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9 heures 9 heures 30. Le meilleur de Franck Ferrand raconte sur Radio Classique. Les affects, les instincts, les sentiments, les pulsions naturelles de cet homme hors du commun ont toujours été profondément enfouis sous la carapace des manières du monde, des sentiments raisonnés.

[00:00:32]

Toucher Talleyrand a toujours fini par disparaître derrière une politesse froide et une espèce de cynisme calculé. Au printemps de 1838, cela fait déjà trois ans que le vieux Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent, a choisi de se retirer de la politique haute et basse, politique, officielle comme officieuse.

[00:00:57]

Son dernier poste ambassadeur à Londres?

[00:01:00]

Oui, c'est comme ça qu'il a fini sa carrière. C'était très prestigieux et désormais, le prince appellation Macchi avait Lienne à souhait. Le prince s'est mis en congé du monde à Valençay, dans son merveilleux château, mais surtout à Paris, rue Saint-Florentin, à l'angle de la place de la Concorde, derrière l'hôtel de la Marine.

[00:01:18]

Un très bel hôtel particulier qui, aujourd'hui, sert de résidence à l'ambassadeur américain, l'ancien évêque d'Autun Villa, en compagnie de sa nièce et très cher ami, la duchesse de Dino Dorothée, pour les intimes. Jeudi, il vit là où, plus exactement, il se prépare à y mourir, si possible à y mourir de façon chrétienne, ce qui, lorsqu'on connaît sa vie, n'a rien de très évident.

[00:01:42]

Franck Ferrand, c'est un raté christique. Est ce qu'il faut vous préciser que Charles-Maurice n'a jamais véritablement cru en Dieu? Il a quand même passé cinq ans au séminaire de Saint-Sulpice. Il avait entre 15 et 20 ans. Il était là à contrecœur. Bien sûr, on me force d'être ecclésiastique et bien, on s'en ressentira, disait il. La première à s'en repentir, ça a été évidemment l'Eglise elle même. Le jeune séminariste était tout sauf un modèle de vertu.

[00:02:12]

Il a trempé dans des affaires douteuses. Il a joué gros jeu collectionner les petites maîtresses, à commencer par la jolie Mademoiselle Beaurainville qui, sous le nom de Luzi, tenait au théâtre français l'emploi de soubrette. Elle me permit de monter chez elle et, sans embarras, elle me proposa d'y revenir, écrira t il. J'y fut d'abord tous les trois ou quatre jours. Ensuite, plus souvent, ses parents l'avaient fait entrer malgré elle à la comédie. J'étais malgré moi au Séminaire, cet empire exercé par l'intérêt sur elle et par l'ambition sur moi, établie entre nous.

[00:02:44]

Une confiance en réserve. Ce qui ne l'a pas empêché de prononcer ses vœux le 1er avril 1775. Oui, je dis bien, le 1er avril, ça ne s'invente pas, c'était à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Et dès septembre, il est doté par le roi Louis 16 de l'abbaye Saint-Rémi de Reince parce qu'il appartient à cette grande famille de Talleyrand-Périgord et qu'à la cour, évidemment, les influences dont il bénéficie sont puissantes. Il va comme ça pouvoir assister aux premières loges du sacre de Louis 16, où il fait la conquête de la duchesse de Luynes, de la duchesse de Filled Jams, de la vicomtesse de Laval.

[00:03:22]

On a presque envie de dire N'en jetez plus!

[00:03:25]

Et Louis 16, qui connaît et qui connaît par coeur, ses fredonnent notamment avec la comtesse de Flao et qui se doute à juste titre de moralité pour le moins déficiente, va longtemps se faire prier avant de le nommer évêque. Ça va quand même finir par arriver juste à temps, si je puis le dire, juste à la veille de la Révolution française, en 1788. Voilà notre Charles-Maurice devenu évêque d'Autun.

[00:03:53]

Et c'est ça qui explique que quelque temps plus tard, deux ans plus tard, à peine le 14 juillet 1790.

[00:04:01]

C'est ça qui explique que ce soit lui. Lui qui a dit tellement peu de messes jusqu'ici, quasiment pas d'ailleurs. C'est lui qu'on choisit pour aller célébrer cette messe très imposante et très, très importante de la fête de la Fédération sur le Champ de Mars.

