Happy Scribe
[00:00:02]

Raconte Christophe Hondelatte. L'histoire que je vais vous raconter aujourd'hui est peut être la meilleure histoire du monde, la meilleure histoire du siècle et même la meilleure histoire de l'éternité. Je vous le garantis, vous n'allez pas vous ennuyer et vous allez bien vous marrer. C'est une affaire de 1976. C'est l'affaire des avions renifleurs. Je ne vous en dit pas plus pour ne pas spoiler mon histoire, je vous présente juste celui qui, tout à l'heure, nous allons débriefer ce récit.

[00:00:33]

Le journaliste Pierre Péan Bonjour Pierre Péan, bonjour. C'est vous qui avez révélé cette affaire il y a 35 ans dans Le Canard enchaîné, avant d'en faire un livre chez Fayard. Vous nous direz ce qu'il y a à gratter derrière ce formidable polar? J'ai écrit cette histoire avec Quentin Mouchel laréalisation et de Céline Debroise.

[00:00:55]

Christophe Hondelatte. Je vous préviens, c'est une histoire de fou qui, normalement, doit vous faire rire et aussi pleurer, rire, parce que, ma foi, ça fait toujours marrer de voir mastodontes comme Elf-Aquitaine, l'un des plus grands corrupteurs de la planète, se faire pigeonner par deux larrons. C'est l'arroseur arrosé. Ça marche toujours, mais là où on pleure, c'est à la fin de l'histoire. Je vous préviens quand il faut payer l'addition 1 milliard de francs et là, c'est la santé du con qui paye.

[00:01:29]

C'est à dire à la nôtre. Parce que l. A l'époque, c'est l'Etat, c'est le gouvernement, c'est le premier ministre Raymond Barre et tout en haut, c'est Giscard d'Estaing. Alors je vous raconte. Nous voici un matin de février 1976, à Paris, au siège d'Elf Aquitaine, le géant pétrolier Bruner la tombe près de la tour Eiffel, et je vous emmène dans le bureau du patron Pierre Guillaumat. Il est 11 heures du matin et il a un rendez vous pour lequel il a fait venir quelques cadres de la direction générale, car c'est un rendez vous très prometteur avec deux scientifiques qui auraient inventé une machine pour détecter les gisements de pétrole.

[00:02:13]

C'est l'ancien président du Conseil, Antoine Pinay, qui a suggéré à Guillaumat de recevoir ses deux inventeurs. Vous devriez les voir sans tarder. D'après ce que dit leur avocat, maître Violet, que je connais bien, qui est un ami et ils ont un projet très prometteur. Une suggestion d'Antoine Pinay, l'homme qui a sauvé le franc français en 1952. Ça s'écoute. Et voilà donc à quoi tient ce rendez vous. Et d'ailleurs, tiens, les voilà avec leur avocat, maître Violet.

[00:02:43]

Un mot d'ailleurs, avant le début de cette réunion sur ce maître violet. C'est un personnage assez obscur. C'est un ancien cas Goulart, un collabo pendant la guerre. Il aurait des liens avec l'Opus Dei. Preuve qu'on dit avocat, c'est une couverture. C'est un ancien agent secret du CS, l'ancêtre de la DG, et ce, pour tout vous dire. J'ai Elf Aquitaine dans ces années là. Il y a tout un tas d'anciens du SDECE. Gardez ça dans un coin de votre tête.

[00:03:17]

Alors les deux autres, je vous présente la grosse touffe de cheveux blancs, là, avec les grosses lunettes.

[00:03:23]

C'est un Belge, un aristo, un comte, Jean de Villegas. Il aurait un château près de Bruxelles. Lui, c'est celui qui finance. C'est celui qui chapeaute le projet. Mais ça n'est pas l'inventeur. L'inventeur, c'est l'autre à côté, avec les joues flasques, un Italien, Aldo Bonas, de Sollers. Et d'ailleurs, c'est lui qui prend la parole en premier. Melcer des nouveaux savoirs. Monsieur le président, je me présente, je suis physicienne nucléaire et j'ai donc mis au point une double système complémentaire qui permet de localiser des schismatiques de pétrole.

[00:04:04]

Un premier système positionné dans le sous navions et l'autre au sol et sur le pâtissait Delta et Oméga. Et ça fonctionne pas flou gravitationnel. Et là, le compte de Vilgax, le groupe. Oui, enfin, je préfèrerais que nous fassions une démonstration en parle plutôt que de vous révéler le secret de notre fabrication. Je n'ai pas envie qu'on nous vole cette fabuleuse invention.

