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Ce sera le début d'une aventure de trois mois avec 45 000 kilomètres à parcourir seul, sans assistance, sans escale sur leur bateau de 18 mètres à travers l'Atlantique, le Pacifique et les tempêtes de l'océan Indien. Le Vendée Globe du rêve d'ailleurs. La ligne dématérialisé, mais aussi des drames comme ça, c'est que cette course a été endeuillée par une double disparition.

[00:00:33]

Non seulement je dirais que c'est l'aventure avec un grand. Bonjour, je m'appelle Philippe Joubin et j'ai couvert en tant que journaliste tous les Vendée Globe depuis sa création. Dans cette série de podcasts, je vous propose de vous raconter en détail un fait marquant par l'édition du Tour du monde en solitaire sans escale, dont le départ sera donné pour la neuvième fois le 8 novembre prochain. Dans ce premier épisode, je vais vous raconter l'incroyable sauvetage de Philippe Poupon, survenu lors du premier Vendée Globe parti des Sables d'Olonne le 26 novembre 1989.

[00:01:20]

Mercredi 27 décembre 1989, 2 heures 15 Quarantièmes rugissants. Atlantique Sud.

[00:01:29]

L'alarme programmée du réveil déchire l'habitacle du bateau Fleury-Michon, encore emmitouflé dans son sac de couchage.

[00:01:36]

Philippe Poupon ouvre un oeil, puis regarde les diodes du pilote automatique et le petit écran orange au dessus de sa douillette couchette bâbord.

[00:01:46]

Bien calé, il vient d'avaler cinquante minutes de repos indispensables à bord de son bateau lancé dans les 40ème Rugissants. Mais il y a cette alarme, alors le skippeur s'extrait de son sujet bien chaud, Sassier, quelques secondes sur le bord de la couchette pour vérifier le cap du pilote automatique, se frotte les yeux lourds de sommeil en prenant bien garde que le sel sur les paupières.

[00:02:11]

Résultat de cette giclée d'Embrun qu'il a pris vers une heure du matin en manœuvrant sur le pont, n'y pénètre pas, revêtu de ses seuls sous vêtements en fourrure polaire.

[00:02:20]

Le marin se glisse derrière la table à carte, véritable centre névralgique du bateau à l'époque. Voilà plus de trente ans déjà, on comparait l'endroit avec un tableau de bord de Boeing.

[00:02:30]

Les appareils électriques clignotent, les chiffres défilent vitesse du vent du voilier, cap du bateau, direction de la brise.

[00:02:38]

Un petit tour sur une molette et le skipper réduit la brillance du faisceau vert du radar, qui tourne sans cesse et balaye la nuit noire. Debout, il amortit naturellement les mouvements du bateau de ses genoux. Car la mer est rude. Difficile, Creuzet. Voilà une dizaine d'heures qu'il est entré dans cette méchante tempête que la météo nationale avait annoncé. Car à l'époque, les seules prévisions disponibles sont celles de l'Institut français, qui n'a pas encore pris le nom de Météo France.

[00:03:07]

Elles sont envoyées lors des vacations radio. Ces échanges avec la Terre et le PC course établi à Paris. L'anémomètre, ce petit appareil qui mesure la force du vent, s'emballe 43 40, 50 nœuds, presque 100 km heure de vent sur l'échelle de Beaufort. Cela représente force 9 à 10, soit entre fort coup de vent et tempête, selon la terminologie officielle. Le skippeur regarde à l'extérieur à travers les hublots panoramiques de son habitacle. La nuit est noire de jais.

[00:03:39]

Il distingue juste les feux de route vert et rouge à l'avant, dont les lueurs se réfléchissent dans les ombres. Les deux portes latérales donnant sur le cockpit sont bouclées et il entend en permanence le grondement incessant des vagues déferlantes qui brisent au cul du bateau, ainsi que le hurlement continu du vent dans les câbles du gréement. 2H25. Même si Philippe Poupon a du mal à se maintenir, ça secoue méchamment. Régulièrement, la coque se soulève à l'arrière, l'étrave plonge vers l'avant dans un creux de vague.

