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[00:00:02]

Raconte Christophe Hondelatte. Voici l'une des affaires criminelles les plus effroyables, les plus incroyables du vingtième siècle. L'affaire Lucien Léger. Vous en avez sans doute entendu parler. Il a longtemps été le plus vieux prisonnier de France. Lucien Léger a passé quarante et une année en prison pour le meurtre en 64 d'un petit garçon de 11 ans qui s'appelait Luc Taron. Et vous avez peut être dans l'idée que 41 années de prison, c'est inhumain. Salauds de juges! On en reparle quand vous aurez écouté son histoire.

[00:00:37]

La réalisation est signée Céline Lebrun.

[00:00:43]

Christophe Hondelatte. A quoi ça ressemble? Un homme qui vient de passer 41 années en prison? A quoi ça ressemble? Un tueur d'enfants qui est rentré en prison à 27 ans et qui en ressort à 68 ans? C'est évidemment la question que se posent les journalistes qui, le lundi 3 octobre 2005, un peu avant minuit, attendent Lucien Léger devant la porte de la maison d'arrêt de Douai, le plus vieux prisonnier de France. Les portes s'ouvrent. Il apparaît un petit homme au visage creusé.

[00:01:18]

Remarquez quand même, je ne suis pas un légume, comme on écrit pendant quatre mois dans les journaux. Il y a trois ans, je vais très bien. Je vous parle d'une chose que vous connaissez peut être pas très bien, mais que je pratique, qui s'appelle la résilience, c'est à dire que j'ai subi les événements. Je me relève aussitôt c'est le phénix. Est ce que vous êtes vraiment intact après quarante années complètement intactes psychologiquement et physiologiquement?

[00:01:38]

Il y a quelques années, j'étais allé faire un bilan complet dans un hôpital. Le médecin avait fait remarquer qu'il avait une fille Physiology pendant 35 ans. Je suis sorti comme je suis entré. Pourquoi? Parce que grâce aux études confiées en prison, grâce à l'activité qu'on a. C'est ça qui sauve les personnes.

[00:01:54]

Est ce que vous pensez que vous allez vraiment pouvoir redevenir un anonyme?

[00:01:58]

C'est ce que je voulais dire le plus possible. C'est à moi de me faire oublier. Tout le monde n'est pas pareil. C'est vrai qu'il y a eu des cas pendable, bons, qui nous ont coûté cher. Moi, je ne suis pas dans ce cas là. Je n'ai pas l'intention de faire du mal. Ils peuvent laisser traîner leur enfant partout. Je ne risque rien, sauf que je ne veux pas tomber dans un traquenard à la m'accueillent. Jackson prenait pour lui un enfant.

[00:02:16]

On dit qu'il a été approché. Il n'y a pas que ça. Je m'attends à ça parce que si moi, je faisais une gaffe et que je retourne en prison, vous savez ce qui arrive, c'est tout le système d'application des peines qui s'écroule. Cette fois, Patrick a fait. Ça a été un échec, mais j'espère qu'il sera le dernier. Mais moi, je ne veux pas faire pareil.

[00:02:33]

Lucien Léger grimpe dans une camionnette conduite par un ami, un boulanger qui a accepté de l'héberger à sa sortie. C'était indispensable. Sans point de chute, pas de sortie, il file vers sa nouvelle vie.

[00:02:51]

Lucien Léger était libérable depuis 10 979 dans les vingt six années qui ont suivi. Il a déposé 13 demandes de libération conditionnelle, toutes refusées. Pourquoi? Parce que la justice est sans coeur et bien pas sur le premier critère pour libérer un condamné. C'est qu'il se soit amendé, qu'il ait assumé son crime, qu'il ait accepté sa peine. Or, depuis son arrestation le 5 juillet 1964 pour le meurtre du petit, le Taran Lucien Léger clame son innocence pendant 41 ans.