[00:04:35]

Et là, je vous demande deux secondes de vous remettre dans le contexte. On est en 1976. En trois ans, le prix du pétrole vient d'être multiplié par trois. C'est la crise. C'est la fin de la belle épopée des Trente Glorieuses. La France, qui est très dépendante du pétrole, est à genoux. Souvenez vous, si vous étiez né. Le pétrole? Nous sommes obligés de l'acheter à notre cher trop cher. C'est notre richesse qui s'en va et notre façon de vivre qui est menacée.

[00:05:08]

Alors, que peut on faire? D'abord, mieux utiliser l'énergie. Vous verrez. En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées.

[00:05:18]

Et là, qu'est ce qu'il propose? Les deux y gomart l'indépendance énergétique de la France. Rien de moins. Localisé des champs de pétrole et les exploiter. Ne plus dépendre des pays arabes. C'est une telle promesse, sans doute, qu'on a envie de les croire. Surtout qu'à la fin du rendez vous, le comte de Villegas fait une proposition qui n'engage à rien.

[00:05:41]

Je vous propose de financer le test.

[00:05:44]

Vous nous rembourseraient quand on aura trouvé les premiers gisements. Eh bien, faisons le test! Et la démonstration a lieu assez vite après le premier rendez vous, en avril 1976, on teste d'abord la machine embarquée dans l'avion, le fameux procédé Delta. Elf-Aquitaine a choisi pour cette expérimentation une région, le Sud-Ouest de la France, où elle a déjà identifié de tout petits gisements de pétrole. On va voir si la machine les repère. Un avion, un DC 3 décolle de Tarbes.

[00:06:23]

A l'intérieur, Aldo Bonato Sol l'Italien est aux manettes. Il a installé ses machines qui s'étale sur deux mètres de long et qui clignote comme un sapin de Noël. Et il manipule les boutons. Il fait des branchements. Un savant fou. Et tout d'un coup, ça bip bip au bon endroit, là où elle a déjà repéré du pétrole. Et au fond de l'avion, sur un petit écran en couleur, apparaissent des formes comme de grosses patates. Regardez, regardez, ce sont les gisements de pétrole.

[00:06:58]

Paul Alba, le directeur de l'informatique de Elf, est là. Il n'en revient pas. Il est scotché. On est à 6.000 mètres d'altitude et la machine de Bonas de sol vient de détecter des gisements de pétrole dont on sait qu'ils sont à plus de 3 000 mètres sous terre 1, croit YAB. Et ensuite, on teste le système Oméga. Celui qui fonctionne au sol, sur Terre. Et là, on se retrouve sous une tente avec toujours Bonas de Solís aux manettes.

[00:07:30]

Seul, il a fichu tout le monde dehors. Il ne veut personne dans les pattes, mais à côté, il y a un camion où ils sont tous entassés. Et il voit apparaître sur un écran en couleur de grosses taches la forme des gisements. Et puis des indications, leur profondeur, leur épaisseur, la teneur en hydrocarbures. Paul Alba est subjugué. De retour chez Elf-Aquitaine, il raconte tout au patron Cette invention, c'est le truc du siècle.

[00:08:00]

On ne peut pas passer à côté. Et là, ça s'emballe. Pierre Guillaumat, le président, perd d'un coup tout sens critique. Il veut signer un contrat tout de suite là maintenant, et personne pour lui refroidir la calebasse. Il n'y a qu'une dizaine de types au courant de l'histoire. On appelle au camp scientifique pour lui demander son avis. Le président de la République est consulté. Il donne son feu vert, sans moufté. Il s'est fait retourner le cerveau par Antoine Pinay.

[00:08:31]

On ne refuse rien à Antoine Pinay dans ces années là. On lui doit en. Et donc, trois mois après le premier rendez vous. Deux mois après le premier test, en juin 1976, Pierre Guillaumat signe un contrat pour exploiter l'invention pendant un an. Un contrat à 400 millions de francs et qui avec la fille Salma, une société panaméenne dont le seul actionnaire est le comte de Villegas. Les choses sont claires. Elf peut utiliser la machine pendant un an, mais hors de question d'expliquer comment ça marche.

[00:09:14]

Voilà, c'est signé.

