? Il y a une question qui revient souvent c'est est ce que la lutte doit se faire à un niveau individuel? l'École doit se faire à un niveau collectif, politique. Et vous vous dites, si je vous ai bien lu, qu'en fait cette histoire de chacun fait sa part.

[00:47:02]

Et donc, en fait, pour faire advenir une société qui soit véritablement respectueuse de tous les êtres ressentions sanction. Il faudrait juste s'abstenir de les consommer, donc changer quelque chose dans sa vie à soi. Vous vous dites que ça suffit pas? Vous dites je ne suis pas, vous vous dites. Vous êtes contre la viande. En fait, vous êtes. Vous pensez que il suffit pas que chacun change à son niveau individuel?

[00:47:28]

Oui, c'est une question de stratégie. Finalement, comment on atteint ses objectifs politiques? Est ce que est ce que ça passe par la conversion individuelle? Donc, demander aux gens de changer leurs habitudes, d'avoir des pratiques plus vertueuses au quotidien?

[00:47:48]

Ou est ce qu'il faut mettre en grande partie ses ressources, son temps, son énergie, son argent?

[00:47:56]

C'est sa réflexion au service d'une lutte institutionnelle, c'est à dire non pas s'adresser aux individus, mais s'adresser à la société dans son ensemble en ayant des revendications d'ordre politique, par exemple abolition de l'élevage, abolition de l'exploitation animale. Le spécisme est indéfendable moralement. Là, on en fait, on pourrait dire que les deux sont complémentaires. Je suis assez d'accord que ça reste important de demander aux gens d'avoir une prise de conscience et de modifier leurs pratiques en conséquence. Mais je pense que il y a un risque à trop se focaliser sur le changement individuel, un risque en termes d'efficacité parce que il faut vraiment, je pense, cultiver cet esprit militant de la lutte collective organisée qui se fixe des objectifs ambitieux, des objectifs en termes de changement institutionnel, de changement d'organisation de la société dans son ensemble et qui avance pour les réaliser collectivement.

[00:49:07]

Et je pense que c'est assez différent que de simplement s'adresser aux individus un par un et de leur demander de faire. C'est presque comme si on faisait abstraction des structures sociales parce qu'en fait, les individus, d'une certaine façon, sont surtout le résultat des structures sociales. Et si on veut être plus efficace dans l'avancée de nos objectifs, on devrait avant tout chercher à changer les structures sociales. Ce qui, je pense, va permettre ensuite aux individus et aux individus de changer un peu malgré eux.

[00:49:43]

D'une certaine façon, c'est ce qu'on répète souvent pour les luttes féministes, c'est à dire qu'il ne s'agit pas que chacun va. C'est important que chacun, à son niveau, puisse lutter contre les stéréotypes et tout. Mais à la fois, rien n'a jamais changé. Si les grandes structures de la société ne changent pas, c'est à dire s'il n'y a pas des débats, des politiques publiques qui sont menées pour pour lutter contre les violences faites aux femmes. S'il n'y a pas de congé paternité ou de congé pour le deuxième parent qui est mis en place, on ne peut pas juste faire reposer ces changements collectifs sur la responsabilité des individus.

[00:50:17]

Et ça, ça me parait rapprocher ça. Rapprocher pas mal de ce que vous décrivez en terme de stratégie de lutte anti spécisme. Parce qu'il y a un autre écueil qui apparait avec ces luttes individuelles. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais c'est cette espèce d'idéal, de pureté au niveau individuel et qu'on retrouve aussi parfois. Je trouve dans le féminisme, c'est à dire de voir jusqu'à quel point on est sexiste de faire comme si on.

[00:50:46]

Dans notre propre vie et de se dire que si on a, c'est bon, on a tout bon partout dans sa vie, c'est bon, il y a plus de problèmes, on a fait sa part. De façon générale, depuis quelques décennies, on a eu comme ça une sorte de dépolitisation des problèmes structurels faire un focus sur les individus. Moi, je vois ça aussi avec l'écologie, avec le focus sur la consommation bio. On oublie les luttes collectives qui avaient lieu dans les années 70 80 ou les luttes qui avaient lieu aussi par rapport aux rapports Nord-Sud.

[00:51:22]

Ça s'est fondu dans une commune, dans une consommation éthique. Et c'est pareil. La lutte animalistes a tendance à se concentrer beaucoup sur le prosélytisme végétarien ou végane, ce qui, en soi, serait une excellente chose si ça prenait pas toute la place. On va pas abolir l'exploitation animale uniquement en chacun de son côté. Cessons de consommer la viande. Ça peut être un. Ça peut jouer un rôle de tremplin très important, un rôle de boycott massif, mais qui accompagne du coup des revendications politiques.

[00:51:58]

Et ce centrage, effectivement, sur ce que consomme l'individu que fait l'individu dans son coin isolé, c'est en fait très contreproductif pour la lutte. Parce qu'une lutte, ça demande au contraire une synergie des énergies individuelles qui s'organise de façon collective, avec des objectifs à moyen terme, à long terme, etc. Et non pas un repli sur soi, comme un citoyen qui va faire ses courses ou qui va voter dans un isoloir.