[00:04:12]

Puis les 15 tonnes du bateau s'emballent, se dérobe, accélérant, sans retenue. 15, 17, 20 nœuds pour les coursiers de l'époque. Cette vitesse est énorme au fur et à mesure de la vitesse qui s'accroît. La quille se met à vibrer. La vibration est souvent pénible. Elle pénètre dans le bateau, dans le corps du marin. Le bateau multiplie ses glissades sur les déferlantes. Lorsqu'il se trouve au fond, entre deux vagues, la grand voile se décante, puis se gonfle et claque avec fureur.

[00:04:44]

7 mètres, 8 mètres, 10 mètres. La houle est de plus en plus importante, mais il faut tenir, tenir. Deuxième depuis plusieurs jours, poupons font ces derniers temps sur le leader Titouan Lamazou. Cette première édition du Vendée Globe s'est bien décantée sportivement. Cela tourne au mano à mano entre les deux hommes. Car derrière, les autres ont été distancés, à commencer par Philippe Jeantot, organisateur et compétiteur de ce premier tour du monde en solitaire sans escale.

[00:05:18]

Auréolé de ses deux victoires dans le BOC Challenge le tour du monde en solitaire, mais interrompu par trois escales, Jeantot était peut être le favori. Mais en endossant le costume d'organisateur de la course, il ne put mener la préparation technique adéquate et entra tardivement dans le match, laissant filer ses adversaires, à commencer par Lamazou. Et donc, voilà l'heure du duel arrivé. Si tout va bien, s'il ne cède rien dans quelques heures. Philippe Poupon, le fin renard, régatiers émérite, celui qui avait alors tout gagné aura rattrapé Lamazou, le marin qui lui avait alors tout à gagner.

[00:05:56]

C'est qu'il l'attendait, Philou, cette estocade, ce coup du roi, prendre le commandement au sortir de cette tempête. Ça aurait une sacrée gueule.

[00:06:03]

Demain, au terme de cette nuit de bravade, de baston, de bagarre, Poupon devrait être en tête de ce premier Vendée Globe.

[00:06:10]

La veille, il avait lâché lors de la traditionnelle vacation radio avec la Terre.

[00:06:16]

Je me sens bien avec mon bateau en pleine communion. 12H30. Soudain, Fleury-Michon se dérobe. Le skippeur, assis derrière la table à cartes, se cramponne. On ne va quand même pas partir Ōta entre deux vagues. Le monocoque plonge, accélère, accélère, accélère. La glissade est non maîtrisée, le dérapage incontrôlé, le pilote automatique ne peut rien faire. Le fracas est infernal. Lancée pleine balle. Fleury-Michon prend l'agitent, se penche, se couche, se met en travers Al-Alam.

[00:06:51]

Puis survient une énorme vague déferlante qui explose sur la coque couchée en travers de la route. Deux heures trente trois secondes écrasées dans une coursive, Philippe Poupon accuse le choc et se dit immédiatement que le bateau va se redresser, que la quille, avec sa masse de plus de 5 tonnes de plomb, va faire son office et relever le bateau. Que le safran, en touchant de nouveau l'océan, va replacer le voilier sur le bon chemin. Oui, il va bien venir, il va se redresser.

[00:07:27]

C'est ainsi que fonctionnent tous les monocoques. La loi de la gravité est faite pour cela. Mais les secondes passent. Dix, quinze, vingt secondes. Rien ne se produit. Le bateau reste couché sur le flanc. Philippe Poupon se souvient de tous ces départs ôta qui ont émaillé sa carrière de coureur au large. C'est violent, c'est désagréable. Mais à bord d'un monocoque, ce genre de sortie de route se termine toujours bien et on en est quitte pour une jolie frousse.

[00:07:54]

25 secondes, toujours rien. Fleury-Michon reste couché sur l'océan en furie. Filou s'agrippe au cuir de la barre à roue intérieure, se hisse tant bien que mal et se jette sur les courts circuits du bateau. Bon réflexe, il faut avant tout éviter un court circuit général ravageur. Oui, mais voilà, le bateau se retrouve du coup plongé dans le noir 2 heures 30 minutes, 30 secondes. Les automatismes du marin prennent le dessus à tâtons. Poupon se rue sur une des deux portes d'accès au cockpit extérieur, débloque, puis enjambe l'encadrement.