[00:09:19]

Je vous l'ai dit, on n'a pas consulté de scientifiques au camp, mais on n'a pas non plus vérifié qui étaient ces deux zozos. Et pourtant, il fallait moins d'une heure pour découvrir Caldoches. Bonato volé n'est pas plus physicien nucléaire que vous et moi. Il a dit qu'il a inventé une longue vue avec un capteur sonore capable de voir et d'entendre des astronautes dans l'espace et un rayon qui peut détruire des bombes atomiques. Il délire son vrai métier. Vous savez ce que c'est, son vrai métier.

[00:09:47]

Il est réparateur de télé. Allo Rano en Italie, son village natal, réparateur de télévisions. Quant au comptes de vie Légasse, c'est un illuminé qui annonce la fin du monde pour l'an 2000. Il dit qu'il y aura des élus et que les extraterrestres viendront les chercher pour les sauver. Pour vous dire à quel point ils sont dingos tous les deux, ça fait des années que le compte finance les recherches de Bonnat, de Soly, le réparateur de télé.

[00:10:15]

Il l'a lancé sur un système pour désalinisation, l'eau de mer et un autre pour détecter les nappes phréatiques. Tout ça pour apporter de l'eau à l'Afrique. Ils sont dingos, ils sont complètement maboule et ça prenait 5 mn de le vérifier. Et le président de Elf-Aquitaine, avec l'assentiment du gouvernement et du président de la République française, vient de leur faire un chèque de 400 millions de francs. Elle est pas belle, mon histoire. Et les gaz? Dès qu'il touche son gros chèque?

[00:10:53]

Qu'est ce qu'il fait? Il dépense. Il fait des folies, au sens littéral du terme.

[00:11:01]

Il commence par faire retaper son château de Riviéra, près de Bruxelles, et là, il fait installer un centre de recherche fondamentale et ensuite, il achète un bateau et dans la foulée, quatre avions, dont un Boeing 707, pour lesquels il fait construire un hangar de 2 000 mètres carrés sur l'aéroport militaire de Bruxelles.

[00:11:22]

Et après, il embauche une équipe, une grosse équipe, une quarantaine d'employés, des pilotes d'avion, des mécanos, des techniciens. Et à la tête de tout ça? Il met Bonas le sol et le technicien réparateur de télévision. Et comme chez Elf-Aquitaine, on ne sait pas qu'ils sont cinglés tous les deux.

[00:11:43]

On est rassuré. On se dit s'ils investissent autant d'argent, c'est qu'ils sont sûrs de leur coup. Et à l'automne 1976, c'est parti. L'opération commence pour de bon. L'avion survole d'abord la mer d'Iroise, au large d'Ouessant, dans le Finistère, puis l'Aquitaine, puis le golfe de Gascogne, puis la Camargue, le Languedoc, le Jura et la Suisse. Et régulièrement, ça bipe sur l'écran. Dans l'avion, on voit apparaître les formes, les patates, les gisements de pétrole.

[00:12:16]

Et en décembre 1976, l'avion survole Montaigut, dans le Gers, et apparaît sur l'écran. Une énorme tache en forme de salamandre 9 kilomètres de long sur 1km de large et 100 mètres de haut. Le tout à 3800 mètres sous terre. Le jackpot, il n'y a plus qu'à creuser.

[00:12:54]

Et donc, on creuse ou plutôt on fort 3.800 mètres de profondeur à rien, pas un millilitre de pétrole, 4 000 483 mètres de profondeur. Toujours rien. Tu elf-aquitaine, on commence à bouillir, mais bon. Adsorbé a une explication. La tige le forage est tombée au mauvais endroit et entredeux Geismar. Et chez elle et au gouvernement, tout le monde gobe cette explication, sauf peut être le nouveau président de Elf-Aquitaine, Albin Chalandon. Il vient de remplacer Guillaumat, atteint par la limite d'âge.

[00:13:33]

Mais on se fiche complètement de son avis, car on a gardé Guillaumat dans un coin. C'est toujours lui qui s'occupe de ce projet stratégique.

[00:13:44]

Et pendant ce temps là, sur les indications de la machine, on continue de forer au Gabon, au Maroc, dans des zones improbables, dans du granit. Et on ne trouve rien. Et quand Elf-Aquitaine demande décontaminé Gass, l'autre devient tout rouge.

[00:14:02]

Vous n'avez pas confiance, j'apprend, mais clic clac. Et je m'en vais voir les Arabes ou les Américains. Je suis sûr qu'ils vont trouver la mention très intéressante. Et comme il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Eh ben, on leur trouve des excuses. Ils ont fait une formidable découverte fondamentale, mais leur machine n'est pas tout à fait au point. C'est. C'est ça le problème. Et donc, on va les aider à développer la machine.