[00:04:17]

Une cérémonie énorme. Il se trompe à peu près dans tout. C'est une pagaille pas possible autour de l'autel et à la Fallières qui est là, juste à côté et qui commence à sourire. Il dit Ah, je vous en prie, ne me faites pas rire, ça vous donne une idée du sérieux du personnage. Bref, il a fini par démissionner de son siège épiscopal en janvier 91. Il a été excommunié. Or, c'est sous l'Assemblée législative que Talleyrand, néanmoins, va faire ses premiers pas dans la diplomatie.

[00:04:43]

Premier pas ce ne sont pas les derniers, c'est le moins qu'on puisse dire. Il va faire un exil tout à fait bienvenu pendant la terreur et il rentre à Paris en juillet 97 pour être ministre des Relations extérieures. Et c'est à ce moment là qu'on le voit dans la fameuse voiture qu'ils l'emmènent au dans ce qui aujourd'hui est devenu le Sénat au Palais du Luxembourg qui, à l'époque, abrite le directoire et où il chante un air à la mode. Nous allons faire une immense fortune et de fait, Talleyrand gagne beaucoup d'argent.

[00:05:12]

Il multiplie les prévarication, les trafics en tous genres. Il inaugure la rémunération des positions diplomatiques. Ce n'est pas tout à fait brillant tout ça, mais ça permet de gagner, de gagner beaucoup d'argent. En juillet 99, il abandonne son poste au gouvernement et prend ses distances avec le directoire parce que, pour tout vous dire, il s'intéresse maintenant au potentiel hors du commun d'un jeune général victorieux, le citoyen Bonaparte.

[00:05:39]

Et c'est ce qui fait qu'après le coup d'État du 18 brumaire, auquel il a personnellement prêté la main, il est de retour aux relations extérieures. Il va s'activer en faveur de la paix. Traité de Lunéville avec l'Espagne en 1801, traité d'Amiens avec la Grande-Bretagne en 1802. Et du coup, le pape relève le relève plutôt de l'excommunication. On est là en 1802. L'heure est au consulat moral. Bonaparte oblige tous ses collaborateurs à mener une vie exemplaire. Et c'est lui qui va le forcer plus ou moins à épouser sa maîtresse du moment, une Anglaise qui a vécu aux Indes et qui s'appelle madame Grente.

[00:06:17]

Talleyrand est favorable à l'Empire et au moment où l'Empire est proclamé en 1804, il devient tout de suite grand chambellan.

[00:06:26]

Il aura le titre de prince de Bénévent dès 1806. C'est lui qui prépare le traité de Presbourg et de Tilsitt. Il va quand même abandonner son portefeuille après. Il faut vous dire qu'il est totalement opposé à cette idée obsessionnelle de Napoléon de multiplier les conquêtes. Il reste néanmoins grand chambellan. Et puis bientôt, il sera vice grand électeur. On a l'impression que Napoléon n'arrive pas à se passer de lui, même si Talleyrand se prononce très nettement contre la guerre en Espagne.

[00:06:57]

Il est à l'époque où l'on renoue avec les grandes heures de l'ancien régime. Vous savez, il est un petit peu le vernis sur le Nouvel Empire. Or, à l'automne 1808, lors des négociations des refourgue, il va pousser en secret le tsar Alexandre 1er à endiguer l'expansionnisme napoléonien. Et ça, c'est la disgrâce assurée. Sitôt disgracié, on voit Talleyrand chez Metternich qui lance les grandes manœuvres diplomatiques qui vont aboutir à la chute de l'Empire et au retour sur le trône des Bourbons en mars 1814.

[00:07:30]

Le prince, puisqu'on ne l'appelle maintenant comme ça le prince, reçoit les souverains alliés dans son fameux hôtel de la rue Saint-Florentin.

[00:07:36]

Voyez, il accueille là le lieutenant général du royaume, le comte d'Artois, et son frère, le roi Louis 18. Et c'est au nom de Louis 18 qu'on le voit représenter la France au fameux congrès de Vienne, dont il devient la plaque tournante. Il obtient l'appui de l'Autriche et de l'Angleterre contre la Russie et la Prusse. Les Cent-Jours, entre temps. Mais au moment de la Seconde Restauration, il est carrément président du Conseil, unanimement détesté pour autant même du roi.

[00:08:02]

Il finira par démissionner en septembre 1815 pour ne conserver que le titre de grand chambellan. Il est quand même membre de la Chambre des pairs et surtout, il est devenu une sommité en Europe. Tout le monde s'arrache les avis de monsieur de Talleyrand comme s'il s'agissait d'un véritable oracle.