[00:08:30]

Dehors, le vent le saisit, le coupant deux, lui qui évolue en sous vêtements. La température extérieure tutoie le zéro. Qu'importe, il se jette sur le winch de grand voile, puis libère les quatre tours de cordage autour de la poupée pour que Phil la grand voile. Rien ne se passe, toujours rien. Alors, il faut libérer le foc, cette fois, le winch qui retient le cordage, cette voile d'avant et sous l'eau. Rien à faire.

[00:08:56]

Poupon plonge l'avant bras dans une eau qui ne dépasse pas les 5 degrés. Son bras est saisi par une crampe, mais il libère cet autre cordage cette fois, maintenant que les voiles ne sont plus bridées. Le bateau doit venir le doigt. Il le peut, il le faut. Mais une nouvelle vague glaciale s'abat sur le bateau dans un fracas d'apocalypse. Rien ne se passe, rien. Deux heures trente et une minute 15 secondes. Fleury-Michon est parcourue de soubresauts, mais rien ne se passe.

[00:09:25]

Toujours rien. Il n'a pas bougé d'un cil. Il reste là, couché sur l'eau, immobile au milieu des 40ème Rugissants. Assailli par les vagues de la tempête. C'est par un dimanche glacial, un mois auparavant, que s'est élancé le premier Vendée Globe de l'histoire. Nous étions le 26 novembre 1989. Il est 15h16 lorsque Eric Tabarly donne le départ du tour du monde en solitaire, sans escale depuis un bâtiment de la Marine nationale et dans un bel ensemble, 13 voiliers menés par autant de marins coupent la ligne de départ.

[00:10:05]

Direction le Grand Sud. Les interrogations étaient nombreuses dans l'histoire de la voile, presque aussi vieille que l'histoire de l'OM. Il n'y avait eu qu'une seule tentative similaire en 1968, 21 ans auparavant. Mais cette course baptisée Golden Globe, que seul le Britannique Robin Johnston termina, avait été tellement violente. Entre disparitions, naufrages, suicide, mensonges, abandons que la communauté de la voile Hyères ne voulait plus d'une telle épreuve. Oui, mais voilà. En 1989, le niveau était tout autre.

[00:10:39]

Les bateaux furent construits spécialement et préparés des mois durant. Les marins étaient pour la plupart de redoutables compétiteurs. Vainqueur de Tour du monde avec escales de Transat ou de Solitaire du Figaro.

[00:10:50]

Ce que précise Philippe Jeantot, l'organisateur de la course parcours est simple je ne pense pas qu'on pourra changer avant le parcours.

[00:10:57]

Il faudra garder cet esprit tête qui fait de cette course une aventure avant tout, c'est à dire pas d'assistance à un homme seul avec son bateau et qui se débrouille tout seul face aux éléments. Je crois que c'est ça, vraiment, qui a plu aux gens parce que là, il n'y a pas de y'a pas de tricherie. On fait face à face à un truc qui casse. Je dirais que de plus pour les plus riches est vraiment une fois la ligne de départ franchie étaient à égalité et c'est ce qui fait, je crois, de cette course.

[00:11:28]

Pourtant, dans les discussions qui fusaient dans les bars du port des Sables d'Olonne lors des InfiniT nuits d'avant course, on ne parlait pas compétition, on parlait d'aventure.

[00:11:38]

Comment les organismes et les mental allaient ils tenir par les océans les plus tempétueux de la planète? Combien de marins allait revenir? Les reverrons nous tous?

[00:11:47]

Combien allait disparaître à jamais? Il y en aurait un seul pour ne serait ce que terminer.

[00:11:53]

Ambiance jeux du cirque lors de la nuit glaciale précédant le départ, lorsque les équipes techniques des marins transborder la nourriture sur les bateaux en dérapant sur le ponton couvert de glace, les mines étaient sombres. Le silence était le maître, comme l'a joliment écrit Michel Desjoyeaux dans la préface du livre La légende du Vendée Globe.

[00:12:12]

Personne n'avait de certitudes, le doute était omniprésent et personne ne s'y trompait. Ils ne savaient pas où ils allaient.

[00:12:21]

Mais d'emblée, la magie est au rendez vous. L'alchimie entre ces 13 navigateurs solitaires et le grand public fonctionne. La couverture médiatique se révèle immédiatement très importante.

[00:12:32]

Depuis la table à carte de son voilier baptisé U Aper 1992, Jean-Yves Perlin se prête narquois au petit jeu de la médiatisation tout en allumant une cigarette. Tendez l'oreille.

