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[00:00:04]

Scaphandres relate aujourd'hui l'histoire d'une femme que l'on croit morte et qui, de son coma, emporte tout ce qui se passe autour d'elle. A un moment, il est même question de la débrancher et elle le dit sans qu'on l'entende. Je suis vivante, je suis vivante. Et cette femme, Angèle Visby, c'est vous? Bonjour, vous avez raconté votre incroyable histoire dans un livre qui s'appelle Une larme m'a sauvée aux éditions Les Arènes, et on comprendra le titre Au fil de mon histoire.

[00:00:33]

Je l'ai écrite avec Simone Veil. La réalisation de Céline n'embrasse.

[00:00:42]

Christophe Hondelatte. Je m'appelle Angel, j'ai 57 ans, j'habite à Schiltigheim, dans la banlieue de Strasbourg. Nous sommes le 13 juillet 2009, veille de la fête nationale, et mon réveil sonne à 4 heures.

[00:01:01]

J'ai l'habitude. C'est comme ça une semaine sur deux. J'embauche à 6 heures jusqu'à 13h30.

[00:01:14]

Je travaille dans une usine de chariots. Vous savez, des caddies de supermarché, les chariots d'aéroport. Eh bien moi, je suis chargé de visser dessus. Debout avec une visseuse, le monnayeur. Le truc que vous glissez? Les pièces, c'est physique. Et d'ailleurs, il y a quatre mois, je me suis fait opérer d'une hernie discale. Oui, ça va. Je me suis remise au sport, au vélo et samedi dernier, je fais 50 kilomètres entre nous.

[00:01:39]

J'ai l'impression d'être plus jeune que beaucoup de femmes de mon âge.

[00:01:44]

Et puis, il y a mon caractère. Je suis positive, pas le genre à déprimer et je suis amoureuse. Et puis, j'ai une fille, Cathy, et deux petites filles, Célia et Mélanie. Tout va bien.

[00:02:07]

Enfin, j'ai quand même un peu mal à la gorge. J'ai pris un cachet et hier, chez mon frère, je me suis senti fatigué. Et puis maintenant, quand j'y repense, il y a aussi cette histoire d'ananas.

[00:02:18]

Je prends toujours de l'ananas à la cantine et la semaine dernière, je ne sais pas. J'ai trouvé ça acide. Une sensation bizarre, comme si ma langue souffrant Diers. Mais enfin, j'ai quand même prévu d'aller ce soir au bal des pompiers. Je me gare sur le parking de l'usine et là, j'ai comme des picotements au bout des doigts. Aïe, ça fait mal aux jointures. Bon, faut y aller. Je dis bonjour à tout le monde et je me mets à visser.

[00:02:53]

Et là, un mal de tête et une migraine qui me vrille le crâne. Huit heures et demie. Je vais voir mon chef, je vais pas bien. Je rentre, désolé. Donc, repose toi, ça va passer. Ça ne va pas passer. J'ai un mauvais pressentiment, je ne sais pas pourquoi, mais je sais que c'est grave. Quand j'arrive à la maison, mon mari est un peu surpris de me voir, il me donne un cachet antidouleur, je vais me coucher quand je me réveille.

[00:03:34]

Un supplice, c'est comme si ma tête était serrée dans un cadre trop petit qui rétrécit. C'est horrible. Je ne trouve pas de médecin. Ecoute Angel, j'appelle le SAMU. Ma tête est sur le point d'éclater. Le médecin examine. Vous ressentez une sorte d'engourdissement? Il fait la moue, on borman aux urgences. Mais j'insiste pour descendre les trois étages par l'escalier.

[00:04:13]

J'arrive à l'hôpital de Strasbourg à 21 heures. On me fait des examens d'Épicure, une ponction lombaire et moi j'entre dans un brouillard. Ça devient cotonneux, vaporeux, comme si je me paralysaient. l'Ante. Pendant ce temps là, autour de moi, on s'interroge. Façon doctorale? Et si c'était une maladie de Lyme? Ou alors une méningite? Qu'est ce qu'on en pense? Ils ne savent pas ce que j'ai à un moment, ils veulent que je rentre chez moi.

[00:04:58]

Mon mari est un ancien de la police judiciaire. Pas le genre à se laisser faire. Je vous dis que vous devez la garder.