[00:08:19]

Il va comme ça condamner un certain nombre des initiatives du gouvernement de Charles 10 et entrer en relation avec le duc d'Orléans. Vous savez, il avait une phrase Talleyrand disait quelque chose porte malheur au gouvernement qui se passe de mes services. À partir du moment où la monarchie restaurée, à partir du moment où Charles décide de ne plus avoir de contact direct avec Talleyrand, lui va prendre des contacts avec le principal opposant, avec le cousin germain, avec le duc d'Orléans.

[00:08:48]

Il favorise comme ça la prise de pouvoir de Louis-Philippe au moment des Trois Glorieuses, en 1830. Et c'est comme ça qu'il récupère cette ambassade à Londres en an.

[00:08:57]

Mais cette carrière ne s'arrêtera jamais. Tout de même, en novembre 1834, il demande son rappel et c'est à ce moment là, dans cet hôtel du coin de la place de la Concorde. C'est là, à quelques pas des Tuileries, dans son hôtel Saint-Florentin. Il commence tranquillement, modestement, mais avec cet esprit de décision et de maîtrise qui aura somme toute caractérisé l'ensemble de son incroyable carrière. Il commence à préparer sa fin très critique.

[00:14:09]

Un extrait de cette ouverture du Fraj Shultz de VBR a servi pendant longtemps de générique à la célèbre émission d'histoire La Tribune de l'histoire sur France Inter. L'acheta, SCALPELS et de Dresde était ici dirigée de manière incomparable par Carlo Kleber.

[00:14:26]

Franck Ferrand sur Radio Classique. Ça y est, qu'on se le dise, Charles-Maurice de Talleyrand accepte de faire amende honorable. Il va essayer de faire sa paix avec l'Église. De toute façon, il ne pourra pas se confesser. Il ne pourra pas recevoir l'extrême onction tant qu'il n'aura pas signé sa rétractation. Mais c'est un peu comme il le faisait lorsqu'il était à la tête de la diplomatie française et qu'il rendait fous tous ceux qui, en face de lui, essayaient de négocier un traité.

[00:14:55]

Il va faire lanterner tous ceux qui sont là, qui attendent, qui veulent faire signer. Il attend, il attend alors? Nous demande justement André Castelot. Pourquoi cette attente? Peut être parce que la confession l'obligerait à avouer son concubinage avec Dorothée. Peut être par crainte qu'on lui refuse alors l'absolution ou qu'on le force d'abandonner Madame de Deano. Ces suppositions ne sont pas très convaincante. Il précise encore qu'il signera un texte établi par ses soins et non par ceux de l'archevêque.

[00:15:25]

Un autre point le tracasse. C'est un sursaut d'orgueil. Je ne veux pas que jamais on attribue ce que je ferais à la faiblesse de l'âge. Je dois le faire dans le moi même de mon discours à l'Académie, ce qui veut dire qu'il va falloir antidatée la rétractation. L'ancien évêque va terminer sa vie par un ultime faux, nous dit Castelot. Puis, comme s'il s'agissait d'un traité. Et c'en était un. En vérité, les discussions commencent entre l'archevêché et la rue Saint-Florentin.

[00:15:55]

Ce sont de véritables tractations. Talleyrand insiste pour qu'on le considère comme un homme qui, toute sa vie, aura été un défenseur constant de l'Église catholique romaine, mais aussi de la monarchie française, dit il. Je ne sais pas ce qu'aurait pensé Bissett ou Louis 16 d'une telle d'une telle déclaration. Il a d'ailleurs noté dans l'acte de rétractation que il avait été délié par le vénérable Pissotte de l'exercice des fonctions ecclésiastiques. Non, hurle l'archevêque de Paris, monseigneur de Kellen.

[00:16:26]

Non, il n'a pas été délié. Il a seulement été, dit il, dispensé de ses fonctions ecclésiastiques, ce qui veut dire qu'entre parenthèses, il n'aurait pas dû. Il ne pouvait pas se marier.

[00:16:38]

Tout se fera dans les temps difficiles, dit Talleyrand, qui n'est décidément pas pressé de signer. Il se trouve que le jeudi 10 mai 38, il fait beau.

[00:16:49]

Il se promène en voiture dans le parc Monceau, le samedi 12. Pendant le dîner, c'est à dire le repas de midi. A l'époque, il frissonne bien qu'on ait allumé un grand feu dans la cheminée en dépit de la saison. On roule quand même son fauteuil jusqu'à jusqu'à sa chambre. On l'aide à se mettre au lit et à partir de ce moment là, il ne se relèvera plus véritablement. À peine est il couché, d'ailleurs, que commencent les suffocation, les vomissements.