[00:12:44]

Pourquoi est ce qu'on fait le con pour une caméra? Parce qu'on est aimé. Parce qu'on est pudique. Parce qu'on s'en voudrait, on voudrait ça, on voudrait voir les gens orchis ces trucs sans regret que je leur explique le pourquoi du comment. Racha pourquoi faire le tour du monde sur un bateau à voile tout seul? Dans ce cas, il y a un gagnant gagnant. Je n'en sais rien, je n'en sais rien. Si je le sais, je le sens, je le ressent.

[00:13:19]

Et pour le premier mois de course, permet à l'épreuve de peu à peu se décanter, mais sans abandon.

[00:13:26]

Et au moins, les premières avaries, elles n'ont pas attendu. Jean-François Khost est rapidement revenu aux Sables d'Olonne, puis il repart. Plus grave, dès le deuxième jour, Philippe Jeantot casse le vit de mulet, cette indispensable pièce de liaison entre la boue et le mât. Fidèle à son image de coureur aventurier façon magouilleur, Jeantot répare lui même en taillant une pièce d'aluminium. Mais il traînera cette avarie tout le tour du bureau tel un boulet après l'équateur. Parfois, l'enfant se rend compte que sa barre est devenue excessivement dure.

[00:14:00]

Du coup, les pilotes automatiques ne tiennent pas le choc en se penchant à l'extérieur de son bateau. Le skippeur de TBS Charente-Maritime se rend compte qu'il manque une partie du safran, sept pales immergées qui assurent la direction du voilier. Qu'importe, il continue. Patrice Carpentier casse, lui, la boum de son bateau. Il répare. Jean-Yves Terrien se bat avec ses pilotes automatiques, mais ne songe pas encore à s'arrêter. Quant à Loïck Peyron, le 1er décembre, il fait joyeusement son 30ème anniversaire depuis le carré de son voilier.

[00:14:35]

Alors voilà, j'ai Grande-Baleine mes enfants et ça arrive à tout le monde. Ça fait pas mal. Champagne! Vous voyez comment?

[00:14:53]

Mais en cette nuit du 27 décembre, le premier très gros coup dur s'abat sur l'un des favoris. Retour à bord de Fleury-Michon. Toujours collé à l'eau sur le flanc bâbord, Philippe Poupon ne comprend toujours pas pourquoi son magnifique ketch ne se redresse pas. Du coup, le doute s'installe et la peur s'immisce. Régulièrement, il entend une déferlante arriver, puis éclater sur la coque en perdition. L'eau pénètre à l'intérieur en gîte par un aérateur. Le skippeur ne croit plus au redressement de son voilier.

[00:15:25]

Le voilà maintenant qui attend le retournement total. Le chavirage. La coque se soulève sous les coups de boutoir de chaque vague. 12H35. Aux abois, le skippeur se ruent sur les vannes de ballast, ces énormes réservoirs d'eau de mer sont remplis ou vidés en fonction des besoins de stabilité des bateaux. Un lespolitiques, en quelque sorte. Poupon ouvre la vanne du ballast placé sur le flanc au vent du bateau, libérant 2500 litres d'eau d'un coup. Puis il se jette sur une deuxième vanne pour vidanger Celeste Liquide et ainsi alléger le voilier.

[00:16:00]

Il devrait enfin se relever. Il n'en est rien. Puis il actionne d'autres vannes, d'autres évents pour essayer de remplir des balades sous le vent. Cette fois, qui devrait aider le redressement? Mais rien. Désespérément rien. Le temps passe, les déferlantes se fracassent sur le bateau couché et la peur s'installe insidieusement. Philou enfile une combinaison de plongée pour se sentir mieux armée, de manière à lutter contre le froid et le naufrage. S'il doit survenir. Par dessus, il passe une mini bouteille de plongée qui doit lui permettre, dans le pire des cas, de tenir dix minutes sous l'eau.

[00:16:36]

Le temps passe, le froid le engourdit, la fatigue le submerge. La peur, la. A l'aube du 28 décembre, un triste ciel gris s'étend sur l'océan, mais fort heureusement, le vent s'est calmé et la mer, toujours forte, déferle pour autant. Le skippeur, qui a essayé toute la nuit toutes les solutions pour que son bateau retrouve son équilibre, a peu à peu compris que sans aide extérieure, il ne pouvait rien faire.