[00:05:13]

J'ai faim, je demande à manger, il y a des petits pois. Je prends une cuillère, tout part de travers. Je veux boire pareil. Asphyxie. Je manque d'air. Monsieur, venez avec moi! Voilà, on va placer votre femme dans un coma thérapeutique. Pendant un jour ou deux. Oui, c'est pour faciliter les soins. C'est pour la forcer à accepter l'aide de respirateurs. C'est commun. Je ne suis pas prête d'en ressortir. C'est le noir absolu, mais j'entends le bruit des machines et des voix aussi.

[00:06:05]

Tiens, voilà mon mari, il vient de parler une femme. Je lui parle moi aussi.

[00:06:12]

Il ne répond pas. Il vient de partir. Je suis perdu. J'ai l'impression d'être normal, mais ça ne marche pas. Je crois, hurlais, mais ce hurlement n'est qu'à l'intérieur. Je crois bouger, mais je suis inerte. Soudain, une lueur éblouit alors. Alors? Voyons cette pupille! Et après, je retombe dans le noir. Ce médecin ne peut pas ne pas avoir vu de la vie au fond de mon oeil.

[00:06:58]

Voilà ma voisine Bernadette. Même dans le coma, tu es belle et la dicom? Je suis donc dans le coma. Je lui crie de toute mon âme je suis là, Bernadette, je ne suis pas dans le coma puisque je t'entends.

[00:07:17]

C'est une histoire de fou, mais enfin, je suis dans le noir. Mais je sens quand on me touche, j'entends, j'entends tout, j'entends les machines, j'entends les gens, j'entends les infirmières et les aides soignantes. A déjà fait ce travail. Non, jamais. OK, alors, tu mets deux tiers de bétaïne vertes et un tiers de jaune.

[00:07:42]

Et l'allemand enfonce quelque chose dans le nez. En même temps, quelque chose dans la bouche, je sens. Des torrents d'eau me dévalaient dans les narines. Mais ça fait mal. Qu'est ce qu'elles font?

[00:07:53]

C'est une torture. J'apprendrai plus tard ce qu'elles font.

[00:07:57]

Elles me nettoient les sinus. Alors, tu vois ça, il faudra le faire trois fois par jour, trois fois par jour. Mais ce n'est pas possible. Mon Dieu, sortez moi de là. Notre père qui est aux cieux, que votre règne vienne, je prie comme je n'ai jamais prié et elles reviennent et je l'entends. Qui dit pardon, madame? Pardon? Autrefois, même la musique. Ah ouais, ouais. Alors on peut lui en mettre dans sa chambre, si vous voulez.

[00:08:52]

Ça peut stimuler son cerveau, ça ne peut pas lui faire de mal, en tout cas. OK, pourquoi pas? Merci. Merci, ça va me distraire. Même la morale. J'aimerais quand même te dire tout ce que j'ai écrit, je l'épuiser. Cabrel, j'adore! Sauf que ça ne s'arrête plus. Il n'y a plus jamais de silence, jamais, et quand ça s'arrête, il y a toujours une infirmière pour dire pourquoi on a éteint ces sinistres ici.

[00:09:50]

Et c'est reparti! Cette musique va nous rendre folle. Tiens, revoilà les aides soignants robots maîtres ce week end. Qu'est ce qu'il a été pénible. Ils ont perdu au foot, figure toi, ça l'a mis dans tous ses états. Alors je passe les nerfs sur mon. Et toi, tu le laisse faire? Qu'il me prennent pour un meuble. Ben voilà encore les tortionnaires de mes sinus. Tu sais quoi? On va plus lui faire 15 joint par jour.

[00:10:40]

Ça sert à rien de s'embêter, mais elle va bientôt lancer le grand chef qui l'a dit. Et là, je me mets à crier de ce cri que je suis la seule à entendre. Je vais bien, je ne vais pas mourir maintenant.

[00:11:07]

Un jour, deux hommes rentrent dans ma chambre. Alors, est ce que vous savez comment on peut s'assurer qu'une personne est vivante ou qu'elle est morte?

[00:11:18]

Vous prenez son téton comme ça et vous le pincer en tirant un coup violent comme ça? Mais ça fait mal. Vous avez vu? Aucune réaction, absolument aucune. Par un frémissement de la peau, pas la moindre réaction sur le visage. Rien du tout. C'est une bonne vieille recette, mais c'est toujours une bonne recette. Qu'ils me croient morte. Ils vont me mettre dans un cercueil. Vivante, heureusement. Réhaussé ça. J'ai demandé à être incinéré, alors ils vont me débrancher et me débrancher.

[00:11:55]

Je vais mourir, mais je suis sûr. Cœuré et m'applique. Katie, ma fille, ne les laisseront pas faire.