[00:14:28]

Elle demande à mettre la main dans la machine, à ouvrir le capot et à voir comment ça marche. Et en face, le comte de Villegas se dit d'accord, mais c'est un nouveau contrat. Et donc, le 24 juin 1978, on signe un nouveau contrat à 500 millions de francs. De plus, 500 plus 400 Elf-Aquitaine à lâcher pour l'instant 900 millions de francs. Et ensuite, on fait venir de jeunes ingénieurs, des polytechniciens. Et pendant une semaine, Bonas Solea, le réparateur de télé, leur donne des cours.

[00:15:03]

C'est surréaliste.

[00:15:05]

L'avion interagit avec l'appareillage. Et puis, les tubes transforment le flot gravitationnel en flot électromagnétique.

[00:15:18]

Monate Solea parle aussi de graviton, qui passerait à travers la matière de flux gravitationnels et de flux électro magnétiques. Il raconte tout cela avec un aplomb incroyable et en face, les crânes d'oeuf ne comprennent rien, mais ils prennent des notes en se disant C'est une nouvelle théorie.

[00:15:37]

C'est un nouveau regard sur la physique.

[00:15:40]

Pourquoi pas? Et après, on reprend les explorations, les polytechniciens sont dans l'avion, ils vont même au château, près de Bruxelles. Travailler avec Bonas de soleil et un jour, ils vont voir Paul Alba, le responsable de l'opération chez Elf Aquitaine.

[00:16:01]

Gotham, Joël. La théorie d'Aldo Bonas, de Soly et, comment vous dire, très éloignée de ce que nous connaissons de la physique. Nous ne sommes pas en mesure d'en saisir les rouages. Et bien travailler davantage bon. Ce que nous essayons de vous dire, Mr. Alba. C'est que cette histoire n'est pas claire du tout. Peu importe, le 5 avril 1979, elle organise une démonstration pour le président Giscard d'Estaing, qui se déplace en personne à Sudreau, en Champagne, sur un site pétrolier Elf-Aquitaine, dans une petite cabane en bois, Bonnat de Solea lance sa machine et il annonce Michel et présida.

[00:16:47]

Je vais vous montrer ce mec là où la tige de métal qui se trouve à 700 mètres sous terre.

[00:16:54]

Et on attend et ça ne marche pas. Attendez, attendez, il y a quelques réglages à faire. Le président patiente une demi heure et puis une lumière s'allume sur l'écran. Il faut tuer. On voit une cavité dans cette cavité, un objet métallique.

[00:17:14]

On avait lancé un objet métallique qui était là, dans la voiture qui le ramène à son hélicoptère. Giscard d'Etat Guillaumat suis pas franchement convaincu. Mais bon, s'il y a une chance sur mille fois la saisir. Le ministre de l'Industrie, André Giraud, lui non plus, n'est pas convaincu. Alors, il décide de soumettre de Solea à un test, un test qui a lieu le 25 mai 79 à Rueil-Malmaison, près de Paris. Giraud a fait venir pour cette expérience un physicien, un vrai venu du Commissariat à l'énergie atomique, Jules Horovitz.

[00:17:52]

Et c'est lui qui fixe l'enjeu du test à.

[00:17:56]

Vous voyez cette règle métallique? Je vais la placer derrière le mur et nous allons voir si votre technologie permet de la voir.

[00:18:08]

Il brandit la règle au bon moment et puis il passe dans la pièce d'à côté sans rien dire. Il casse la règle en deux et il revient dans la pièce.

[00:18:18]

Et au bout de quelques minutes, la règle entière apparaît à l'écran. La fumisterie est révélée.

[00:18:27]

Et De Solís a beau se défendre, la distorsion de l'image, c'est parce que l'appareil est dans un environnement nouveau.

[00:18:34]

Cause toujours mon coco. Car maintenant, les techniciens de Welf démontent la machine pièce par pièce. Et là, ils tombent sur le poteau rose des magnétoscopes dans la machine. Il y a des magnétoscopes qui renvoient vers l'écran des images enregistrées. Les patates censées représenter les champs de pétrole étaient soit des dessins, soit des photos prises en amont et projetées ensuite sur l'écran. C'est l'arnaque du siècle et on pourrait en rire pendant des heures si l'épopée n'avait pas coûté près d'un milliard de francs.