[00:17:05]

Appelé le PC course à Paris et demandé de l'aide. C'est tout ce qu'il reste à faire. Mais dans cette nuit de folie, la radio dite Bellus à très longue portée a été noyée. Elle est hors service. À 8h, entre trois, Philippe Poupon déclenche. Les boutons m'aidaient de ces deux balises satellites Argos. Et sa recette? Il vient officiellement de demander assistance. Paris, 28 décembre. 11H50. Le téléphone fait ses courses. Installé sur une péniche sur la Seine retentit c'est le Cross Etel Cross Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage, basé à Étel, dans le Morbihan.

[00:17:52]

Via les relais satellites, les marins de car au centre morbihannais viennent de recevoir un signal de détresse émis à huit heures trente trois émanant de Fleury-Michon et préviennent la direction de course. Deux heures plus tard, les techniciens de CLS Argos à Toulouse confirment le signal. Il faut maintenant organiser les secours. Les autres concurrents sollicités n'hésitent pas Vendéenne, Gautier, Faull, enfants Jeantot se déroute, mais surtout Loïck Peyron, le plus proche de Fleury-Michon. Devant, Titouan Lamazou, lui, ne peut pas rebrousser chemin.

[00:18:26]

Il vient de vivre la même tempête d'horreur que poupon. Il s'en tire avec de lourdes avaries, colonnes de moulin à café arrachées et lattes de grand voile cassées. Mais en plus, il se retrouverait face au vent et à la mer. Conditions infernales. Lamazou expliquera par radio au PC course. Je me suis fait vraiment très peur. Maintenant, je vais calmer le jeu. Le premier sur zone devrait donc être Loïck Peyron, mais il doit arriver que le 29 en milieu de journée.

[00:18:58]

À bord de Fleury-Michon, toujours couché sur l'océan à 110 degrés, les deux mains dans l'eau, poupon passe une deuxième nuit infernale. Le froid est intense, rien n'est sec et il n'a rien d'autre à faire. Qu'espérer que les messages de ces balises ont été bien reçus et que le sauvetage s'organise, mais qu'il ne peut pas savoir. 29 décembre. Il est 8 heures 23 lorsqu'un imposant avion Hercules C-130 dépêché par l'armée sud africaine repère Fleury-Michon après un vol de six heures et presque au bout de son rayon d'action.

[00:19:34]

L'image est surréaliste et l'équipage militaire découvre un bateau blanc couché à plat sur l'eau, tel un dériveur en baie de Sainte-Marine. La coque est intacte, mais les voiles sont en lambeaux et surtout en équilibre sur la coque. Chavirer? Un homme, Philippe Poupon vivant. La position est aussitôt transmise au PC course et à Loïck Peyron, qui fait route droit sur l'épave. Et à 10h15. Liaison est faite. l'Adapt octroie le bateau. Le Pérou a rejoint le Fleury-Michon chaviré.

[00:20:09]

Toujours prompt à mettre en scène ses aventures, Tairont enclenche sa caméra vidéo rare à bord du bateau à cette époque, alors qu'il s'en approche.

[00:20:19]

Puis il se rue sur sa VHF radio à courte portée. Les deux hommes établissement une liaison sur le canal 16. Celui de sauvetage.

[00:20:28]

Le Pérou commente ce qu'il découvre passionnant dans la galaxie frigo en bord de plage à cet incroyable événement. En clair. Il va falloir faire avant 40 ha ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha!

[00:20:54]

Et maintenant? Alors qu'une nouvelle tempête est annoncée, que faire? Attendre l'arrivée d'un cargo chinois dérouté dans le cadre du sauvetage embarqué poupon à bord de la D'appliques 3 et le débarquer aux îles Kerguelen, la prochaine terre à porter et le faire?

[00:21:08]

Comment aborder Fleury-Michon serait mettre en danger le bateau de Peyron? Transborder le marin sautant à l'eau serait risquer la vie de poupon? Non, les deux hommes décide de tenter de redresser Fleury-Michon. Si Loïck Peyron parvient à tracter le bateau couché en le mettant face au vent, il devrait se redresser comme un vulgaire dériveur de plage. Après plusieurs tentatives avortées, les deux hommes arrivent à passer Unama entre les deux bateaux, mais rien n'y fait. Malgré toute la puissance du bateau de Loïck Peyron lancé à fond, celui de Poupon reste désespérément scotché sur l'eau.