[00:17:14]

On va bientôt diagnostiquer un entracte dans la région lombaire et il est nécessaire de l'opérer. C'est une opération qui va être atroce. La dernière des grandes difficultés de sa vie. Savez vous que vous me faites très mal? Dit il à un moment. Lui qui était tellement maître de lui même au chirurgien et au chirurgien qu'il l'opère. Il est très abattu à partir de là. Il est la proie de différentes fièvres. Et évidemment, l'abbé Dupanloup, qui est son confesseur, l'abbé Dupanloup, c'est le futur monseigneur Dupanloup.

[00:17:42]

C'est bien lui. Il est supérieur du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à l'époque. Eh bien, il est là, à ses côtés, rue Saint-Florentin. Il veut lui faire signer cette espèce de rétractation. Et ça dure comme ça pendant des jours et des nuits, si je puis dire. Est ce que Talleyrand va signer bien? Vous voulez bien me laisser ce texte?

[00:18:01]

Je dois le relire encore, tite Prince. La force de votre âme me permet de vous dire la vérité! Lui dit son médecin, le docteur. Reveillez vous êtes dans cet état où tout homme grave met de l'ordre à ses affaires.

[00:18:15]

Ah oui, c'est si grave, dit dit Talleyrand. l'Abbé lui rappelle qu'il ne pourra l'entendre en confession qu'il ne pourra lui donner les sacrements de l'Eglise que lorsqu'il aura sa signature. C'est juste, dit Talleyrand. Alors je veux voir madame de Deano. Je veux relire ces deux actes, l'acte de rétractation et la lettre au Saint-Père. Je veux les relire avec elle. Mais il faut y aller, Monseigneur, je ne tarderait pas, dit Talleyrand, qui attend encore.

[00:18:39]

On est arrivé dans la nuit maintenant, du 16 au 17 mai. Il est en train de tomber vers la mort queleur. Et il? Demande t il. Cinq heures? Monseigneur, bien bien. Il y a là cette personne dans la pièce Dans la chambre du mourant qui sont là pour assister à cet acte tellement historique. Toucher de plus en plus par de graves considérations conduit à juger de sang froid les conséquences d'une révolution qui a tout entraîné et dure depuis cinquante ans.

[00:19:06]

Je suis arrivé au terme d'un grand âge et après une longue expérience à blâmer les excès du siècle auquel j'ai appartenu, écrit il, etc. C'est la fameuse rétractation. Il va finir par la signer d'une main de mourant. Véritablement Charles-Maurice, prince de Talleyrand. Prince?

[00:19:23]

Lui demande t on quelle date désirez vous donner à cet acte? Et là, il insiste. La semaine de mon discours à l'Académie, ditil. De quel jour? Discours du 3 mars, Prince. Eh bien alors, écrivez le 10 afin que ce soit la même semaine et l'on a donc écrit à ce moment là sur les deux textes faits le 10 mars 1838. Signé à Paris le 17 mai 1838. Autant dire qu'effectivement, comme l'avait prédit André Castello, monsieur de Talleyrand est mort en signant un faux.

[00:20:41]

Tous ces. On resterait volontiers plus longtemps pour entendre la merveilleuse voix de Luciano Pavarotti, accompagné par l'Orchestre philharmonique de Berlin sous la direction de James Levine, avec le choeur Zhengfei, donc dans ce sens tous de Berlioz.

[00:21:34]

Franck Ferrand Si tu christiques, il faut aller lire la biographie d'Emmanuel de Areski, qui nous livre de Talleyrand une vision tellement plus subtile et riche et fournie que tout ce qu'on avait pu avoir jusqu'alors.

[00:21:49]

Et puis surtout, ça, je vais le faire maintenant. Il faut lire ce qu'on a écrit son grand ennemi Victor Hugo, au moment de sa mort. Nous sommes dans Choses vues, le 19 mai 1838. Voici ce qu'écrit Victor Hugo. Je vous le dis in extenso parce que ça vaut la peine.

[00:22:04]

Rue Saint-Florentin, il y a un palais et un égout. Le palais, qui est d'une noble riche et mort en architecture, est appelé longtemps hôtel de l'infante Adot. Aujourd'hui, on lit sur le fronton de la porte principale hôtel Talleyrand. Pendant les quarante ans qu'il a habité cette rue, lhôte dernier de ce palais n'a peut être jamais laissé tomber son regard sur cet égout. C'était un personnage étrange, redouté et considérable. Il s'appelait Charles-Maurice de Périgord. Il était noble comme Machiavel, prêtre comme Gondi, défroqué comme Fouché, spirituel comme Voltaire et boiteux comme le diable.