[00:03:26]

Il n'a pas bougé là dessus. Il est innocent. Il n'a pas tué le petit Luc. En général, les juges n'aiment pas du tout ces prisonniers qui s'entêtent à nier. Pour ne rien arranger, pendant toutes ces années, Lucien Léger a refusé de voir un psychologue, pas besoin puisqu'il était innocent. Et ça aussi, ça n'a pas joué en sa faveur. Cet entêtement, c'est pour ces deux raisons que les juges d'application des peines l'ont maintenu si longtemps en prison.

[00:03:59]

Ces deux raisons et son crime qui n'est pas ordinaire. Vous allez voir.

[00:04:14]

Le 27 mai 1964, de bon matin à ignée, au sud de Paris, dans le bois de Ferrières, un promeneur découvre le cadavre d'un petit garçon au pied d'un chêne. 10 ans, 12 ans maximum. Vêtu d'un polo marine, d'un bermuda belle et de chaussettes rouges, l'homme court à la mairie.

[00:04:33]

Daigner. J'arrive du bois de verrières. J'ai trouvé le cadavre d'un petit gosse là bas. Il faudrait appeler la police et il revient avec le secrétaire général de la mairie, indigné, et un pompier suit de peu par les policiers et un médecin indignés. C'est là. L'enfant est sur le dos. On a dû le retourner, il a les jambes croisées, ses vêtements ne sont ni froissés ni déchirés dans sa poche. Il y a un jeu d'eau salée et une pièce de 5 francs.

[00:05:07]

Le corps est encore souple et tiennent donc il est mort très récemment et autour de son cou. On voit très nettement les marques de doigts et donc on l'a étranglée dans son nez, dans sa bouche. Il y a de l'humus. On l'a donc étranglée face contre terre. Le légiste qui débarque dans la soirée se fait tout de suite son petit scénario.

[00:05:30]

Écoutez moi, je pense qu'on a serré le cou d'une main et que de l'autre, on a maintenu le visage contre le sol. Vous voyez? Le gamin serait donc mort étouffé. L'autopsie montre qu'il n'a pas été drogué, qu'il n'a pas non plus été violé et autour du corps dans la forêt. On a fouillé dans un rayon d'un kilomètre.

[00:05:51]

On n'a rien trouvé, pas un indice. C'est le commissaire Sanson de la première brigade mobile de la rue du Faubourg-Saint-Honoré qui récupère l'affaire. Sa première urgence est d'identifier l'enfant. Ça devrait aller vite. Il y a forcément des parents qui le cherchent, qui s'inquiètent et en attendant, il faut trouver son meurtrier. Le commissaire commence par entendre deux jardiniers quand le corps a été retrouvé. Il biner la terre dans leur champ de betteraves, tout près du bois. Ils ont vu quelqu'un environ dix minutes avant que le cadavre ne soit découvert.

[00:06:33]

Moi, j'ai vu un homme sortir du bois à environ 50 mètres de l'endroit où le gamin a été trouvé quand il est arrivé sur la route. Il s'est secoué comme si je ne sais pas. Moi, il avait marché dans l'herbe mouillée ou dans la terre. Et puis après, il est parti vérifier. Vous pouvez me le décrire, cet homme, monsieur? Le Nord africain, la quarantaine trapu d'un mètre 65 ou 70, est habillé comment? Il portait un costume bleu bleu pétrole.

[00:07:05]

Je dirais. Le chef de Gardinier, lui aussi, se rappelle avoir vendu un ticket pour Paris à un homme en costume bleu. Mais quand il ne sait pas précisément le matin de la découverte de l'enfant ou la veille au soir. A part ça, il a pas d'autres pistes.

[00:07:29]

Saillé On pense savoir qui est le gamin. Le commissariat du 8ème arrondissement de Paris vient de tomber sur un avis de disparition des parents. Monsieur et madame Tharon, qui sont sans nouvelles de leur fils Luc, 11 ans, depuis la veille au soir. T'as vu la description? Le petit a remporté un polo bleu marine, un bermuda beige et des chaussettes rouges. Lui. Les policiers emmènent le père à la morgue de l'hôpital d'Orsay. Il soulève lentement le drap.