[00:21:46]

C'est tout juste si l'épave bouge centimètre par centimètre par radio VHF. Les deux marins échangent et se font des nœuds au cerveau pour trouver une solution.

[00:21:57]

Loïck Peyron Filo Hermach, privà en attend un. On attend. Il va essayer de larguer d'Artimon vers le mât de l'arrière. Il en a avec son bateau, complètement avec les voiles. Tout ça en l'argent.

[00:22:14]

Car d'un commun accord, en effet, ils ont décidé de débarrasser Fleury-Michon de son mât d'artimon, soit le petit mât placé sur l'arrière du bateau. Sans ce poids et étant toujours remorqué, le voilier va peut être enfin réagir. Alors, Poupon s'y attelle aussitôt. Un par un, il dévisse les rideaux, car ces solides pièces de métal qui attachent au pont du voilier les câbles tenant le mât appelé au banc. Le mât commence à vaciller derrière rhinois et lentement, la tête du mât d'artimon s'enfonce dans l'eau, puis s'écarte du bateau peu à peu.

[00:22:50]

Soudain, le voilier est pris de très sottement imperceptible, puis qui s'accélère. La tête du grand mât émerge de l'océan. Et là, tout va très vite, en quelques secondes, le bateau se redresse enfin sous l'incroyable panache de l'eau qui se trouvait dans grand mât et la voile. Philippe Poupon, surpris, s'accroche comme il peut dans une gerbe monumentale. Fleury-Michon retrouve enfin son équilibre et les lambeaux de grand voile claquent désormais au vent.

[00:23:25]

Loïck Peyron lève un point rageur de son côté, Philippe Poupon est sonné. Il est 15 heures 9 lorsque l'information arrive au PC course parisien via le bateau de Pierrefonds, l'enfant que Peyron a prévenu sur le télex.

[00:23:39]

Ces quelques mots venus de l'Atlantique Sud f, m. FM et redressez. Après avoir démonté leurs THIMO, tout va bien, Philou remet en route la grand voile en lambeaux et l'apocalypse dans le bateau. Mais il a la frite. L'ADA reste encore un moment de conserve. Signé Pierre sur TBS à bord de son voilier, Poupon mène une expédition rapide mais minutieuse, pataugeant dans l'eau glacée qui a envahi la coque, vide peu à peu l'intérieur avec les ponts.

[00:24:09]

Il parvient à redémarrer les groupes électrogènes ainsi que la radio Bellus de secours. Laprincipale ayant rendu l'âme dehors à la barre de la Dépoque, Péron tourne autour du bateau blessé. Puis les deux marins décide là encore unanimement, que Pérot reprenne sa course pour poupon. C'est terminé. Il pourrait reprendre la course avec le seul grand mât équipé de la grand voile de rechange. Mais il a reçu une aide extérieure. Il est donc disqualifié. Il est 16 heures.

[00:24:38]

La Dépoque remet le cap vers l'ouest. Poupon range son bateau, installe la nouvelle voile, puis met le cap au nord vers le port du Cap, en Afrique du Sud, avec une certitude en tête. Il sera au départ du prochain Vendée Globe.

[00:24:54]

Le retrait de l'un des grands favoris de l'épreuve est aussi le premier abandon de l'histoire de la course depuis 1989, édition, rappelons le, emporté par Titouan Lamazou. C'est un Lamazou déboussolé qui est arrivé en vainqueur aux Sables d'Olonne.

[00:25:08]

Je ne m'attendais pas à autant de retournements et je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas quoi dire parce que moi, je suis dans cette course depuis trois ans et je vis avec. Et puis, pour moi, c'était presque devenu chose de normal. Et apparemment, dans l'esprit des gens, c'est quelque chose d'extraordinaire extraordinaire.

[00:25:30]

Le Vendée Globe, et ce, dès sa première édition et à Course exceptionnelle, aventure exceptionnelle. Un favori avait été perdu, mais une première épopée était gagnée.

[00:25:51]

Revivez toutes les aventures du Tour du monde en solitaire dans la légende du Vendée Globe. Un livre écrit par Philippe Joubran aux éditions Albin Michel avec Ouest-France.