[00:19:10]

Et donc, maintenant, vous vous dites des têtes vont tomber. Le scandale va éclater. Et Bannon, en tout cas, pas tout de suite. Ils ont tellement honte. D'abord, en juillet 1979, le contrat est rompu et Elf-Aquitaine parvient à récupérer la totalité des 500 millions engagés lors du dernier contrat. Mais pour les 400 millions du premier contrat, c'est plus compliqué. Devil Légasse a flambé une bonne partie de l'argent. Il en a même donné à des oeuvres caritatives via les avions et le bateau.

[00:19:52]

Le Vanguard Elf récupère tout ça. Et là, vous vous dites, ils vont porter plainte. Les deux zozos vont être arrêtés, interrogés, incarcérés et jugés. Ce sont des escrocs? Pas du tout. L'affaire est enterrée. Ils ont tellement Ron!

[00:20:14]

Sauf que deux ans plus tard, le pouvoir bascule à gauche. En 1981, Mitterrand est élu président de la République et au fil des mois, les socialistes découvrent le pot aux roses. En 1982, l'administration fiscale met son nez dans les comptes d'Elf Aquitaine et un journaliste du Canard enchaîné, Pierre Péan, entend parler de l'affaire au détour d'une conversation avec des hauts fonctionnaires du ministère de l'Industrie. Et le 22 juin, l'histoire est à la une du canard Elf, victime d'une escroquerie à 100 milliards de centimes.

[00:20:52]

La tragique histoire des avions renifleurs qui ne reniflé rien. Au début, ça n'intéresse pas les journalistes. Quelques lignes dans le monde et dans Nice-Matin, rien de plus. En revanche, il y en a un que ça branche Henri Emmanuelli, le secrétaire d'Etat socialiste au Budget. Il convoque l'ancien patron d'Elf, Pierre Guillaumat, et l'autre se met à table. Il lui raconte tout, tout. Et Emmanuelli découvre qu'en 1981, la Cour des comptes a rédigé un rapport sur cette affaire et que Raymond Barre, le premier ministre de l'époque, l'a tout simplement enterré.

[00:21:35]

Et ça aussi, ça sort dans le canard. Le 21 décembre 83, une affaire d'Etat, la disparition à la Cour des comptes d'un document très gênant pour Giscard est bas et dans la foulée à l'Assemblée nationale. Emmanuelli accuse Giscard d'Estaing et Raymond Barre de forfaiture. Giscard se défend au journal de 20 heures de TF1. Quand ce secrétaire d'État à Hyères prononçait ses accusations vis à vis de la Cour des comptes, institution de la République, concernant le fait que peut être à l'Elysée ou peut être à Matignon, on avait détruit ce rapport parce qu'il contiendrait des informations compromettantes.

[00:22:13]

Il avait posé aucune question au premier ministre, à mon ancien premier ministre ni à aucun de mes collaborateurs.

[00:22:19]

Chirac, ancien ministre de Giscard, parle de coups bas pour la droite. Je reproche à monsieur Mitterrand. Je reproche à monsieur Mauroy. L'exploitation misérable et politicienne est contraire aux intérêts nationaux, au prestige de la France et au prestige de l'une de ses grandes entreprises nationales, d'une affaire qui ne méritait pas d'être mise en doute.

[00:22:39]

Et la gauche commence à dire où est passé l'argent? Quel est le but de cette opération? Est ce que ça n'était pas de détourner des fonds publics, par exemple pour financer la campagne présidentielle de 1981? En janvier 84, le Parlement crée donc une commission d'enquête. Mais Mitterrand veille à ce que Giscard ne soit pas convoqué, considérant qu'il était en fonction et donc couvert par son immunité. Et la Commission rend son verdict en novembre. Elle lave Giscard de toute responsabilité.

[00:23:12]

Elle désigne Raymond Barre comme responsable politique de ce fiasco. Mais ça ne va pas plus loin. Il n'y aura pas de poursuites. Il n'y aura pas de procès et il n'y aura finalement que la haute pour punir les responsables de ce fiasco.

[00:23:29]

Voilà, si vous pensez que je vous ai menti tout à l'heure en disant que c'était la meilleure histoire du siècle. Je vous autorise à me pourrir sur les réseaux sociaux et notamment sur Twitter. Allez y, ne vous gênez pas pour le débriefe. Je suis avec Pierre Péan, l'homme qui, dans les années 80, a révélé l'affaire, d'abord dans Le Canard enchaîné et qui ensuite a publié le livre de référence sur ce sujet chez Fayard. J'ai plein de questions à vous poser, Pierre Péan.