[00:07:58]

Le père éclate en sanglots. C'est bien le. Dans quelles conditions? Le petit Luc Taron a t il disparu de chez lui, rue de Naples, dans le 8ème arrondissement de Paris? Mme Taron raconte que la veille au soir, elle prenait le thé avec sa mère. Luc est rentré de l'école. Il a goûté et il est allé jouer dans sa chambre.

[00:08:27]

A un moment, je me suis souvenu qu'en rentrant, j'avais laissé mon sac à main sur le palier, alors je suis sorti pour chercher. Et là, je me suis aperçu qu'il manquait 20 francs dans mon porte monnaie. Alors, j'ai appelé Luc. Il ne m'a pas répondu qu'il n'était pas dans l'appartement. Il avait disparu. Elle raconte qu'elle est descendue dans la cour de l'immeuble qu'à un moment donné, la vue qui marchait à pas de loup comme un gamin qui a fait une bêtise.

[00:08:56]

Elle est allée vers lui. Il s'est enfui en courant. C'est la dernière fois que je l'ai vu. Le commissaire. Elle a attendu toute la soirée en bas dans la cour. Il avait déjà fugué. Ça n'était pas un gamin facile, le petit Luc. Le lendemain matin, le père est allé au commissariat, signalé sa disparition.

[00:09:21]

L'affaire rebondit d'une manière étonnante, unique, à la veille de la découverte du corps du petit Luc dans la soirée. Un couple se promène rue de Marignan, dans le 8e et sur le pare brise d'une chevaux. Leur regard est attiré par un bout de papier sur lequel est écrit Message urgent. Il se penche et le retire de l'essuie glace. Il le lit. Affaire du bois de Verrières. Après avoir demandé une rançon qui m'a été refusée par le père du petit Luc, je l'ai étranglé à trois heures.

[00:09:52]

C'est un avertissement pour le prochain rapt. La rançon ou la mort? Voici les preuves que je suis bien le ravisseur de Luc. Il avait un petit livre illustré, Reliez. Il m'a dit être né le 9 mai 1953 et que son père avait une voiture, une Ariane. Il avait dû mercurochrome sur une jambe. Et c'est signé x, x, x. Sur le moment, ce couple n'a pas vraiment compris. Mais le lendemain, en lisant le journal qu'ils ont réalisé, alors ils ont porté le petit mot à la police.

[00:10:25]

Et tout est vrai. La date de naissance? Le mercurochrome, la voiture modèle Ariane. Il n'y a que lui qui a pu raconter tout ça à l'auteur de la lettre. C'était un enlèvement, un enlèvement suivi d'une demande de rançon qui a mal tourné.

[00:10:46]

Le lendemain, toute l'histoire est dans le journal. On y parle de l'étrangleur, du Magnac, du fou dangereux, du tueur d'enfants. Et manifestement, monsieur XXX bah ça ne fait bisher. Ils se mettent à inonder les rédactions de lettres qu'ils signent l'étrangleur avec une majuscule. C'est un pervers, c'est un très grand pervers.

[00:11:16]

Et en même temps. Ça sonne faux tout ça. Et si c'était les parents qui avaient inventé cette histoire de Monsieur XXX pour détourner l'attention?

[00:11:30]

Et donc, le commissaire Sansot, qui a des doutes, se met à s'intéresser aux parents les tarots, y a de quoi? À l'école du petit Luc, les policiers vont voir la maîtresse.

[00:11:41]

Cet enfant, je sais, je ne sais pas pourquoi. Il sourit. Il est jeune, il était toujours triste. Et les camarades de Luc confirment. Les policiers apprennent aussi que le père n'est pas le père. Il l'a reconnu, il l'a élevé, mais ce n'est pas son père biologique. Par ailleurs, les Tharon ne sont pas mariés. Ils vivent en concubinage. On est dans les années 60 et ça n'est pas très bien vu. Et puis, il y a.

[00:12:06]

À y regarder de plus près, les affaires du père Taron sont moins reluisante qu'il n'y paraît.