[00:12:08]

Il y a un truc qui m'inquiète. J'ai toujours dit que s'il mourait, je voulais qu'on donne mes organes, mais s'ils me croient morte, ils vont me prendre un rein, un coeur sans anesthésie. Ils vont venir avec leur bistouri, ils vont me découper la peau. Alors maintenant, à chaque fois que quelqu'un approche et que c'est pas quelqu'un que je connais, j'ai peur.

[00:12:40]

Tiens, voilà. Et notre fille Katie qui ne sont pas loin. Ils sont dans son coin de la chambre ou alors dans le couloir.

[00:12:49]

Ce que je vais vous raconter maintenant, je vais être honnête avec vous. Je ne l'ai pas entendu. Il était trop loin. Ray me l'a raconté après. Et là se déroule une scène que je n'entends pas.

[00:13:10]

Ils sont trop loin, ils sont dans le couloir, mais ma fille Cathy me l'ont raconté. Après le médecin réanimateur, celui qui m'a fait le test du téton leur dit. Il faut songer à la débrancher. Je suis désolé. Il n'y a plus d'espoir. Plus rien ne fonctionne, à part le coeur. Il faut la débrancher. Le réanimateurs prend très à part, vous savez. Devriez faire les démarches maintenant, c'est plus facile avant qu'après. Les démarches?

[00:13:49]

Vous voulez dire? Les obsèques? Oui, c'est ça. Ray m'a raconté que ils sont rentrés à pied à la maison. Ils ont oublié qu'ils étaient venus à l'hôpital en voiture et le lendemain, il y est allé. Il est allé aux pompes funèbres.

[00:14:22]

Bonjour Monsieur! Que puis je faire pour vous? Ils lui ont conseillé un cercueil adapté à l'incinération, un cercueil de chêne clair capitonnés de soie blanc, et il a choisi la couleur des rose.

[00:14:45]

Ils en ont parlé tout le week end. Ma fille a appelé la marraine de sa fille qui est médecin et finalement ryadi. Ce n'est pas possible. Ça ne marche pas comme ça. Ce n'est pas un médecin tout seul, comme car même si les réanimateurs. Qui peut prendre une décision pareille? On ne débranche pas quelqu'un aussi vite. Et le lundi, il est allé voir le médecin. Docteur, nous n'acceptons pas que vous débranchées hanger jamais, vous entendez jamais.

[00:15:22]

Et vous? Je ne veux même plus que vous la toucher. Il paraît qu'il n'a rien dit, qu'il n'a même pas répondu comme s'il était d'accord au fond. Je suis sauvée puisque mes amours ont refusé de m'abandonner. Bon, je veux vous dire quelque chose. Je n'ai pas aperçu le fameux tunnel. Vous savez, le tunnel dont parlent les gens qui ont vécu des expériences de mort imminente. Ce tunnel attirant, irrésistible.

[00:16:03]

Je ne l'ai pas vu. Je n'ai jamais eu envie de basculer de l'autre côté. Tiens, voilà mon frère Paul. Je crois que c'est la première fois qu'il vient me voir. Coucou Angel Pathet! Partira pas sans nous dire au revoir. Tu ne vas pas nous faire ça. Il a réussi à me faire pleurer. J'entends vite y'a un problème. Mais Machines s'affole. C'est formidable, je peux l'ourlet par machines interposées. Il parle de tachycardie, mais c'est pas ça.

[00:16:58]

Mon coeur s'affole parce que je souffre, mais ils comprennent pas qui m'en tombent pas. Deux femmes viennent d'entrer dans ma chambre et j'ai droit à leur petite histoire et connaît la dernière de ma fille Julie.

[00:17:23]

Qu'est ce qu'elle a fait encore? Figure toi qu'elle a passé deux jours chez sa copine Clémence à la campagne, soi disant avec les parents. Hier, je récupère son sac avec ses fringues. Et qu'est ce que je trouve dans sa poche? Des capotes. Oh là, elle a quel âge? 16 ans, c'est un peu jeune, ça a chauffé. Je me permets de dire son père était hors de lui. Je suis un peu jeune pour être mamie.

[00:17:50]

Franchement. Et elle rigole.

[00:18:02]

Ray vient de dire que c'est notre anniversaire de mariage. Mince, alors, je suis à l'hôpital depuis aussi longtemps. J'aimerais l'embrasser. Je me mets à pleurer dans ma prison intérieure. Ma fille Soupault et elle me parle tout doucement. Prend soin de pape. Trois enfants qui doit absolument connaître sa mamie. L'impression de suffoquer Cathy. Papa, pourquoi? Regarde ce qui regarde, maman, il pleure.