[00:23:55]

Et d'abord, je voudrais qu'on résolve un mystère. Comment est ce que Bernard, Solliès-Ville, Vilgax savent où se trouvent les champs de pétrole que Elf avait déjà repéré et sur lesquels ils les ont testé puisque le premier test fonctionne?

[00:24:09]

On s'est aperçu après que oui, ils avaient sûrement des connivences à l'intérieur pour pouvoir mettre des photos, mettent des cartes qui permettaient soi disant d'aller voir d'avion. En réalité, on ne voyait rien y placer ses cartes. Aujourd'hui encore, on ne sait pas comment va fonctionner cette connivence. Et donc, on ne sait pas qui, à l'intérieur, ne veut pas faire passer les cartes de Giner. Ce qui est extraordinaire dans cette affaire qui est quand même complètement dingue.

[00:24:41]

Comme on a plein de choses qu'on n'a pas trouvé encore aujourd'hui parce qu'il y a pas eu d'enquête. Il y a eu des enquêtes, mais non, il y a plein de choses restées en panne. C'est resté en panne, donc on ne peut pas répondre à la question aujourd'hui. On ne peut pas rester, répondent encore. Est ce qu'il y avait quelqu'un qui fournissait ou il y avait sûrement quelqu'un, mais on ne sait pas qui. Alors est ce qu'on sait?

[00:25:02]

C'est un peu. On peut comprendre les structures du système qui ont permis qu'une telle affaire progresse, mais dans le détail, on ne sait pas ou complète où est parti l'argent. Par exemple, on sait dans le château, c'est sûr, dans les bateaux, c'est sûr. Mais est ce qu'il y avait une dent dans la tête de ceux qui ont conçu ce projet? Est ce qu'il y avait un projet plus grand pour un financement politique? C'est une des thèses, mais on y reviendra tout à l'heure là dessus.

[00:25:31]

Donc voilà, on peut supposer qu'il y avait une connivence à l'intérieur à l'intérieur de ces deux zozos. Vous les avez vu? Vous avez vu Bonato? J'ai vu Beney Scilly. Et pourtant, je suis ni scientifique ni un grand intellectuel. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il suffisait de passer dix minutes avec lui pour s'apercevoir que c'était un illuminé, un rigolo. Enfin, quelqu'un qui était marrant à écouter. D'abord sur l'aspect scientifique, même si je n'y connaissais rien.

[00:26:01]

Je voyais qui racontait n'importe quoi, alors il s'appuyait beaucoup sur son accent italien qui lui permettait de prononcer comme ça des mots qu'on ne comprenait pas à toute vitesse en plus, mais en rigolant et en vous mettant, en installant l'empathie en tête, en étant un type sympathique, sont des vrais escrocs.

[00:26:20]

Mais je ne sais pas jusqu'où c'est ça qui est extraordinaire. C'est que chacun des personnages d'une extraordinaire escroquerie, il n'a pas été déterminé pour chacun d'entre eux. Qu'est ce qu'il avait vraiment dans la tête? Je pense que c'est des illuminés. Ça, c'est sûr. Le gaz aussi est un illuminé. On pourrait imaginer qu'il aurait été alchimiste dans ce genre là. Et donc, c'était professeur Tournesol, professeur Tournesol. Alors, est ce que je ne suis pas sûr qu'ils ont pas tellement touché d'argent?

[00:26:51]

En fait, Ben Ainslie, Bonnat celui là, pas touché tellement d'argent. Donc, je ne pense pas que c'est lui le concepteur de tout. L'ensemble, c'est. On a utilisé les élèves que ces deux rigolos, ça c'est sûr, mais qu'on était en plus pris par des gens qui ne sont pas des rigolos et en particulier par Maître Violet. Pour moi, le personnage central, c'est maître Violet, l'avocat. C'est leur avocat et c'est lui qui les présente à Pierre Guillaumat, le président de Elf-Aquitaine.

[00:27:18]

Ce qui me semble intéressant dans cette affaire, effectivement, c'est de savoir comment ce maître voulait d'abord essayer de comprendre qu'il était, qu'est ce qu'il avait comme réseau et pourquoi il pénètre dans une forteresse d'État. Je crois qu'il est important de savoir que L.V. Faut avoir en tête que c'était une construction gaulliste qui était très, très importante, au même titre que le nucléaire et que l'électricité pour faire avancer la souveraineté nationale, c'est Elf a été construit pour ça, c'est à dire l'indépendance pour l'indépendance nationale.