[00:12:11]

Bon, finalement, c'est le ravisseur lui même qui fait sortir les parents de la liste des suspects dans une nouvelle lettre anonyme. Parce que maintenant, il raconte tout. Lettre après lettre, il se met à donner des détails. Jean l'enfant, quand je l'ai vu, était égaré dans le métro, alors je l'ai suivi. Et puis je l'ai abordé. J'ai proposé de le raccompagner chez lui, mais il m'a dit Garde moi avec toi. Je ne veux plus retourner chez moi.

[00:12:40]

Il dit qu'il l'emmenait chez lui en métro dans le 15ème arrondissement et que c'est là qu'il a eu l'idée de demander une rançon. Il écrit qu'il a appelé le père qui lui a raccroché au nez. Ça l'a énervé. C'est pour ça qu'il l'a tué. Et il raconte comment le petit Luc est mort. J'étais derrière lui. Je lui ai appliqué mes mains sur le cou et avec mes doigts, j'ai serré, serré. Il s'est plié en deux. Il s'est laissé tomber sur le sol de peur qu'il ne crie.

[00:13:09]

Je lui ai plaqué le visage sur le sol. Il a mis au moins dix minutes à mourir en râlant. Ça colle à 100% avec la scène de crime. C'est lui, ce ne sont pas les parents, les parents qui pourtant n'ont jamais parlé de cette demande de rançon. Et on va vite comprendre pourquoi. A la fin de la lettre, il dit qu'il vient seulement de réaliser que l'enfant, sans doute, lui a donné un mauvais numéro. Donc, quand il a appelé pour demander la rançon, ce n'est pas le père qui l'a eu au téléphone.

[00:13:38]

Il l'a tué pour rien. Incroyable lettre de revendication du meurtre d'un enfant de 11 ans. Mais ce n'est pas fini. Il envoie une autre lettre dans la foulée, dans laquelle il se cherche des excuses. J'ai été appelé en Algérie sous les ordres de Massu. J'ai été témoin de tortures ou aprèsla. Voulez vous que je trouve la morale pour me faire épargner un enfant? Je suis de la graine qui pousse au printemps des monstres, mais si je pousse, c'est parce que mes racines sont là, dans le fumier qu'est la société dans laquelle vous aussi vous pataugé.

[00:14:16]

Quel galimatias, quel affreux bonhomme! Toutes ces lettres ont été envoyées de deux bureaux de poste sur la rive gauche de la Seine, alors faute de mieux. Le commissaire Recensons décide de monter des souricière. Il met des hommes en planque devant ses deux bureaux de poste et c'est pas gagné parce qu'ils ne savent pas à quoi ils ressemblent, ce bonhomme. Ils ne vont pas sauter sur le poil de tous ceux qui postent une lettre. D'autant que les lettres suivantes arrivent d'autres bureaux de poste.

[00:14:50]

Pas bête, l'étrangleur. Dans son dernier message, l'étrangleur pousse le bouchon encore un peu plus loin. Si mon message n'est pas publié et qu'on ne me verse pas d'argent, je tue un enfant au hasard. Autrement dit, il réclame une rançon par anticipation. Mais qu'est ce que c'est que ce taré? Au ministère de l'Intérieur, évidemment, c'est la panique. Et donc, toujours faute de mieux, on continue la stratégie des souricière. Mais à grande échelle, on mobilise 140 policiers.

[00:15:30]

Tous les bureaux de poste du 7ème arrondissement sont placés sous surveillance 24 heures sur 24 pendant une semaine entière. Et là, le journal Paris Presse fait une grosse bêtise. Mis au parfum du dispositif, il publie le plan des souricière à la une Alekos. Au passage, notez que la bêtise journalistique ne date pas d'aujourd'hui. En attendant, l'étrangleur, bien sûr, a lu le journal. Et il riposte par une lettre. Bon courage, monsieur 100/100. Je peux quand même pas vous donner mon adresse.