[00:19:05]

C'est une larme qui coule, non? T'as raison, je vais chercher quelqu'un. Maman, maman, je vois du monde, entre dans la pièce et Hécatée leur dit. Comment réagit elle a pleuré une larme qui vient de couler sur sa joue? Je ne crois pas, non. Elle gèle partout. Je dis que c'est le gel, le gel sur les paupières. Il a dû couler. Je sais qu'on lui met du gel. Je vous jure que c'était une LAR.

[00:19:40]

Je les entends partir. Maman, tu m'entends, maman? Ce que tu nanto? Si tu m'entendez, le mois plein bouge quelque chose, elle va bouger un doigt. T'es sûr, c'était léger, mais je suis sûr qu'elle a bougé un doigt.

[00:20:09]

C'est comme si la prison de mon corps était entrouverte. Enfin, je reviens vers mes amours. Je le suis de retour à la vie. C'est le plus beau de tous mes anniversaire de mariage. Qu'est ce qu'elle est devenue, cette larme si précieuse? J'aurais bien voulu la garder dans une boîte, comme un bijou. Enfin, mes proches savent que je suis. Enfin, les médecins vont comprendre.

[00:20:46]

Hier, je suis sorti de la nuit. Je vois, je vois la lumière, même si je vois mal, je vois double, mais je vois quel bonheur de revoir Ré et Katty. En revanche, j'entends mal maintenant, comme si on m'avait mis deux Cocotte-Minute de chaque côté du crâne. Ça fait chier. Les médecins sont au pied du lit, ils sont en conciliabule. Je n'entends rien de ce qu'ils disent. Ça aussi, je l'ai appris, après, ils ont trouvé ce que j'ai le syndrome de biker Stave quand ils ont dit Arai et quatreans que c'était.

[00:21:29]

Ils ont sauté sur Internet, maladie immunitaire du système nerveux central, et la bonne nouvelle, c'est que c'est réversible. Maintenant que je peux bouger un doigt et cligner d'un oeil Kathy et moi, on a mis au point un nouveau langage. Ray récite l'alphabet A, b, c. D? Ou attention, faut pas que la loupe, je lève l'auriculaire gauche quand c'est la bonne lettre g h i j. K. L. A l. Je lève le doigt.

[00:22:17]

Et puis après High et avait lire. C'est ça, on? Tu veux dire livres et le soir, dans son cahier Récré, Angel veut écrire un livre sur sa maladie. Je sais là où je suis, ça paraît une idée folle, déplacée sans doute, mais c'est comme ça, ça ne se commande pas. C'est trop fort ce qui m'arrive. Cette histoire doit être écrite quelque part. Et c'est aussi avec mon doigt paré que je fais passer des messages.

[00:23:01]

Il faut éteindre la télé. Elle m'a dit qu'il fallait éteindre la télé. Mais comment vous savez ça, vous bladi?

[00:23:11]

Votre femme ne parle pas, ça ne l'empêche pas de communiquer.

[00:23:21]

Dans son cahier, Ray écrit. 25 juillet. Sortie du coma. 27 juillet tourne la tête à droite et à gauche. Trois autres bougent les doigts. Six autres communiquent par oui ou par non. 14 août. Assise dans son fauteuil, ça fait une sacrée étape. On mobilise trois aides soignants et une machine à sous lève malade. Je ne suis qu'un gros tas d'os, mais je ne suis pas fâché de quitter la position couchée. J'ai compté 13 films sont des tubes sont encore reliés à mon corps, un qui me rentre directement dans la gorge, une trachéotomie.

[00:24:15]

Le 2 septembre, a un mois et demi après mon arrivée, on décide de débrancher le respirateur artificiel. Grosse appréhension. Vous y êtes, madame Gaby? Attention, je vous enlève le tuyau du respirateur et hop, m'asseyais à vous de jouer maintenant.

[00:24:46]

Surtout, ne pas oublier de respirer. J'aspire à peu près bien, mais je n'expire pas suffisamment au bout d'une heure, on me le remet, mais un jour, on me l'enlève toute la nuit et je me réveille encore vivante. Et à partir de là, je peux faire un autre progrès fondamental parler, essayer. Bonjour, bonjour. Un pas de plus.

[00:25:24]

Et après, j'aurai apprends à manger, à lire, à écrire, à faire pipi. Je suis sauvé, je suis sauvé.

[00:25:33]

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