[00:22:38]

On pourrait dire que tout en lui boitait comme lui, la noblesse qu'il avait faite servante de la République. La prêtrise qu'il avait traînée au Champ de Mars, puis jeté au ruisseau. Le mariage qu'il avait rompu par un scandale et une séparation volontaire. l'Esprit qu'il déshonorée par la bassesse. Cet homme avait pourtant la grandeur et les splendeurs des deux régimes se confondaient en lui.

[00:22:59]

Il était Prince Deveault, au royaume de France et prince de l'empire français pendant trente ans, du fond de son palais, du fond de sa pensée. Il avait à peu près mené l'Europe. Il s'était laissé tutoyer par la révolution et lui avait souri ironiquement. Il est vrai, mais elle ne s'en était pas aperçue. Il avait approché, connu, observer, pénétrez, remuer, retourner, approfondira et féconder tous les hommes de son temps. Toutes les idées de son siècle.

[00:23:25]

Et il y avait eu dans sa vie des minutes, tout tenant en sa main les quatre ou cinq fils formidables qui faisaient mouvoir l'univers civilisé. Il avait pour pantin Napoléon 1er empereur des Français, roi d'Italie, protecteur de la Confédération du Rhin, médiateur de la Confédération suisse. Voilà à quoi jouait cet homme. Après la révolution de juillet, la vieille race dont il était grand chambellan est tombé. Il s'était retrouvé debout sur son pied et avait dit au peuple de 1830, assis bras nus sur un tas de pavés.

[00:23:56]

Fais moi ton ambassadeur. Il avait reçu la confession de Mirabeau et la première confidence de tiers. Il disait de lui même qu'il était un grand poète et qu'il avait fait une trilogie en trois dynasties. Acte 1er l'Empire de Bonaparte. Acte 2ème La maison de Bourbon. Acte 3ème. La maison d'Orléans. Il avait fait tout cela dans son palais et dans ce palais comme une araignée dans sa toile. Il avait successivement attiré et prié Rho penseurs, grands hommes, conquérants, rois, princes, empereurs, Bonaparte, Sieyès, Madame de Staël, Chateaubriand, Benjamin Constant, Alexandre de Russie, Guillaume de Prusse, François d'Autriche, Louis 18, Louis-Philippe.

[00:24:32]

Toutes les bouches dorées et rayonnantes qui bourdonnent dans l'histoire de ces quarante dernières années, tous étincelantes et saints. Fascinés par l'oeil profond de cet homme, avait successivement passé sous cette porte sombre qui porte écrit sur son architecture hôtel Talleyrand et bien avant tiers 17 mai 38. Cet homme est mort. Des médecins sont venus et ont embaumé le cadavre pour cela, à la manière des Egyptiens. Ils ont retiré les entrailles du ventre et le cerveau du crâne. La chose faite après avoir transformé le prince de Talleyrand en momies et cloué cette momie dans une bière tapissée de satin blanc.

[00:25:09]

Ils se sont retirés, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle qui avait pensé tant de choses inspirées, tant d'hommes construits, tant d'édifices conduits de révolution trompés. Vingt rois contenu le monde, les médecins partis.

[00:25:23]

Un valet est entré. Il a vu ce qu'il avait laissé. Tiens, ils ont oublié cela. Mais qu'en faire? Il s'est souvenu qu'il y avait un égout dans la rue. Il y est allé. Il a jeté le cerveau dans cet égout.

[00:25:35]

Franck Ferrand christiques.

[00:25:38]

Et puis, c'est à une autre grande plume que j'aimerais confier le point d'orgue de ce portrait de Talleyrand. C'est un auteur que j'aime beaucoup. Par ailleurs, c'est Pierre Jackson, le grand académicien de l'entre deux guerres. De lui, écrit Pierre Jackson en parlant de Talleyrand. De lui, on peut dire tout ce qu'on veut. Tout sera vrai et tout sera faux. Je l'accorde, il était effroyable, abominable, scandaleux. Mais s'il nous invitait à dîner ce soir, nous irions tous et nous y trouverions les plus difficiles.

[00:26:13]

Ma conclusion devrait être le portrait de l'homme d'Etat intègre. Je vous l'épargne et je me range derrière la Baie du Loup. Je ne désespère pas de monsieur de Talleyrand.