[00:16:02]

Pitoyable. Et ce n'est pas fini. Un autre matin, La Presse s'inquiète du sort des filles de Jean-Paul Belmondo. Elles pourraient être menacées par l'étrangleur. On a vu un homme les guetter à la sortie de l'école. L'institutrice dit qu'il avait donné frémissants que diable! Finalement, c'était un paparazzi avec un nez frémissant. L'étrangleur à nouveau, se fend d'une lettre dite à Bébel que je ne suis pour rien. Bon, ses soucis à propos de ses filles.

[00:16:29]

J'aime trop Belmondo pour lui faire de la peine. Mais jusqu'à quand va t on laisser ce type se moquer de nous?

[00:16:37]

A.

[00:16:43]

Si je passe du temps à vous raconter tout ça, c'est parce que du côté de l'enquête, c'est la brasse coulée. Pas l'ombre d'une piste. Rien, nada. On arrête bien quelques suspects et deux heures plus tard, on les relâche un peu piteux. Et des lettres, il en arrive tous les jours, quelquefois même deux lettres dans la journée. Au total, on en est à 56 lettres. C'est un joueur, l'étrangleur, c'est un narcissique. Vous allez voir.

[00:17:18]

Le 27 juin, Pylone Un mois après la découverte du corps du petit Luc, un jeune homme se présente au commissariat du 7e arrondissement, aux Invalides. Bonjour monsieur, je viens vous déclarer le vol de ma Dauchot bleu. On me l'a volé hier soir. Je peux vous dire il y avait 8 litre d'essence dans le réservoir et le compteur affichait 37000 800 km. Entendu, monsieur, comment vous appelez vous? Je m'appelle g. L. G. R.

[00:17:48]

Le chien, le policier. Prends bonne note et le lendemain, l'autre revient sa deux chevaux. Finalement, on la lui a ramené sur le parking de l'hôpital où il travaille.

[00:18:00]

Et je voulais vous dire Ce qui est bizarre, c'est qu'il y a des taches de sang sur le tapis de sol et aussi sur les portières. Il y en avait pas avant. Le policier va voir dans la doc. Effectivement, on dirait du sang. Bien écoutez, monsieur Léger, gardez votre voiture en quelques jours. J'espère que vous n'en avez pas besoin ou vous faites quoi dans la vie. Je suis infirmière. Je suis un infirmier en psychiatrie. Bon, écoutez très bien, monsieur Léger.

[00:18:29]

On vous tient au courant.

[00:18:41]

Le 2 juillet, Radio Luxembourg reçoit un coup de fil de l'étrangleur. C'est moi qui ai volé la voiture de monsieur. Dans ma famille. C'est Lacrim, du 36, quai des Orfèvres, qui a hérité de l'enquête sur la Dauchot ensanglantée. Le commissaire Bois-Blancs décide de convoquer le propriétaire de la voiture. Le jeune Lucien Léger, qui se pointe dans son plus beau costume blanc, se penche sur son pantalon les yeux. Ce n'est pas des taches de sang, ça.

[00:19:24]

Oui, c'est bien possible avec mon métier d'infirmier, à part ça, le commissaire veut tout savoir, ses horaires, ses itinéraires. Et puis, à un moment ou Pivot ou Taryn, c'est ça qui fait un grand flic. Le pif, il lui dit. Dites moi, monsieur, allégez! J'y pense, pourriez vous me montrer un exemple de votre écriture? Mais bien entendu, voyons ce qu'il y a dans mon portefeuille. Tenez cette carte. Et là, il lui tend une petite carte.

[00:19:58]

Le commissaire retourne au dos où sont inscrits les numéros de téléphone de tous les médias parisiens. Paris, Jour, Le Parisien, France-Soir, l'Aurore, Europe numéro 1. Et l'écriture? Bois-Blancs n'est pas expert en graphologie, mais l'écriture ressemble beaucoup à celle de l'étrangleur. Beaucoup.