[00:27:55]

Et qui dit indépendance nationale dit secret obligatoirement, et donc tout ce qui se passait chez elle. Il y a d'abord le président Guillaumat. C'est un ancien des services secrets, c'est un ancien président d'EDF, c'est un ancien président de C.A. C'est un ancien ministre des Armées. C'est un ancien ministre de la Recherche et donc c'est quelqu'un qui est le noyau central de la politique d'indépendance. Et qu'est ce qu'il y a même dans le système Elf? Qu'est ce qu'il a installé?

[00:28:24]

Un système de secret, c'était dire que de protéger la forteresse. D'où viennent ces gens? Ils viennent évidemment du Sdec ex le services de renseignement et services secrets. La prolongation du Bessée Erra, dont était issu Guillaumat. Et puis maître violait celui qui va réussir à faire prendre une mayonnaise extraordinaire et font pénétrer dans la forteresse d'État. C'est un ancien honorable correspondant du SDEC, mais qui était extraordinairement bien coté pendant longtemps et qui était proche du Vatican, qui a monté des opérations secrètes au moment de l'Algérie, qui a probablement fait voter à l'ONU des verts pour le compte de la France alors que c'était compliqué.

[00:29:11]

Donc il était très bien vu et gagnait énormément d'argent. Mais ce qui est extraordinaire, c'est quand faut violer. C'est peut être le personnage le moins naïf de cette histoire. Il n'est pas naïf du tout. Les autres, peut être. Guillaumat vous lui accorder de la naïveté. Je lui pense la naïveté tellement il est imprégné de cette histoire d'indépendance nationale. Quelqu'un qui est en pleine crise pour rappeler, comme vous l'avez rappelé le pétrole vient de flamber 3 fois pour 3, vient de flamber 3.

[00:29:40]

Et puis il y a eu l'Irak est entrain de HTLV, l'Algérie pour elle, c'est fini et donc elle est complètement désorientée alors que c'est cette société qui doit assurer l'indépendance nationale et donc il lobsession. C'est de quelque chose qui va enrayer cette mécanique. Et donc, Violet rapporte sur un plateau quelque chose qui va régler tous les problèmes, tous les problèmes, puisqu'on va trouver du pétrole. Donc on va être de nouveau. La France va être une puissance, presque une grande puissance qui va être indépendante d'émergence américain, qui va être indépendant, qui va lutter contre l'U.R.S.S.

[00:30:23]

Et donc, c'est ce personnage qui va amener comment? Et là même alors il a déjà des réseaux et il a déjà des connaissances à l'intérieur d'Elf, notamment quelqu'un. Il s'appelle Jean Trop et il est très ami, ami intime de Pinet. Pinet, faut vous pour fournir? À cette époque là, c'est en vieil homme. C'est un vieil homme, mais il a encore. Et pour les gens d'un certain âge, c'est quand même le sauvetage du franc.

[00:30:49]

Et ça, c'est à vie qu'on materner, à votre avis? Piney Il est dans la magouille.

[00:30:54]

Je pense pas. Lui les croit aussi. Je crois que Pinay Biolay lui a vendu l'histoire et il y croit. Et l'IDEF et défend donc Piney. Il peut évidemment monter ou il peut réussir à avoir des rendez vous à l'Elysée avec Giscard, donc tout, tous les systèmes et installé pour que ce soit un truc de défense nationale essentiel pour la nation, les intérêts, les intérêts secrets de la nation.

[00:31:21]

Elf tombe donc avec beaucoup de naïveté dans cette affaire, par l'entremise d'un avocat, maître Violez, qui l'intermediaire de toute cette histoire et qui est peut être le seul qui sait pourquoi il fait tout ça. Parce qu'on imagine que les deux zozos, au fond, ne sont instrumentalisés dans cette affaire. Ils sont fous et donc on ne leur a pas donné les tenants et les aboutissants de tout ça. Alors, maitre, violez Pierre Péan, vous qui avait révélé cette affaire en 83 et écrit ensuite ce livre chez Fayard, qui qui raconte toute l'histoire?

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D'accord avec vous, c'est le seul. Il y a une personne qui connaît tout, c'est lui, mais on ne sait pas capable de le prouver aujourd'hui, on est incapable de le prouver, mais on a quand on n'a pas cherché. Ce qu'on sait, c'est comment on peut. On peut réussir à démonter l'opération qui a fait qu'il ait réussi à pénétrer le système. Elle est un personnage, notamment l'obstacle Guillaumat. Il le franchit, mais ça, c'est important.