[00:52:27]

L'accent est mis sur la cohérence individuelle plutôt que sur l'efficacité politique du mouvement dans son ensemble. Quoi?

[00:52:35]

Est ce que ça veut dire que ça m'arrange? Ça me permet de résoudre mon problème moral, mais que je peux trouver que la lutte antifasciste a vraiment beaucoup de sens. Mais continuer à consommer des produits animaux, c'est le cas d'énormément de gens. En fait, il y a beaucoup de gens qui continuent à consommer des animaux pour plein de raisons, souvent parce qu'il y a la pression sociale ou parce que c'est vraiment l'offre par défaut, etc. Mais qui sont d'accord avec la proposition de fermeture des abattoirs, par exemple, ou qui souhaiteraient effectivement l'évolution d'une société de la société vers moins de violence, plus de prise en considération, plus de justice, etc.

[00:53:16]

Y compris donc pour les animaux simplement qui ne se sentent pas de porter sur leurs épaules individuelles tout le poids d'une organisation sociale, d'un régime social. Mais c'est déjà le cas. Par exemple, si on regarde les gens qui soutiennent L214, l'association, beaucoup de gens sont des gens qui qui, de fait, vont porter du cuir ou consommer de la viande ou des produits d'origine animale, etc. Mais qui soutiennent L214 dans son projet d'une société sans exploitation animale.

[00:53:49]

Alors, pour terminer, je vais vous poser la question rituelle de fin d'émission à tous les deux. Qui est quel est l'œuvre d'art que vous souhaitez recommander aux auditeurs, au éditrices, aux auditeurs? Pour aller plus loin sur ces questions de genre et de spécisme ou juste de genre de masculinité, moi, j'aimerais recommander un documentaire féministe.

[00:54:13]

Maso et Miso vont en bateau. Je dis documentaire, mais en fait, c'est plutôt un détournement critique d'une émission de télévision qui date de 1975, qui est en fait une émission sur l'année de la femme, avec comme invitée Françoise Giroud, qui est alors la secrétaire d'État à la Condition féminine. Et en fait, le concept de l'émission, c'est de donner la parole à des hommes réputés misogynes et de demander à Françoise Giroud de réagir. Et donc, c'est un détournement plein d'humour, mais qui en même temps vraiment acerbe.

[00:54:48]

Et j'ai trouvé ça vraiment.

[00:54:51]

Ça vaut le coup d'aller voir qu'elle est l'œuvre d'art que vous souhaitez recommander. Bonnardel. Il y a une chanson que j'aime beaucoup, qui s'appelle Les rois de la création, qui est une chanson de Isabelle Fournier, qui est justement une chanson contre la prédominance de la virilité en tant que volonté de dominer, de dominer, d'asservir les autres. Et c'est justement une chanson qui fait bien. Je trouve le lien entre l'exploitation des femmes et l'exploitation des animaux. Cette ethnoculturels, l'histoire récemment, ça signe sa rupture avec les cycles de la nature.

[00:55:36]

Tous les autres sont pris dans des catégories pour être les rois de la création, ont bien besoin d'une bonne ration de marques de distinction pour faire reluire leur blason. Il tue l'animal en lui pour pur esprit, hors de lui. Pour asseoir sa suprématie, pour faire du profit manchot, c'est pas sa faute à lui lancé son Dieu qui lui a dit Les rois de la domination ont bien besoin de leçons pour avoir leurs façons et que cest. Merci à Axel Player's, Brard et Bonnardel.

[00:56:33]

Je rappelle que leur livre, dont je vous conseille la lecture, s'appelle Pour une solidarité animale, défère la société spécialiste qu'il est publié aux éditions La Découverte et qu'il est en librairie dès le 11 juin 2020. Ce podcast a été enregistré à domicile et à distance. Il a été, comme souvent, réalisé et mixé par Quentin Bresson, édité et mis en ligne par Camille Robache. Je remercie les nombreux et nombreuses auditrice qui m'ont écrit ces trois dernières années pour me faire part de leurs réflexions sur le spécisme, la viande, l'écologie et les rapports avec le genre.

[00:57:02]

Merci en particulier à Swann, Samuels et Myriam, mais aussi à roman touffu, critique, Aurore, Eva, Romane, Mourad et Léa. Les couilles sur la table est un podcast de Benjo Audio, dont la rédaction est dirigée par David Garzon. Comme d'habitude, on a scrupuleusement noté toutes les références et les citations, les chiffres mentionnés dans cet épisode dans l'article en ligne sur le site de Bintje Audio. Et si vous voulez me faire part de vos réflexions suite à cette écoute, vous pouvez nous taguer sur les réseaux sociaux et aussi écrire à l'adresse les couilles sur la table.

[00:57:32]

Arobase bintje audio. Merci beaucoup. Et à bientôt.

[00:57:50]

Des 16 oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui, mais qui Me Wade a donné d'arrivants?

[00:58:15]

Happy!

[00:58:17]

Oh oui, mais qui fouille au corps et à l'abattoir de brainstormings l'Imperator efficace avec Straka und Scouarnec, c'était un gramme de vêtements, un cast tracassent.