[00:20:23]

Dans le portefeuille de Solutions Léger, il y a aussi des photomatons et sur l'une de ces photos, on le voit qui sourit et qui pointe un pistolet, un jouet. C'est ça qui va le perdre, son photomatons. Car figurez vous que l'étrangleur a envoyé un tout petit fragment de cette photo au père du petit Lautaro. Notre Dieu, c'est lui. C'est Lucien Léger. Il a poussé le narcissisme jusqu'à venir narguer la police chez elle. Quel tordu! Bois-Blancs perquisitionne le logement de Lucien Léger, une modeste chambre d'hôtel à La Tour-Maubourg, dans le 7ème.

[00:21:10]

Il y découvre tout un matériel de dessin et de découpage, une liste de tous les Reporterre de Paris avec leurs coordonnées et un portrait robot de l'étrangleur tel que La Presse l'a publié, auquel il a ajouté des cheveux bruns et des lunettes teintées, de sorte qu'il lui ressemble. Mais quel tordu, mais quelle foutraques! Le samedi 4 juillet 1964, à 10 heures du soir, Lucien Léger est placé en garde à vue à la brigade criminelle de 36, quai des Orfèvres.

[00:21:47]

Toute la nuit, il résiste. Mais à 9 heures du matin, épuisé par le feu roulant des questions, il craque. Oui, oui, il a rédigé toutes les lettres signées L'étrangleur. Oui, c'est lui qui a tué le jeune, le Taran, et il s'effondre en pleurs. Il est né dans la foulée devant le juge Seligmann à Versailles, exactement à 8h15, celui ci abrégées dans une voiture de la police de la première brigade mobile vers Versailles.

[00:22:25]

Aux photographes qui le prend la main dans la main pendant. Environ 300 personnes s'agitent, Mme Clinton écrit. Le juge, évidemment, cherche à comprendre pourquoi. Pourquoi est ce qu'il a tué ce gamin, pas pour le violer puisqu'il n'a pas été violé et pas même déshabillé? Disons que c'est un enchaînement de circonstances.

[00:22:57]

Il m'a dit qu'il voulait pas rentrer chez lui. Les emmener faire un tour en voiture et puis arriver près du bois et emmener faire pipi sous un arbre. Et après, ça a été une pulsion. Inexplicable. Et d'ailleurs, au cours de la reconstitution qui suit, il refuse de refaire le geste. Non, ça, c'est pas moi qui suis l'âge. Ça ne peut pas être moi, je veux pas. C'est trop horrible.

[00:23:35]

Un an plus tard, en juin 1965, Lucien Léger se rétracte. Il revient sur ses aveux. Finalement, c'est pas lui. Les lettres aussi. Mais c'était pour brouiller les pistes. À la demande d'un homme qui voulait se venger du père Boillat. Et cet homme s'érigeait, comment s'appelle t il? Henri. Il s'appelle Henri. Moi, je mangeais quand on en liberté frisées, puisqu'il faut boire pour me sortir du mauvais endroit dans lequel l'umami, je constate qu'il n'en est rien.

[00:24:08]

Donc maintenant, j'arrête de porter chapeau, quoi. Le juge, ou vous en doutez, n'en croit pas un mot, mais par acquis de conscience, ils se mettent à chercher Anri qu'évidemment ils ne trouvent pas. Et finalement, Lucien Léger est renvoyé devant la cour d'assises pour le meurtre de Luc Taron. Soyons clairs, il risque la guillotine.

[00:24:39]

Le procès s'ouvre le 3 mai 1966 pour le défendre. Lucien Léger a choisi maître Albert Naud, qui est un adversaire passionné de la peine de mort. Maître, nous, c'est le Dupont-Moretti des années 60. Ce n'est pas le genre à lâcher le bout de gras. C'est le genre à se battre jusqu'au bout pour son client. Voilà comment il a bâti sa défense. Pour lui, Lucien Léger a tué le petit lutin. Il n'y a pas à revenir là dessus, mais il était dans un état délirant qui pourrait être la conséquence d'une lésion crânienne, figurez vous.