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On travaille déjà comment il travaille pour qu'il violez non-stop hypothétiquement, puisqu'on n'a pas la réponse à la question. La seule chose qu'on sait, c'est comment il s'agite politiquement. Il a été un grand, le plus grand honorable correspondant du SDEC. Mais il faut quand même. Services secrets français des services secrets français. Mais en 1977, de Marange trouvé qui coûtait trop cher. Qui était le patron des services secrets?

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Et il a envoyé des notes au ministère de l'Industrie pour dire de faire attention à ce personnage. Et c'était probablement un escroc du renseignement. Mais manifestement, la note n'a pas circulé dans l'appareil d'Etat. Ce personnage là, il est obsédé par Moscou et un anticommuniste virulent, un anticommuniste virulent. Et il agit. Il réunit des cercles à Bruxelles, où il y a deux Habsbourg, notamment Strauss, le Bavarois, où il y a des gens les plus adroits de la CIA.

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Et oui, enfin, c'est des gens qu'ils ont, des réseaux de droite catholique qui sont de droite, catholiques et virent de façon totalement virulente anti antisoviétique, anti soviétique.

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C'est sa paranoïa des soviets? Pas exactement. Et donc, il monte des petits, des petits fascicules qui lui font foi. Ils font de la propagande comme ils peuvent, ils n'ont pas énormément d'argent, mais c'est ça. C'est ça son truc. Et donc l'indépendance nationale. Donc il joue très bien cette carte là. Un indépendant se fait donc violer. On peut imaginer qu'il ait besoin d'argent pour alimenter ses réseaux. Oui, probablement qu'il y a eu des dérives d'argent qui ont été pour financer ces petits cercles.

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Ça, c'est sûr. Mais revenons sur la façon dont il s'est servi de ces cercles pour pénétrer Elf et Lammens. Quand il y a une société qui est créée aux premiers contrats et une société panaméenne Fille Alma et qui est qui la montre, c'est quand même le président de l'UBS. La grande banque suisse, la grande banque suisse. Autrement dit, quand les gens comme Guillaumat voient Pinay, Giscard d'Estaing voient le président de l'Union des banques des banques suisses.

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Et puis, il a tout. Il est toujours accompagné. Violez de curés et voire de de cardinaux, et il va jusqu'à. Il y a des réunions. Il y a eu un cardinal, le cardinal Benelli. Donc ils sont là pour crédibiliser. Alors ils sont là, ils sont et ils vont dans les réunions, ils vont dans les réunions azuré signatures. Ils sont au coquetel, ils participent, ils discutent pas, mais ils sont là. Donc, on voit bien par qui accompagnait Violet, IBS, les curés et tout ça.

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C'est une légitimation financière pour les gens qui regardent ça. Et légitimation morale. On ne peut pas imaginer un cardinal et récupérer en train de monter une magouille pour prendre de l'argent à L.F. Ce n'est pas possible. C'est une piste qui est assez crédible. En revanche, la piste du financement politique français, c'est à dire Giscard qui aurait monté tout ça pour sortir de l'argent, pour financer en loucedé sa campagne électorale contre Mitterrand en 81. Je n'y crois pas une opération comme ça, alors il y a eu des tentatives depuis la sortie de l'affaire en 83 84 pour montrer qu'il y avait eu des financements politiques, mais rien n'a été prouvé.

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Parce que dans ces années là, au fond, Giscard, s'il avait besoin de liquide, il le prenait. Les caisses noires de l'Elysée, c'est évident.

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Des gens dans les années 70, comme Foccart, étaient des créateurs de cash qui étaient extraordinaires et le cash fonctionnait. Donc on n'avait pas besoin de n'ont pas besoin de monter les autres aussi compliqué parce que c'est quand même une opération extraordinairement compliquée. Ou avant d'obtenir un euro, un franc. Il fallait quand même acheter des avions, acheter tout ça. Mais ce qui est extraordinaire, est ce qu'aujourd'hui encore, on ne sait rien? On ne sait pas grand chose de ça.

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Moi, j'ai bien connu jusqu'à sa mort un des acteurs, celui qui s'occupait des avions, qui qui s'appelait Daniel Boyer jusqu'à sa mort. Il a jamais pu croire que c'était une escroquerie. Il croyait que bon, ça n'a pas marché. Peut être, mais ça, ça aurait pu marcher. Merci beaucoup, Pierre Péan d'avoir accompagné ce récit, de l'avoir débriefer avec ce que vous savez, pas avec ce que vous ne savez pas. Évidemment. Donc, ce qui est aussi intéressant dans cette histoire, c'est sa part de mystère.

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