[00:25:17]

Si c'est léger, aurait une excroissance osseuse qui comprime une partie de son cerveau. Et puis, au moment des faits, il était en surmenage et il piochait allègrement dans la pharmacie de son hôpital pour tenir le coup. Anxiolytiques. Le soir, on fait TAMINE. Le matin, enfin, il serait épileptique. Et c'est au cours d'une crise qu'il aurait étouffé le petit garçon. Il fait son job, maître, non? Il défend et c'est d'autant plus compliqué que derrière lui, dans son box, son client n'est pas du tout sur cette ligne.

[00:25:52]

Oui, il est innocent. Le président lui demande. Mais qui est cet Henri? Monsieur Nagez? Je peux vous le décrire si vous voulez. Un mètre 85 bras grand, les lunettes cerclées d'or, c'est un ancien policier de la DST. Il a aussi été correcteur, je crois, dans une maison d'édition. Erigé. Vous ne croyez pas que c'est le moment de finir le roman de L'étrangle? Vous ne croyez pas que c'est le moment de dire la vérité?

[00:26:27]

Je vous en supplie, monsieur Léger, tout le monde ici vous en supplie. Le meurtrier ne s'est peut être pas pourquoi il a tué, mais il sait comment il a fait. Il doit le dire. Je vous donnerai l'identité dans Rimés après le verdict. Jusqu'au bout, il joue. L'avocat général se lève pour plaider ce que je sais, moi. Dès qu'un enfant est mort. Alors bien sûr, je ne sais pas pourquoi cet enfant a été tué.

[00:27:07]

Quel que soit le mobile, il m'est apparu que le responsable ne peut pas échapper au châtiment suprême. Cela étant dit, je souhaite que mettre nos réussisse à faire admettre des circonstances atténuantes. Oui. Personnellement, je ne leur ferme pas la porte. C'est rare, ça. Un avocat général qui laisse les portes ouvertes, c'est rare. Et maintenant, c'est à mettre no de plaider. Il se tourne vers son client, Lucien Léger. Monsieur Allégez! Je veux mériter votre confiance hoyaux.

[00:27:46]

Et donc, je ne prendrai pas le personnage du mystérieux Anri. J'ai trouvé assez indigne de le faire. De solitaires, deux isolés, de malheureux. Ne taciturnes. Dieu sait quelle mystérieuse attirance a pu naître entre ces deux êtres légers n'a t il pas trouvé cet enfant qui traînait dans le couloir du métro? Un frère, un petit frère, lui qui aimait tant les enfants et qui avait si peur des hommes? Un petit frère avec lequel le dialogue tant espéré aurait pu s'engager?

[00:28:28]

Et puis est au bois de Verrières. Qu'est ce qui a pu se passer? Là, messieurs les jurés, je pense tout haut. Je ne cherche pas à vous tromper, mais est il possible de penser que Luc ait eu peur soudain? Est il possible que l'enfant ait pris soudain conscience qu'il ne s'agissait pas d'un jeu? Est il possible d'imaginer que léger et senti brusquement, qu'il y avait quelque chose en lui de cacher, de castrer une sorte de pulsion sexuelle qui l'aurait poussé à commettre un acte qui le dépassait?

[00:29:00]

Et dans un silence absolu, Maître nous termine sa plaidoirie. Par une supplique. Mais surtout pas la. Surtout pas un gamin. Les jurés se retirent et ils rendent leur verdict. Lucien Léger est il coupable? Les jurés ont répondu oui, a t il agi avec préméditation? Les jurés ont répondu non. Lucien Léger est condamné à la prison à vie. Il va donc passer 41 années en prison jusqu'à devenir le plus vieux prisonnier de France jusqu'à sa libération en octobre 2005.

[00:29:53]

A cette date là, il a voulu qu'on dînant ensemble tous les deux. Un soir, dans une brasserie de la rue Bayard, à Paris, tout près des Champs Elysées, je ne peux pas dire qu'il était antipathique, loin de là. Mais Gilles a passé tout le dîner à me dire qu'il était innocent. Il voulait m'envoyer des documents pour le prouver. Il n'avait pas bougé d'un iota. Lucien Léger est mort trois ans plus tard, à l'âge de 71 ans.

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